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Chez Veolia, le banquet des fauves ...

 
                    Chez Veolia, le banquet des fauves...

 

           La combine était censée ne jamais être découverte.


Deux dirigeants de la branche Eau de Veolia
France sont devenus actionnaires d’une société
luxembourgeoise, tout de suite après lui avoir confié
un énorme contrat : le traitement des paiements de
toutes les factures d’eau du groupe en France.


Ils espéraient revendre par la suite cette société 200
millions d’euros au minimum. À Veolia de préférence.


La machination était censée ne jamais venir au grand
jour.

Comment imaginer un tel dévoiement au sein
de Veolia ? Alors que le groupe a supprimé plusieurs
milliers d’emplois dans l’activité Eau au cours des
quatre dernières années, et lancé un programme
d’économies de plus de 600 millions d’euros, deux des
plus hauts responsables de l’activité de la branche Eau
travaillaient surtout à leur enrichissement, en utilisant
les moyens financiers, les clients, la réputation du
groupe pour leur seul profit personnel.


Dans la plus grande discrétion, ces dirigeants sont
devenus actionnaires, avec une poignée d’acolytes,
d’une toute petite structure basée au Luxembourg,
Olky Payment Service Provider.

Une société qu’ils
venaient justement de choisir pour lui confier un
énorme contrat : le traitement de tous les paiements
des factures d’eau des abonnés de Veolia en France !
Cette plateforme, qui gère en particulier les
paiements par TIP (titre interbancaire de paiement),
a une technique particulière : elle représente
automatiquement les factures impayées auprès des
banques et peut mettre en place des paiements
fractionnés. Un huissier des temps modernes en
quelque sorte.
Ce système est censé lutter contre les impayés, de
plus en plus importants dans la gestion des services
d’eau.

Non pas parce que la pauvreté sévit de plus en
plus en France, à entendre les grands concessionnaires
d’eau (Veolia, Suez environnement, Saur), mais en
raison de la loi Brottes, votée en 2013. Celle-ci, selon
eux, serait une incitation à ne pas payer puisqu’elle
institue un droit minimum à l’eau et interdit toute
coupure définitive. Vent debout contre ce texte, les
concessionnaires d’eau réclament désormais que
les municipalités prennent à leur charge une partie des
factures impayées, au titre de l’aide sociale.
Pendant ce temps, les deux dirigeants de la branche
Eau avaient tout mis en place pour engranger les
bénéfices. Avec l’espoir de faire une culbute encore
plus grande dans un délai assez bref.


Car le but était de revendre l’ensemble de la société au groupe,
ou à d’autres, le plus rapidement possible. Le prix
de revente avait déjà été fixé entre les différents
actionnaires : 200 millions d’euros minimum !
Antoine Frérot, PDG de Veolia © Reuters


200 millions d’euros ! La cupidité des dirigeants
est décidément devenue sans limite. Depuis des
années, la chronique des affaires de rémunération et
d’enrichissement personnel dans le monde patronal ne
cesse de s’étoffer.

Mais cette affaire traduit un degré
supplémentaire dans l’effondrement moral, l’absence
de toute éthique, de tout scrupule. Avec un sentiment
complet d’impunité, ces dirigeants se sont appuyés
sur leurs connaissances, ce petit monde de réseaux,
de combines, d’entre-soi qui fait si souvent la marque
du capitalisme français, pour monter leur machination.


L’argent emportant tout.
L’affaire paraît avoir été pensée et orchestrée de
longue date. Car tous les engrenages du mécanisme
s’emboîtent en un temps record. Les sociétés
nécessaires sont créées au moment voulu. Tout le
monde semble jongler avec aisance dans l’opacité de
la finance discrète et des paradis fiscaux.


