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Areva ... ,promesses intenables du nucléaire français

 

Areva, ou les promesses intenables du nucléaire français

LE MONDE ECONOMIE |

Dans les années 1970, pour justifier l’investissement massif dans la construction de réacteurs nucléaires, on a promis aux Français l’électricité bon marché, l’indépendance énergétique de la France, de brillantes perspectives d’exportation et une absence de danger sanitaire, le tout garanti par l’Etat. Que valent ces promesses aujourd’hui ?

Indépendance ? Le parc nucléaire français dépend des importations pour son approvisionnement en uranium. Les mines d’Arlit et d’Akouta, au Niger, produisent environ un tiers du minerai nécessaire au parc français ; le reste vient du Canada, du Kazakhstan et d’ailleurs. Le difficile contrôle par Areva de la gigantesque mine d’Imouraren au Niger entraîne cette entreprise, et l’Etat français avec elle, dans la prolongation indéfinie de la politique dite de la Françafrique.

Electricité bon marché ? Entre 1970 et 2012, l’électricité a en effet été maintenue à un prix très bas. Mais pour calculer le coût de la production d’électricité nucléaire, il convient de définir qui supportera les risques et les incertitudes futures.

L’Etat déresponsabilise EDF

La loi d’octobre 1968 plafonnait la responsabilité d’EDF à 600 millions de francs. L’Etat français déresponsabilisait donc Electricité de France, l’incitant ainsi à investir massivement sur l’option nucléaire. Dans le même temps, aux Etats-Unis, la responsabilisation des compagnies d’électricité a abouti à un ralentissement progressif puis à un arrêt des investissements.

Après l’accident de la centrale de Three Miles Island dans l’Etat de Pennsylvanie, aux Etats-Unis, en 1979, plus de 120 commandes de réacteurs furent abandonnées.

Un programme sans danger ? A la fin des années 1970, les représentants d’Electricité de France expliquaient que, contrairement à une bombe atomique, « une centrale nucléaire ne peut pas exploser ! ». Habile comparaison qui faisait fi de la possibilité de fusion du réacteur en cas de panne des systèmes de refroidissement. On sait, depuis Tchernobyl [1986] et Fukushima [2011], que là est le véritable danger. Jusqu’à Fukushima, la thèse implicite des autorités françaises a toujours été qu’un accident nucléaire en France était tellement improbable qu’on pouvait se dispenser de s’y préparer et d’en envisager les conséquences.

L’évolution du discours officiel

Ainsi, jusqu’en 2000, les simulations d’accidents sont restées confidentielles, n’ont pas associé les riverains, et n’ont pas préparé une éventuelle évacuation. On peut prendre la mesure de l’évolution du discours officiel sur les risques, en comparant une brochure publiée en 1978, L’Energie nucléaire, le projet de la centrale nucléaire de Cattenom – 25 questions, 25 réponses, avec celle publiée en 2013 : Le Nucléaire, les questions-réponses qui vous éclairent.

Alors que le premier document traitait la question de la sûreté en une page et demie, la brochure publiée trente-cinq ans plus tard consacre un chapitre à la sûreté et un autre à la prévention des risques, soit 24 pages sur 60. L’absence de danger devient de moins en moins évidente et requiert de plus en plus d’arguments.

Une technologie exportable ? En 1977, 30 réacteurs ont été exportés par les Etats-Unis, 15 par l’URSS, 13 par la République fédérale allemande, 6 par la France, 2 par le Canada et 2 par la Suède. L’accident de Three Miles Island a mis un coup d’arrêt brutal à cet engouement, coup d’arrêt confirmé par Tchernobyl et Fukushima.

La France, qui s’était lancée dans l’exportation du nucléaire après les Américains et les Allemands, en a été réduite à vendre ses centrales à l’Afrique du Sud (1974), à l’Iran (1974, projet non abouti), à l’Irak (1975, projet non abouti), pays que d’autres exportateurs potentiels avaient évités pour des raisons politiques ou militaires. Si l’on en juge par la situation financière d’Alstom et d’Areva, les tentatives d’exportation plus récentes ne semblent toujours pas porter de fruits.

17 milliards d’euros pour un accident grave

Un Etat financeur, décideur, garant de la sûreté et assureur en dernier recours ? Depuis que les opérateurs historiques EDF et GDF ont été transformés en sociétés anonymes, la contradiction est manifeste entre les engagements anciens de contrôle par l’Etat et la nouvelle politique européenne de libéralisation du secteur de l’énergie. Les normes comptables en vigueur (IAS 37 et CRS 2000 pour la France) stipulent qu’un « passif n’est pas comptabilisé dans les cas exceptionnels où le montant de l’obligation ne peut être évalué avec une fiabilité suffisante ».

Il en résulte que le risque nucléaire et les coûts futurs ne sont pas correctement pris en compte par cette prudence comptable, conçue pour favoriser la rémunération des actionnaires et la perception par l’Etat de l’impôt sur les bénéfices.

Jusqu’en 2011, EDF ne donnait aucune explication, dans ses rapports annuels, sur son système d’assurance en cas d’accident nucléaire. En 2012, l’opérateur indique être couvert à hauteur de 91,5 millions d’euros. C’est bien peu, sachant que les conséquences financières d’un accident grave de réacteur ont été évaluées récemment à 17 milliards d’euros.

Le coût d’indemnisation d’un possible accident nucléaire devrait donc s’ajouter aux dettes de l’Etat français que les générations futures devront payer pour le plus grand confort de leurs parents et aïeux.

Les promesses du programme nucléaire français étaient-elles tenables ? Oui, mais à condition de reporter sur les générations futures les coûts cachés et les risques. Bel exemple de développement durable…


Ce texte est le résumé, par l’auteur, d’un article paru au Japon dans la revue d’économie « Keizai Boeki Kenkyu Annual Bulletin », 2014, n° 40.


En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/economie-francaise/article/2015/03/11/areva-ou-les-promesses-intenables-du-nucleaire-francais_4591695_1656968.html#UTqE9HtR4OT63gpH.99


14/03/2015
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