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Ces projets coûteux qui bétonnent la France et l’Europe : Gonesse-Europa City


Près de Roissy, bataille pour les terres agricoles

Gonesse (Val-d'Oise) Envoyé spécial - Le froid givre les champs que longe, au loin, l'autoroute. Derrière l'artère d'où parvient un vrombissement continu, on distingue les cubes bleus d'un centre commercial, muraille de la ville qui se dresse. Soudain, dans l'air glacé, surgissent des lièvres qui gambadent et se rassemblent. "Il y en a des dizaines à travers ces champs, et aussi beaucoup de perdreaux, dit Dominique Plet. J'ai même déjà vu des automobilistes s'arrêter au bord de l'autoroute et descendre pour en tirer au fusil !"

M. Plet a 68 ans et cultive des céréales sur un des derniers espaces agricoles proches de Paris, au sud de l'aéroport de Roissy, une enclave couvrant près de 1 000 ha et qu'on appelle le Triangle de Gonesse. "Nous en sommes à la cinquième génération à travailler ici, et mon fils est mordu, il veut reprendre, on veut rester agriculteurs." Ils sont moins d'une dizaine de paysans à exploiter ces riches terres d'Ile-de-France.

  Mais l'avenir est incertain.

  Car c'est sur le Triangle de Gonesse qu'Auchan, le deuxième groupe français de distribution commerciale, envisage de lancer une opération géante, sous le nom d'Europa City, pour un investissement de 1,7 milliard d'euros. Sur 80 hectares s'étendrait un megacentre culturel et de loisirs, comprenant un musée à la surface comparable au Centre Beaubourg, une piste de ski, un cirque permanent, et 250 000 m2 de commerces et de restaurants. Autour, des immeubles de bureaux. Une étude réalisée pour la filiale Immochan, qui pilote le projet, estime que celui-ci créera 11 500 emplois directs et 6 000 indirects. La clientèle ? Une partie des 63 millions de voyageurs qui transitent par l'aéroport, les populations locales, et des Parisiens attirés par ce centre qui prétend renouveler la consommation et qui sera "environnementalement positif".

Europa City serait dotée d'une gare, construite dans le cadre du Grand Paris, et d'un barreau ferroviaire reliant la Défense et le Parc des expositions de Villepinte. Par ailleurs, un terrain de golf de 90 ha et une zone d'activité de près de 200 ha seraient créés.

"Le Triangle de Gonesse est le morceau d'une stratégie plus globale sur tout le territoire entre Roissy et Le Bourget, dit Hervé Dupont, directeur de l'établissement public d'aménagement de la Plaine de France. La tendance antérieure était d'utiliser les espaces près des aéroports pour faire de la logistique. Maintenant, on cherche plutôt à faire du techno-tertiaire."

Une évolution qui pourrait revaloriser l'image des villes les plus proches - Gonesse, Sarcelles, Aulnay-sous-Bois -, qui souffrent d'un taux de chômage important. Pour les élus, la promesse d'embauches est prioritaire. "Si la moitié des emplois prévus pouvait revenir sur la zone, ce serait une bonne chose, dit Michel Montaldo, conseiller général (PR) du canton de Garges-lès-Gonesse. Par exemple, on s'aperçoit que le grand stade à Saint-Denis n'a pas créé d'emplois pour les populations pauvres du coin. On voudrait une contractualisation avec Europa City pour pouvoir obtenir des formations adaptées."

Mais le projet soulève une vive opposition locale, menée par un collectif de dix-sept associations qui contestent l'avancée silencieuse du projet. "Les gens à Gonesse ne sont pas du tout informés par la mairie", dit Mohammed Ouerfelli, de l'Association des habitants de l'est du Val-d'Oise (Adhevo). Une enquête publique sur la "réserve foncière" des superficies concernées va s'ouvrir le 20 février.

PROJET DÉMESURÉ

Les opposants critiquent surtout la destruction des terres agricoles, même si un "carré vert" de 400 ha serait sanctuarisé : "Tous les politiques disent qu'il faut préserver les terres agricoles, observe Bernard Loup, de Val-d'Oise Environnement. Mais on ne voit rien changer sur le terrain ; au contraire, la consommation des terres agricoles s'accélère."

Les associations jugent aussi démesuré le projet, alors que, tout autour de Roissy, des chantiers concurrents sont déjà engagés, comme Aeroville, un centre commercial de 80 000 m2, l'International Trade Center, ou Aerolians, sur 200 ha. Certains, comme Jean-Claude Marcus, du cabinet d'études Gaia, imaginent une alternative : faire muter l'agriculture, sur le Triangle, vers le maraîchage et des serres alimentées par géothermie, ce qui pourrait créer plus de 2 000 emplois agricoles.