Tout commence en 2014. Alain Franchi vient juste
d’hériter de la responsabilité de l’activité Eau en
France. Parachuté de l’extérieur en juillet 2013 pour
la restructurer, ce responsable est présenté comme
un manager de crise. Il est surtout le bras de droit
de Serge Michel, parrain du BTP depuis plus de
trente ans, qui a fait la pluie et le beau temps dans
les conseils d’administration de Vinci et de Veolia
(voir «Alain Minc m’a tuer »). Selon Challenges,
c’est Serge Michel qui aurait imposé, en contrepartie
du maintien d’Antoine Frérot à la présidence du
groupe (voir notre enquête ici), la nomination de
son plus proche collaborateur à la tête de la branche
Eau, l’activité stratégique de Veolia. Ce qui nous
a été confirmé par plusieurs sources. Le groupe
dément toute interférence de Serge Michel dans cette
nomination. Les relations entre Serge Michel et Alain
Franchi seraient distendues ces derniers temps, dit-on.
Ils continuent cependant de partager au moins sept
sociétés ensemble.
Alain Franchi connaît Olivier Boyadjian. Cet ancien
de la Caisse des dépôts – il dirigeait l’équipe
d’investissements de CDC Capital investissements –
est responsable désormais du fonds d’investissement
HIG Capital en France. Il est lui aussi présenté comme
un «manager de crise ». Son fonds a repris notamment
les actifs de l’usine Molex, mise en faillite par
sa maison mère en 2009, des usines (ex-Pechiney)
vendues par le groupe Rio Tinto en France ou des parcs
de la Compagnie des Alpes.
Selon nos informations, c’est Olivier Boyadjian qui
aurait parlé le premier de la société Olky Payment
Service Provider à Alain Franchi. «En juillet 2014 »,
précise Franck Rouayroux, le dirigeant de la société
luxembourgeoise dans un mail, en réponse à nos
questions. Olivier Boyadjian n’a pas retourné notre
appel (voir la Boîte noire).
Conseiller cette société à un groupe comme Veolia est
des plus étonnants. Car des plateformes de paiement,
il en existe des dizaines bâties sur le même modèle
et qui ont pignon sur rue. Pourquoi recommander une
obscure société, basée au Luxembourg, et qui n’a
quasiment aucune référence dans ces métiers ? Créée
en 2011, elle n’est d’abord qu’une filiale conçue dans
le prolongement d’une des activités de sa maison mère,
Olky International Holding : la location de scooters.
La maison mère n’est pas plus rassurante. C’est une
holding financière qui n’a guère de surface. Elle a été
créée en 1998 par des fonds basés aux îles Vierges
britanniques et dans l’île de Niue, un des paradis
fiscaux les plus opaques – un des trusts qui figurent
parmi les actionnaires fondateurs d’Olky International
se retrouve d’ailleurs dans les Panama papers. Puis elle
a été rachetée, semble-t-il, par Franck Rouayroux, un
ingénieur français installé au Luxembourg en 2000.
Pendant toutes ces années, la holding financière
vivote. Elle a des activités dans la vente d’articles
de sport, la location de scooters et surtout de
voitures de luxe, cette dernière activité semblant
avoir été un puissant ciment entre la société et
ses clients. Tout va petitement, jusqu’à ce que les
autorités luxembourgeoises de contrôle lui donnent
un agrément bancaire en 2013. Ce qui lui permet de
travailler dans toute l’Europe.


