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Alerte sur tous les fronts...

                  Alerte sur tous les fronts ...

 

       "Le Cerveau endommagé".

 

Comment la pollution altère notre intelligence et notre santé mentale" alerte la biologiste Barbara Demeneix, pour le cancer et le diabète on le savait déjà mais les perturbateurs endocriniens endommagent aussi notre cerveau


Pour le cancer et le diabète, on le savait déjà. Mais, alerte la biologiste Barbara Demeneix, ces molécules de synthèse que nous respirons, ingérons ou appliquons sur nos peaux, endommagent aussi notre cerveau. Et réduisent notre QI.


On savait que les perturbateurs endocriniens, ces polluants omniprésents dans notre environnement, affectaient la fécondité, augmentaient les risques de développer des maladies comme le cancer ou le diabète.

 

 Et s'ils avaient aussi des effets sur la formation de notre cerveau, et diminuaient notre intelligence ?

 Telle est la thèse du Cerveau endommagé, état des lieux aussi rigoureux qu'effarant sur les conséquences de la contamination chimique.
Son auteur ? Barbara Demeneix, spécialiste des hormones thyroïdiennes, directrice du département Régulations, développement et diversité moléculaire du Muséum national d'histoire naturelle (MNHN) de Paris. Alors qu'à Bruxelles la Commission européenne bloque les efforts de réglementation des perturbateurs endocriniens et qu'à Paris le Sénat s'acharne à reporter l'interdiction des insecticides néonicotinoïdes, lire Barbara Demeneix est simplement indispensable.


- Pourquoi vous être intéressée aux effets de la pollution sur nos cerveaux ?
En 2001, on m'a demandé de représenter la France à l'OCDE (Organisation de coopération et de développement économique) pour évaluer le dépistage des substances chimiques pouvant perturber le fonctionnement du système endocrinien, et notamment des hormones thyroïdiennes. Je travaillais sur ces hormones depuis vingt-cinq ans et
venais de développer, avec mon équipe du Muséum, une méthode pour pister l'activité thyroïdienne chez les têtards, par un procédé de « mouchards » fluorescents.


En effet, ce sont les hormones thyroïdiennes qui orchestrent la mue du têtard en grenouille, mais aussi elles qui permettent au cerveau humain de se développer et de fonctionner correctement.

Elles régulent notre métabolisme énergétique, contrôlent notre poids, et les fonctions de nombreux organes, d'où leur importance cruciale.


J'ai découvert en 2001 que les tests pratiqués étaient obsolètes. Quel choc ! J'ai donc proposé au CNRS et au MNHN d'en élaborer de plus performants.

Et, en 2005, nous avons breveté notre technologie permettant d'observer in vivo l'influence d'une substance dans l'organisme. J'ai découvert la complexité de la perturbation endocrinienne et l'ampleur de la pollution. Et je me suis dit que je devais alerter les pouvoirs publics et l'opinion. Aujourd'hui, j'y consacre 80 % de mon temps.


- Quelle est cette pollution ?


Mon travail ne porte pas sur les particules fines mais sur les innombrables molécules de synthèse que nous respirons, ingérons ou appliquons sur notre peau, quotidiennement : crèmes, plastifiants, pesticides, dioxines, retardateurs de flammes (dans les voitures, les téléphones portables, les ordinateurs...), etc.

Depuis le siècle dernier, des myriades de substances ont été mises en circulation.

 

Aux Etats-Unis, le "Toxic Substances Control Act "en répertorie quatre-vingt-quatre mille. Et encore, cet inventaire ne comprend pas les pesticides, les additifs alimentaires et les cosmétiques !


- “Notre environnement est envahi par des molécules dont la structure ressemble à celle des hormones.”


Notre environnement est désormais envahi par des molécules dont la structure ressemble à celle des hormones thyroïdiennes, et qui interfèrent avec les processus de régulation que l'évolution a mis tant de temps à façonner.

Certaines se mettent à remplacer les hormones, d'autres amplifient leur action. D'autres encore la bloquent, par exemple lorsqu'elles empêchent l'absorption d'iode par la thyroïde, alors que l'iode est indispensable au développement cérébral du foetus et de l'enfant, comme au fonctionnement du cerveau adulte.


- Ces polluants nous font « perdre la tête », pour reprendre le titre de votre ouvrage en anglais (Losing our minds) ?
Des scientifiques ont démontré que les perturbateurs endocriniens affectent la fécondité, altèrent le développement foetal, augmentent les risques de cancer, de diabète ou d'obésité. Mais durant la dernière décennie, de nouveaux signaux sont apparus sur nos écrans radars : les augmentations de l'hypothyroïdie, du trouble du déficit de l'attention/hyperactivité, ainsi que des troubles du spectre autistique.