Sur le pont de l'autoroute, au-dessus du flot continu de la circulation, Dominique Plet évoque son enfance à Gonesse, quand il n'y avait rien que les champs jusqu'à l'horizon. "Construire encore, et après ? On ira jusqu'à Compiègne ? Il n'y a plus de limite."

Par Hervé Kempf
Le Monde - 12 février 2012

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Forum citoyen

Ces projets coûteux et polémiques qui bétonnent la France et l'Europe

Par Nolwenn Weiler, Rachel Knaebel, Sophie Chapelle (9 juillet 2012)

Les grands projets ne connaissent pas l'austérité : un stade à 600 millions d'euros, une autoroute à 2 milliards, une gare à 4 milliards, une centrale nucléaire à 6 milliards, un tunnel à 8 milliards, un parc de loisirs à 26 milliards... De Nantes à Moscou en passant par les Alpes ou Berlin, tour d'horizon de ces chantiers pharaoniques jugés inutiles.

L'aéroport de Notre-Dame-des-Landes

- Lieu : Nantes, France
- Coût : 600 millions d'euros pour la collectivité
- Bénéficiaire : Vinci

Prévu au nord-ouest de Nantes depuis quarante ans, le futur aéroport international du Grand-Ouest est ressorti des cartons dans les années 2000, sous le gouvernement Jospin. Il a été déclaré d'utilité publique en février 2008. Deux ans plus tard, l'État en confie la construction et la gestion (pour cinquante-cinq ans) au groupe de BTP Vinci, qui vante les aspects écologiques de son aéroport… Une étude économique indépendante publiée en novembre 2011 chiffre son coût pour la collectivité à 600 millions d'euros. Outre cet impact financier, les opposants à l'aéroport (réunis au sein de l'Acipa) dénoncent la destruction de terres agricoles (44 exploitations seraient impactées, dont 5 ayant leur siège dans la zone destinée à être bétonnée). L'actuel Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, ancien député-maire de Nantes, est un farouche défenseur de ce projet, auquel sont opposés les membres d'Europe Écologie-Les Verts…

Le chantier de l'EPR

- Lieu : Flamanville, France
- Coût : 6 milliards d'euros
- Bénéficiaire : Areva, EDF

Le réacteur pressurisé européen (EPR) a été conçu et développé par Areva. Objectif : améliorer la sûreté et la rentabilité économique. Selon les opposants à l'EPR, ce type de réacteur est encore plus dangereux que les précédents, en raison de sa puissance et du combustible utilisé : le MOX, un mélange d'oxydes de plutonium et d'uranium. L'EPR, c'est aussi un gouffre financier. Les diverses malfaçons enregistrées sur le chantier de Flamanville en Normandie ont multiplié la note par deux, pour atteindre 6 milliards d'euros. Pour l'instant… Idem à Olkiluoto, en Finlande. Deux autres EPR sont actuellement en construction en Chine. Pour le collectif Stop EPR, les problèmes rencontrés au moment de la construction « pourraient avoir des conséquences graves en cas de situation accidentelle ». Une étude menée par les 7 vents du Cotentin montre qu'avec 3 milliards d'euros (la somme de départ investie dans l'EPR), on aurait pu pourvoir aux mêmes besoins énergétiques, développer des sources d'énergie locales, respectueuses de l'environnement, et créer des emplois au moins 15 fois plus nombreux et mieux répartis sur l'ensemble du territoire.

Le stade de l'OL Land

- Lieu : Décines-Charpieu (est de Lyon), France 

- Coût : 
450 millions d'euros
- Bénéficiaire : OL Group, Vinci

« L'OL Land » est un projet pharaonique concocté par Jean-Michel Aulas, président de l'Olympique lyonnais, en vue de l'Euro 2016. Au menu pour 450 millions d'euros : un nouveau stade de 60 000 places, un centre d'entraînement, les bureaux du siège de l'OL Groupe, une boutique OL Stade, 7 000 places de stationnement, 8 000 m2 d'immeubles de bureaux, deux hôtels de luxe… Le tout à 15 km du centre de Lyon. L'OL Groupe a sélectionné Vinci pour construire son grand stade. Mais depuis l'annonce du projet en 2007, le chantier n'a toujours pas démarré. Incapable de boucler son plan de financement, qui nécessite au minimum 200 millions d'euros de fonds publics, l'OL Groupe est accusé de spéculations immobilières. La Foncière du Montout, propriétaire des terrains et dont l'OL est actionnaire majoritaire, vaudrait maintenant 200 millions d'euros pour des terrains acquis 22 millions d'euros ! L'OL Groupe se heurte également à la multiplication des recours déposés par les associations locales qui défendent la trentaine de paysans menacés d'expropriation. Depuis mai 2012, un campement a été installé sur le tracé du chantier. Le 26 juin dernier, le rapporteur public a requis devant le tribunal administratif l'invalidation de la déclaration d'intérêt général du stade. Si la demande est suivie, elle pourrait conduire à l'arrêt des expropriations (Lire notre enquête).