Un tour de table sur mesure
Sur quelles bases les autorités de contrôle
luxembourgeoises ont-elles pu accorder un tel
agrément à une plateforme de paiement qui n’a
aucune surface financière affichée, aucune référence ?
Mystère. « Olky Payment a développé une usine de
traitement d’opérations SEPA (Système d’Information
Bancaire appelé SIO4), dont la particularité repose
sur le développement de fonctionnalités novatrices
permettant d’améliorer significativement les chances
de recouvrement des créances impayées pour les
créanciers. Cette solution opérationnelle dès 2014
a permis à Olkypay d’être reconnue comme l’une
des Fintechs les plus innovantes, récompensée à
plusieurs reprises en France et au Luxembourg », nous
a répondu son dirigeant Franck Rouayroux. Atteint
d’une brusque « extinction de voix », il a préféré nous
répondre par mail.
Comment Veolia peut-il se laisser convaincre de
confier à une société basée au Luxembourg tous les
abonnés de ses concessions d’eau en France payant
par TIP, alors qu’elle a comme seuls clients connus le
groupe Beaumanoir (prêt-à-porter) et la caisse sociale
de Monaco ? Encore plus mystérieux. La société
semble avoir eu des arguments convaincants. Un mois
à peine après avoir été présentée, elle signe dès le début
août un accord d’agrément avec Veolia. Olky Payment
s’engage à lui « fournir des services de paiement ». Le
22 décembre 2014, le directeur général de Veolia Eau,
Alain Franchi, signe un contrat définitif, confiant pour
sept ans à la société luxembourgeoise le traitement de
l’ensemble de la facturation par TIP de ses services
délégués sur le territoire français, à l’exception des
eaux de Marseille et du grand Lyon.


D’un seul coup, c’est un flux de 3 à 5 milliards d’euros
par an assuré pour la société.

Une vraie manne pour
la toute petite entreprise. D’autant que Veolia accepte
de prendre à sa charge tous les frais de développement
(près de 2 millions d’euros) pour lui permettre de gérer
sa facturation. Le groupe lui promet aussi son soutien
et son nom pour proposer « une offre de service [de la
plateforme – ndlr] à d’autres distributeurs d’eau et à
d’autres secteurs d’activité ». Les offices d’HLM sont
particulièrement visés.
« J’ai été informé qu’il y avait un transfert de notre
facturation vers une société au Luxembourg. Mais
cette opération m’a été présentée comme un simple
recours à un prestataire extérieur pour aider nos
services », reconnaît le PDG, Antoine Frérot. Pour
lui, il n’y avait pas de raison de s’attarder beaucoup
plus sur ce dossier : ce n’était qu’un contrat de soustraitance
qui ne justifiait pas d'aller voir plus loin.
Alain Franchi, directeur général de Veolia eau France © DR
En coulisses, pourtant, différentes personnes s’agitent
beaucoup. Brusquement, des « investisseurs » veulent
en être et participer au formidable succès à venir
de cette société totalement inconnue. L’affaire, il est
vrai, s’annonce prometteuse. Dès la première année
du contrat Veolia, Olky Payment a réalisé quelque 6
millions d’euros de profit pour un chiffre d’affaires
d’environ 13 millions d’euros. Des marges dignes de
celles du secteur du luxe.
Le 11 mars 2015, lors d’une assemblée générale
extraordinaire visant à acter une augmentation de
capital de 1,2 million d’euros (pour le porter à
2,2 millions), de nouveaux actionnaires font leur
apparition. On y retrouve Olivier Boyadjian, qui a
permis de décrocher le contrat avec Veolia. Mais
celui-ci ne passe pas par son fonds d’investissement.
Il préfère investir à titre personnel avec sa femme,
devenant le troisième actionnaire, derrière ceux qui
possèdent 20 % du capital.
Avec lui arrivent des noms connus ailleurs :
Didier Lombard, ancien PDG d’Orange, Jean-Yves
Durance, vice-président de la chambre de commerce
et d’industrie de Paris ; François Drouin, président
du tunnel du Mont-Blanc ; Guy Tavenaud, ancien
banquier chez Lazard. Ils arrivent souvent avec leur
femme et pour des montants modérés (autour de 50
000 euros).
Comment ont-ils découvert cette société ? « Par
des contacts normaux. C’est une fintech », nous a
répondu François Drouin avant de couper court à la
conversation. « Par l’intermédiaire de gens que je
connaissais », a ajouté Jean-Yves Durance, avant de
préciser qu’il n’avait « aucune intention de répondre »
à nos questions. Aucun des autres n’a retourné nos
appels. Olivier Boyadjian « s’est chargé d’organiser le
tour de table des nouveaux entrants qu’il représente.
Parmi ceux-ci se trouvent beaucoup de financiers
ou ex-banquiers, séduits par le caractère innovant
des solutions apportées par Olkypay dans un secteur
qui leur était bien connu et qui s’est ouvert à la
concurrence après la transposition de la Directive
des Services de Paiement (DSP) », nous a répondu le
dirigeant d’Olky Payment. S’il fallait trouver un autre
point commun entre eux, la plupart entretiennent une
grande proximité avec la Caisse des dépôts, dont le
nom est malheureusement trop souvent cité dans des
affaires obscures.
Mais une autre entité discrète prend aussi une
participation significative (10 % du capital) à
l’occasion de ce nouveau tour de table : Digital
Transaction Services. Le dirigeant de cette société
suisse n’est autre que Jean-Philippe Franchi, le frère
du directeur général de Veolia Eau, Alain Franchi ! Il
travaille lui aussi pour la branche Eau du groupe. Tout
cela, bien sûr, n’est que pur hasard et ne pose aucun
problème de conflit d’intérêts, ni d’abus de confiance.
À la suite de nos questions sur cette présence
inattendue, Alain Franchi nous a fait parvenir la
réponse écrite suivante : « Cette opération a été
réalisée sans que j’en aie été informé. J’ai été informé
de la prise de participation de Jean-Philippe dans
cette société il y a environ un mois. J'ai immédiatement
souhaité analyser les éventuels conflits d'intérêts
qui se poseraient. Je n’avais pas encore toutes
les réponses lorsque vous avez contacté le groupe
Veolia. » Bref, il a découvert le pot aux roses juste
avant notre enquête, mais n’avait pas encore pris la
peine d’en informer le président du groupe, Antoine
Frérot.
Comment le croire ? Car la prise de participations de
Digital Transaction Services a vraiment des allures
d’opération d’initiés. L’enchaînement, en tout cas,
est parfait. Dès que le contrat entre Veolia et Olky
Payment est signé, le 22 décembre 2014, la procédure
pour créer la société Digital Transaction Services est
lancée. Le 23 janvier 2015, elle fait enregistrer ses
statuts fondateurs à Neuchâtel (Suisse). L’objet de la
société est de concevoir et développer des solutions
informatiques, mais aussi de prendre des participations
dans des sociétés en Suisse ou à l’étranger. Elle entre
au capital de Olky Payment le 11 mars.