Aux Etats-Unis, le nombre d'enfants hyperactifs a crû de 22 % entre 2003 et 2007 (5,4 millions aujourd'hui), sans modification des méthodes de diagnostic. Quant aux chiffres sur l'autisme des centres américains pour le contrôle et la prévention des maladies, ils sont exponentiels : un enfant sur 5 000 en 1975, un sur 500 en 1995, et un sur 68 en 2014 (un garçon sur 42 !).
- "Nous devons faire pression sur l'industrie pour qu'elle agisse"
Cette augmentation de l'autisme ne s'explique-t-elle pas par des diagnostics plus efficaces ou le recul de l'âge des parents au moment de la conception ?
30 % de cet accroissement peut être attribué à ces facteurs. Mais le patrimoine génétique n'a pas changé ; l'environnement est certainement en cause.

Selon l'hypothèse la plus probable, chaque catégorie de maladie a de multiples causes, à la fois génétiques et environnementales — accompagnées de facteurs combinatoires gènes-environnement aggravants. Ainsi, l'organisme a besoin des hormones thyroïdiennes pour réguler les gènes impliqués dans le développement cérébral.
Or, étude après étude, nous découvrons combien ces hormones réagissent à de nombreux contaminants. D'où le défi actuel : sachant qu'une partie des polluants traditionnellement associés à la déficience intellectuelle — plomb, mercure — disparaissent, quelles sont les substances récentes qui interagissent avec les régulations physiologiques et génétiques ?

Des centaines de milliers de produits étant rejetés dans l'environnement (sans — ou avant — qu'on teste leurs effets), il est difficile de savoir par où commencer pour percer la complexité de leurs interactions.
[...]


- Vous dites aussi que la recherche se focalise sur les causes génétiques au détriment de l'environnement...
Depuis dix ans, le financement des travaux consacrés aux origines génétiques des troubles autistiques a été deux cent cinquante fois supérieur à celui de la recherche sur leurs causes environnementales. Plusieurs raisons l'expliquent : la réduction des coûts du séquençage et de l'analyse du génome, la preuve de l'héritabilité de certains troubles, le déterminisme génétique en vigueur chez les scientifiques et les politiques...
Pour les décideurs, il est tellement plus facile de dire que l'autisme a une origine génétique. Car ce n'est plus un problème collectif...


- Que peut-on faire ?
Agir à plusieurs niveaux, de l'individuel au global. Modifier, même légèrement, nos comportements peut limiter notre exposition : s'assurer qu'aucune femme enceinte ne soit carencée en iode, éteindre les ordinateurs en veille, consommer du sel iodé et des aliments bio...


Comme le disait Lin Ostrom, première femme Nobel d'économie et militante du mouvement Penser global, agir local, l'utilisation abusive des ressources communes est à combattre collectivement ; les individus doivent agir au niveau de leurs communautés et pays pour changer et faire respecter les lois. Nous devons faire pression sur l'industrie et les régulateurs pour qu'ils agissent. Et il nous faut une sorte de Giec (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat) pour la pollution chimique !


L'intelligence et l'ingéniosité humaines ont produit ces substances potentiellement dangereuses.

En toute logique, elles devraient nous permettre de les contrôler et
d'éliminer leurs conséquences déplorables. Sinon, les générations à venir pourraient se trouver incapables de le faire : il leur manquera l'intelligence — à tout jamais.


BARBARA DEMENEIX née à Luton (GB) - 1970-79 travaille en Afrique- 1995 intègre le Museum national d'histoire naturelle chaire de physiologie- 2005 crée des têtards fluorescents sentinelles de la pollution- 2014 Obtient la médaille de l'innovation du CNRS. D'après //www.telerama.fr/idees/les-perturbateurs-endocriniens-vont-finir-par-nous-rendre-idiots,143440.php

 

Un livre "Le Cerveau endommagé.

 

 

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                    Perturbateurs endocriniens ...

 


             Alerte sur tous les fronts

 Obésité, troubles autistiques, malformations génitales…

 Des chercheurs tentent de sensibiliser la population et les professionnels de santé aux risques sanitaires causés par les perturbateurs endocriniens.


La nocivité des perturbateurs endocriniens n’est un secret ni pour les scientifiques ni pour les politiques.  

 

Si les législations susceptibles de les interdire peinent à émerger, les lanceurs d’alerte multiplient les initiatives ponctuelles auprès de professionnels identifiés, comme les dentistes ou les gynécologues, ou sur des risques spécifiques, comme ceux encourus par le cerveau.

 


  Le cerveau, si vulnérable


 « Les capacités intellectuelles des générations futures sont sérieusement compromises. » En cause : des centaines de substances chimiques.

C’est la conclusion alarmante du travail de Barbara Demeneix, directrice du département Régulations, développement et diversité moléculaire au Musée national d’histoire naturelle de Paris, dans son livre Le Cerveau endommagé [^1].


Des études récentes montrent que le nombre d’enfants atteints de dérèglements thyroïdiens congénitaux, de troubles autistiques ou d’hyperactivité est en augmentation constante.

Et les causes pourraient être davantage environnementales que génétiques, car de nombreuses molécules (plomb, -bisphénol A, perfluorés…) altèrent le développement cérébral. « Les perturbateurs endocriniens sont absolument partout : on les respire, on les mange et on les met sur la peau,alerte-t-elle.