Le grand stade de la Fédération française de rugby

- Lieu : Évry Centre-Essonne, France 

- Coût : 
600 millions d'euros

La Fédération française de rugby (FFR) ambitionne de devenir propriétaire de son propre stade d'ici à 2017 pour y faire jouer le XV tricolore. Le coût de cet équipement de 82 000 places, doté d'un toit rétractable et d'une pelouse amovible, est estimé à 600 millions d'euros. La FFR assure « autofinancer » ce nouveau stade, mais compte néanmoins sur les collectivités locales pour se porter garantes des 450 millions d'euros d'emprunt nécessaires… et financer en prime les aménagements locaux autour du stade. Si le stade de la FFR voit le jour à Évry Centre-Essonne, à 25 km au sud de Paris, il pourrait déstabiliser l'économie de toutes les autres enceintes de la région (Stade de France, Racing 92, Stade français, Charléty et Parc des princes). Aménagement régional déséquilibré, utilité sociale douteuse, risques budgétaires élevés… L'inflation de stades de rugby inquiète aussi directement dans les territoires concernés. En l'absence de stratégie globale coordonnée, l'Île-de-France pourrait se transformer en cimetière « d'éléphants blancs », vastes équipements de rugby construits sans garanties pour l'avenir. Des paris inquiétants alors que les budgets publics pour l'accès au sport pour tous sont menacés (Lire notre enquête).

Une ligne de train grande vitesse entre Lyon et Turin

- Lieu : Vallées de Suse, Alpes (France, Italie)
- Coût : 
8,5 milliards d'euros pour la partie internationale, 7 milliards d'euros pour les aménagements côté français.
- Bénéficiaires : Réseau ferré de France, Réseau ferré d'Italie

Le projet de ligne ferroviaire entre Lyon et Turin, dont le percement d'un tunnel de 52 km sous les Alpes, est confirmé par un accord franco-italien signé le 30 janvier 2012. Les opposants à la TAV (« treno alta velocità », train à grande vitesse en italien) regrettent l'absence de véritable débat public sur l'utilité de ce projet pharaonique. Et préfèrent la modernisation de la ligne « historique », qui relie déjà les deux métropoles [1] Pour les promoteurs du projet, les capacités de la ligne existante seraient trop limitées. Les « pro-TAV » tablent sur 3,5 millions de voyageurs par an. D'autres estimations, reprises par les No-Tav n'en prévoient pas plus de 500 000, soit l'équivalent de deux allers-retours TGV par jour. Sans compter les nuisances d'un tel chantier : « C'est l'équivalent de 12 pyra­mi­des de Khéops qu'il faudra dépla­cer et sto­cker en Maurienne, Belledonne et dans le Sillon alpin ! Cela repré­sente à peu près 460 camions-bennes tous les jours, pen­dant quinze ans », illustre le Collectif No-TAV Savoie. 18 millions de m3 de déblais qui pourraient en plus contenir des poussières d'uranium et d'amiante présents dans la roche.

Le parc de loisirs espagnol Eurovegas

- Lieu : Barcelone ou Madrid, Espagne
- Coût : 26,6 milliards d'euros d'euros
- Bénéficiaire : Las Vegas Sands

Sheldon Adelson, 16e fortune mondiale, prévoit de construire à Madrid ou à Barcelone un immense complexe de loisirs : 12 hôtels de villégiature de 3 000 chambres chacun, incluant casinos ou terrains de golf, pour un investissement total de 26,6 milliards d'euros. Avec, à la clé, la promesse de 164 000 emplois directs et 97 000 indirects. En échange, le milliardaire demande une remise en cause du droit du travail, la révision de la loi sur le droit des étrangers, ou encore l'exonération de cotisations à la Sécurité sociale pendant deux ans… Deux collectifs, Eurovegas No à Madrid et Aturem Eurovegas à Barcelone ont décidé d'informer les citoyens sur l'impact social, économique et urbanistique du projet du magnat de Las Vegas. D'après un rapport qu'ils ont récemment publié, l'investissement public pourrait s'envoler de 950 millions à 2,5 milliards d'euros ! En plus du financement de 60 % des coûts de formation des employés, Sheldon Adelson demande aussi la construction d'une station de métro qui débouche dans le complexe, la construction de nouvelles sorties d'autoroute pour faciliter l'accès au casino et un héliport. Au fait, quelqu'un a-t-il entendu parler d'austérité ? (Lire notre enquête)

La gare souterraine Stuttgart 21

- Lieu : Stuttgart, Allemagne
- Coût : 4,3 milliards d'euros
- Bénéficiaire : Deutsche Bahn