Un pacte d'actionnaires en or
Le tour de table, toutefois, ne sera vraiment complété
qu’en novembre 2015. Le 30 novembre 2015, la
maison mère de la plateforme de paiement, Olky
International Holding, qui se renommera à cette
occasion Utoky International Holding, tient une
nouvelle assemblée générale extraordinaire. Celle-ci
doit entériner l’arrivée d’un nouvel actionnaire, la
société Gaway.
En matière d’argent, l’imagination est toujours au
pouvoir : l’entrée de cette nouvelle société se fait par
le biais d’une seule « action traçante ». Un concept
jusqu’alors
Philippe Malterre, directeur adjoint de Veolia Eau France © Veolia
totalement inconnu. Cette seule action, comme
l’explique le procès-verbal de l’assemblée, donne le
droit à « 21,7391 % [quatre chiffres après la virgule !]
de toutes les performances et revenus des actions
par la holding dans Olky Payment (…) ainsi que
du produit de la vente de tout ou partie des actifs
désignés ».

En résumé, grâce à cette seule action,
l’actionnaire qui la détient s’octroie 6 % des profits ou
du prix de cession de Olky Payment Service Provider.
Cette action est souscrite par la société Gaway, logée à
Montbrison (Loire). Une société totalement inconnue
mais qui semble particulièrement bien informée.


Mais pourquoi utiliser un mécanisme si compliqué
en multipliant les sociétés écrans ?