Nous avons des données qui montrent que l’exposition de la mère à des substances touchant la signalisation thyroïdienne peut affecter le QI de l’enfant. »

En Finlande, des tests de QI sont pratiqués sur tous les garçons lors du service militaire, encore obligatoire. « En seulement dix ans, entre 1997 et 2006, on a constaté une perte de deux points, souligne la biologiste. Ces résultats se retrouvent dans d’autres populations. »


Les premières études sur l’exposition maternelle aux produits chimiques et la perte de QI datent de la fin des années 1970, et les premiers articles sont arrivés dix ans plus tard. Mais, dès 1962, la biologiste Rachel Carson avait prévenu, dans son ouvrage Printemps silencieux, que l’utilisation du DDT, pesticide interdit en France depuis 1971 mais encore présent dans l’environnement, affecterait un jour la nature humaine.

 


     Les foetus en première ligne


  Aux États-Unis, une femme enceinte serait contaminée, en moyenne, par plus de -quarante-trois substances chimiques, selon la Fédération internationale de gynécologie et d’obstétrique (Figo).

« Les hausses dramatiques de l’exposition aux produits chimiques toxiques au cours des quatre dernières décennies menacent la santé et la reproduction de l’espèce humaine », ont déclaré les chercheurs dans un appel mondial lancé en octobre 2015.


Pendant la vie intra-utérine du foetus, une faible dose de perturbateurs endocriniens suffit à dérégler le système hormonal et à augmenter les risques de développer des maladies à la naissance ou plus tard.

 

L’obésité des enfants, par exemple, pourrait s’accroître à cause des parabènes et du triclosan, présents dans les dentifrices et les savons antibactériens, et les cas de malformation des organes génitaux masculins sont plus fréquents lorsque les mères présentent des taux élevés de certains pesticides dans leur organisme.


En Bretagne, 3 500 couples mère-enfant sont suivis depuis 2002 par les chercheurs de l’étude Pélagie, lesquels ont mis en évidence la corrélation entre certains herbicides et le retard de croissance intra-utérine.

Constats : moins de 2 % des femmes enceintes n’ont pas de résidus de pesticides dans leurs urines, plus de 95 % se révèlent exposées aux molécules dérivées d’un insecticide et à celles utilisées comme filtre anti-UV.


Les troubles de la fertilité masculine se joueraient aussi avant la naissance.

 

En 2013, René Habert et ses collaborateurs de l’université Paris-Diderot ont apporté la première preuve expérimentale que de faibles concentrations de bisphénol A sont suffisantes pour agir négativement sur le testicule humain. Cette méthode avait déjà prouvé la nocivité des phtalates (contenus dans le PVC, les sprays…) sur le développement des futurs spermatozoïdes chez le foetus.

 


      Les dentistes dans la bataille


  La filière dentaire ne veut pas rester bouche bée face aux pathologies causées par l’accumulation de perturbateurs endocriniens.

Le mercure contenu dans les plombages pour soigner les caries avait déjà été mis en cause. Mais, depuis 2013, l’Association dentaire américaine (ADA) ainsi que la Fédération dentaire internationale (FDI) ont montré que le bisphénol A est produit lors de la dégradation des matériaux d’origine comme les résines, censées remplacer les amalgames au mercure, ou la colle.

En France, les chercheuses Katia Jedeon et Sylvie Babajko ont révélé que le bisphénol A pourrait contribuer à l’hypominéralisation des molaires et des incisives (MIH), une maladie de l’émail affectant aujourd’hui plus de 15 % des enfants de 6 à 9 ans. « Si l’émail est absent ou imparfait – c’est-à-dire avec des trous –, les bactéries se fixent à ces endroits et carient la dent.

Nous sommes donc obligés de la dévitaliser, car elle devient hypersensible, et de la couronner, voire de l’extraire », détaille Nathalie Ferrand, chargée de la campagne « Villes et territoires sans perturbateurs endocriniens » au sein du Réseau Environnement Santé. Les dentistes constatent également de plus en plus de rétention de molaires chez les enfants, mais personne ne peut encore établir un lien absolu avec un perturbateur endocrinien.


« Une notion nouvelle de prévention apparaît dans notre profession : la prévention environnementale, analyse Nathalie Ferrand. Et celle-ci devra passer avant la prévention habituelle concernant l’hygiène et l’alimentation. » Un colloque intitulé « Vers une dentisterie sans perturbateurs endocriniens » est organisé le 23 juin à Paris pour faire le point sur les connaissances scientifiques actuelles avec toute la filière, y compris les industriels regroupés au sein du Comité de coordination des activités dentaires (Comident). Malgré cela, les matériaux dentaires sont toujours soumis au secret industriel. La liste exhaustive des composants reste donc inconnue, ce qui réduit l’espoir de trouver des produits à moindre risque.

 


[^1] Le Cerveau endommagé. Comment la pollution altère notre intelligence et notre santé mentale, Barbara Demeneix, traduit de l’anglais par Jean-Clément Nau, éd. Odile Jacob, 411 p., 39,90 euros.

Par Vanina Delmas publié le 8 juin 2016


Publié dans Société



29/01/2017
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