Lancé par la Deutsche Bahn l'année de sa privatisation, en 1994, Stuttgart 21 prévoit la démolition d'une partie de la gare actuelle de cette ville du sud de l'Allemagne, la construction d'une nouvelle gare souterraine au même endroit et de 57 km de trajet de ligne à grande vitesse vers Ulm. Pour les opposants à Stuttgart 21, la nouvelle gare n'apportera rien à la ville, déjà desservie par plusieurs lignes à grande vitesse, vers Paris, Amsterdam, Berlin ou Zurich. Ils contestent la disproportion du projet, son coût élevé pour les collectivités et surtout le manque de transparence qui l'a accompagné depuis son lancement, tant de la part de la Deutsche Bahn que de la municipalité. Celle-ci a rejeté en 2007 une demande de référendum local sur le sujet. De 3 milliards d'euros envisagés en 2009, le projet est passé à 4,3 milliards aujourd'hui (pour le seul volet ferroviaire), dont seulement 1,4 milliard payé par la Deutsche Bahn. Le reste vient des pouvoirs publics. L'hostilité des Verts au projet a porté les écologistes au pouvoir dans le Land au printemps 2011, après soixante ans de règne conservateur. Mais le référendum organisé en novembre dernier par la nouvelle équipe a donné une majorité (58 %) pour la poursuite de Stuttgart 21.

Le 4e aéroport de Berlin

- Lieu : Berlin, Allemagne
- Coût : au moins 1,2 milliards d'euros

Le projet de construire un nouvel aéroport international pour la capitale allemande réunifiée est acté depuis 1996 entre la ville et la société aéroportuaire. Pourtant, la ville compte déjà trois aéroports. Qui ont le tort de ne pas proposer de longs courriers. Impossible aujourd'hui de voler directement de Berlin vers New York, Sydney ou Johannesburg. Les deux aéroports de la ville desservent en revanche toute l'Europe, la Russie, la Turquie et le Proche-Orient. L'Allemagne compte déjà deux grands aéroports internationaux, à Francfort, la capitale financière, et à Munich. Prévue le 3 juin dernier, l'ouverture du nouvel aéroport a été reportée à… mars 2013. Pour l'instant. En cause : les travaux de sécurité incendie, qui ne sont pas du tout terminés. Coût du retard : 580 millions d'euros supplémentaires pour la ville-État aux finances déjà très fragiles, auxquels il faut ajouter 600 millions pour les mesures de protection des riverains contre le bruit, que la société aéroportuaire n'avait pas prises avant qu'un tribunal ne l'y oblige, en juin.

L'autoroute de la forêt de Khimki

- Lieu : Moscou, Russie
- Coût : 1,8 milliard d'€
- Bénéficiaire : Vinci

Vinci 2 ! Notre géant national prévoit de construire un segment d'autoroute de 15 km à travers la forêt de Khimki, poumon vert de la Moscou, qui abrite, sur près de 1 000 hectares, une biodiversité unique au monde. Pour un chantier estimé à 1,8 milliard d'euros, le groupe français prévoit une rente annuelle de 700 millions d'euros de péage. Malgré les violences et les arrestations arbitraires, la lutte menée par la dynamique Evgenia Chirikova est très populaire en Russie. 66 % de la population serait opposée au projet autoroutier, d'autant que 11 tracés alternatifs ont été proposés par des experts indépendants. Le « Khimki Forest Movement » s'attaque également à la corruption. Selon une ONG russe, le coût de construction d'une autoroute reviendrait à 237 millions de dollars par kilomètre chez eux, alors qu'il n'en coûterait que 6 millions de dollars aux États-Unis !

+ d'infos

Un Forum européen contre les grands projets inutiles imposés s'est tenu à Notre-Dame-des-Landes, près de Nantes, des 7 au 11 juillet 2012 : pour consulter le programme.

Textes : Sophie Chapelle, Rachel Knaebel, Nolwenn Weiler

Photo : © Alberte Couto

Notes

[1] Voir les différents tracés sur cette carte.

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Ecoutez l'émission 53 minutes

Forum sur les Grands projets inutiles à Notre-Dame-des-Landes

29.09.2012 - 07:05 Ajouter à ma liste de lectureRecevoir l'émission sur mon mobile

Avec notamment : Michel Tarin, de l’ACIPA ; Ingo Pulz, du mouvement Stuttgart 21 ; Gerd Söderholm, journaliste finlandaise ; Justine Pernel, de la Maison de la Résistance à la poubelle nucléaire de Bure ; Louis Fortin et Eric Gagnon-Poulin, cinéastes québécois, pour le film "Le fantôme de Mirabel" et des représentants de l’Assemblée du Chefresne

 
Terre-à-terre - France Culture - 29 septembre 2012 
 
Les Grands Projets Inutiles Imposés (GPII)
 
Pour écouter :


15/07/2012
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