Le secret, de fait,
s’imposait : le véritable propriétaire de cette société
est Philippe Malterre, le directeur général adjoint de
Veolia Eau France.

L’homme est un des piliers de
Veolia. Il est entré dans le groupe il y a plus de trente
ans, du temps où celui-ci s’appelait encore la Générale
des eaux et était présidé par Guy Dejouany. Philippe
Malterre n’a pas retourné notre appel.
Ainsi, dans le plus grand secret, au mépris de toutes
les règles, deux responsables de la branche Eau sont
actionnaires directs dans une société prestataire du
groupe, portée à bout de bras par Veolia, et espèrent
en tirer un profit personnel. Et pas seulement dans la
gestion quotidienne.
Car les actionnaires qui sont arrivés au capital
d’Olky Payment tout de suite après que cette dernière
a décroché le contrat avec Veolia sont de vrais
entrepreneurs ! Le jour même où ils sont entrés au
capital, ils ont signé un pacte d’actionnaires dont
l’objet quasiment unique est de prévoir les conditions
de sortie. Il est notamment prévu que tous devront
céder leurs titres « si la société reçoit une offre
d’achat au moins égale à 7 fois l’Ebitda (résultat brut
d’exploitation) et que celle-ci est présentée pour un
prix minimum de 200 millions d’euros » !
Franck Rouayroux minimise aujourd’hui la portée de
ce pacte et des engagements écrits qui ont été pris. Le
pacte d’actionnaires a surtout pour but, selon lui, « de
réguler les relations entre les différents actionnaires
et de prévoir les conditions de sortie pour ne pas léser
les minoritaires. Il prévoit notamment un montant
minimal de rachat de la société Olkypay en-deçà
duquel seule l’unanimité des voix est requise pour
autoriser une cession ».
Les actionnaires ont-ils déjà en tête un repreneur,
quand ils signent cet acte ? À qui pensent-ils ? Qui
peut mettre 200 millions d’euros sur la table pour
une telle société ?

Un fonds d’investissement comme
celui dirigé en France par Olivier Boyadjian ? Peutêtre.
Mais sans doute plus Veolia, objet de toutes les
attentions des actionnaires puisque le pacte prévoit un
comité de pilotage pour suivre spécialement le contrat
avec le groupe.
« Il n’existe aucun engagement de la part de Veolia
sur un éventuel rachat. Il n’y a pas non plus de projet
de cession à court terme », assure Franck Rouayroux.
Pourtant, une note d’honoraires de l’avocat d’Olky
Payment, par ailleurs actionnaire lui aussi de la société
par la biais de la société Appia, Nicola di Giovanni,
fait mention de l’existence d’une lettre d’intention de
Veolia.
Et puis, il y a ce bruit de fond. À partir du moment
où la société a décroché le contrat Veolia, celle-ci
se lance dans la recherche de prix et d’articles de
presse, comme s’il y avait urgence à se faire connaître.
De son côté, Veolia fait quelques déclarations, disant
penser à l’avenir se développer dans les activités hightech
et peut-être racheter quelques sociétés de haute
technologie.

Aujourd’hui, Veolia assure qu’il n’a
jamais été question de racheter de telles sociétés et en
tout cas, jamais à ce prix-là. Le groupe précise qu’une
acquisition d’un tel montant doit être obligatoirement
soumise au conseil d’administration du groupe et
obtenir son approbation. Bref, selon lui, il n’y avait
aucun moyen de lui faire racheter la société en douce.
Lorsqu’il a été informé de cette affaire, Antoine
Frérot, le PDG de Veolia, n’y a pas cru.


 Puis devant l’accumulation des preuves, il a bien fallu
se rendre à l’évidence : Veolia Eau était victime
d’une fraude massive de la part de certains de ses
dirigeants.

« Eu égard aux éléments que vous avez
portés à notre connaissance, nous avons décidé
de lancer un audit interne portant sur l'opération
incriminée, et plus largement sur toutes les sociétés de
spécialité de Veolia Eau France. Cet audit sera réalisé
en coopération avec les avocats du Groupe.


Deux collaborateurs sont concernés par ces allégations. Ils
ont fait l'objet d'une mise à pied à titre conservatoire,
afin de permettre le bon déroulement de l'enquête
interne. À l'aune des résultats de l'enquête, Veolia
prendra toutes les mesures qui s'imposeront », nous at-
il dit dans une déclaration officielle.


La fraude était-elle détectable avant ?

Aujourd’hui,
la bonne affaire espérée semble en tout cas éventée.
Il y en a peut-être d'autres construites sur le même
modèle dans le groupe. Il reste de tout cela un goût de
cendres devant tant de cupidité, d’effondrement moral,
de collusion affairiste. Comme si les métiers de l’eau
n’arrivaient jamais à se sortir de leur passé, de cette
culture de la corruption.
Boite noire
Dans le cadre de cette enquête, tous les actionnaires
d'Olky Payment ont été appelés, à l'exception de Didier
Lombard (ex-PDG d'Orange), injoignable. Jean-Louis
Durance et François Drouin ont brièvement répondu à
nos questions, avant de raccrocher. Alain Franchi, le
directeur général de Veolia Eau, nous a fait parvenir
une réaction écrite. Le dirigeant d'Olky Payment,
Franck Rouayroux, a accepté de répondre à nos
questions écrites par mail. Aucun des autres n'a donné
le moindre signe de vie.


La combine était censée ne jamais être découverte.
Deux dirigeants de la branche Eau de Veolia
France sont devenus actionnaires d’une société
luxembourgeoise, tout de suite après lui avoir confié
un énorme contrat : le traitement des paiements de
toutes les factures d’eau du groupe en France. Ils
espéraient revendre par la suite cette société 200
millions d’euros au minimum. À Veolia de préférence.


La machination était censée ne jamais venir au grand
jour.

Comment imaginer un tel dévoiement au sein
de Veolia ?

 

Alors que le groupe a supprimé plusieurs
milliers d’emplois dans l’activité Eau au cours des
quatre dernières années, et lancé un programme
d’économies de plus de 600 millions d’euros, deux des
plus hauts responsables de l’activité de la branche Eau
travaillaient surtout à leur enrichissement, en utilisant
les moyens financiers, les clients, la réputation du
groupe pour leur seul profit personnel.


Dans la plus grande discrétion, ces dirigeants sont
devenus actionnaires, avec une poignée d’acolytes,
d’une toute petite structure basée au Luxembourg,
Olky Payment Service Provider. Une société qu’ils
venaient justement de choisir pour lui confier un
énorme contrat : le traitement de tous les paiements
des factures d’eau des abonnés de Veolia en France !
Cette plateforme, qui gère en particulier les
paiements par TIP (titre interbancaire de paiement),
a une technique particulière : elle représente
automatiquement les factures impayées auprès des
banques et peut mettre en place des paiements
fractionnés. Un huissier des temps modernes en
quelque sorte.
Ce système est censé lutter contre les impayés, de
plus en plus importants dans la gestion des services
d’eau. Non pas parce que la pauvreté sévit de plus en
plus en France, à entendre les grands concessionnaires
d’eau (Veolia, Suez environnement, Saur), mais en
raison de la loi Brottes, votée en 2013. Celle-ci, selon
eux, serait une incitation à ne pas payer puisqu’elle
institue un droit minimum à l’eau et interdit toute
coupure définitive. Vent debout contre ce texte, les
concessionnaires d’eau réclament désormais que
les municipalités prennent à leur charge une partie des
factures impayées, au titre de l’aide sociale.
Pendant ce temps, les deux dirigeants de la branche
Eau avaient tout mis en place pour engranger les
bénéfices. Avec l’espoir de faire une culbute encore
plus grande dans un délai assez bref. Car le but
était de revendre l’ensemble de la société au groupe,
ou à d’autres, le plus rapidement possible. Le prix
de revente avait déjà été fixé entre les différents
actionnaires : 200 millions d’euros minimum !

200 millions d’euros ! La cupidité des dirigeants
est décidément devenue sans limite. Depuis des
années, la chronique des affaires de rémunération et
d’enrichissement personnel dans le monde patronal ne
cesse de s’étoffer. Mais cette affaire traduit un degré
supplémentaire dans l’effondrement moral, l’absence
de toute éthique, de tout scrupule.

Avec un sentiment
complet d’impunité, ces dirigeants se sont appuyés
sur leurs connaissances, ce petit monde de réseaux,
de combines, d’entre-soi qui fait si souvent la marque
du capitalisme français, pour monter leur machination.
L’argent emportant tout.
L’affaire paraît avoir été pensée et orchestrée de
longue date. Car tous les engrenages du mécanisme
s’emboîtent en un temps record. Les sociétés
nécessaires sont créées au moment voulu. Tout le
monde semble jongler avec aisance dans l’opacité de
la finance discrète et des paradis fiscaux.
Tout commence en 2014. Alain Franchi vient juste
d’hériter de la responsabilité de l’activité Eau en
France. Parachuté de l’extérieur en juillet 2013 pour
la restructurer, ce responsable est présenté comme
un manager de crise. Il est surtout le bras de droit
de Serge Michel, parrain du BTP depuis plus de
trente ans, qui a fait la pluie et le beau temps dans
les conseils d’administration de Vinci et de Veolia
(voir «Alain Minc m’a tuer »). Selon Challenges,
c’est Serge Michel qui aurait imposé, en contrepartie
du maintien d’Antoine Frérot à la présidence du
groupe (voir notre enquête ici), la nomination de
son plus proche collaborateur à la tête de la branche
Eau, l’activité stratégique de Veolia. Ce qui nous
a été confirmé par plusieurs sources. Le groupe
dément toute interférence de Serge Michel dans cette
nomination. Les relations entre Serge Michel et Alain
Franchi seraient distendues ces derniers temps, dit-on.
Ils continuent cependant de partager au moins sept
sociétés ensemble.
Alain Franchi connaît Olivier Boyadjian. Cet ancien
de la Caisse des dépôts – il dirigeait l’équipe
d’investissements de CDC Capital investissements –
est responsable désormais du fonds d’investissement
HIG Capital en France. Il est lui aussi présenté comme
un «manager de crise ». Son fonds a repris notamment
les actifs de l’usine Molex, mise en faillite par
sa maison mère en 2009, des usines (ex-Pechiney)
vendues par le groupe Rio Tinto en France ou des parcs
de la Compagnie des Alpes.
Selon nos informations, c’est Olivier Boyadjian qui
aurait parlé le premier de la société Olky Payment
Service Provider à Alain Franchi. «En juillet 2014 »,
précise Franck Rouayroux, le dirigeant de la société
luxembourgeoise dans un mail, en réponse à nos
questions. Olivier Boyadjian n’a pas retourné notre
appel (voir la Boîte noire).
Conseiller cette société à un groupe comme Veolia est
des plus étonnants. Car des plateformes de paiement,
il en existe des dizaines bâties sur le même modèle
et qui ont pignon sur rue.

Pourquoi recommander une
obscure société, basée au Luxembourg, et qui n’a
quasiment aucune référence dans ces métiers ?


Créée en 2011, elle n’est d’abord qu’une filiale conçue dans
le prolongement d’une des activités de sa maison mère,
Olky International Holding : la location de scooters.


La maison mère n’est pas plus rassurante. C’est une
holding financière qui n’a guère de surface. Elle a été
créée en 1998 par des fonds basés aux îles Vierges
britanniques et dans l’île de Niue, un des paradis
fiscaux les plus opaques – un des trusts qui figurent
parmi les actionnaires fondateurs d’Olky International
se retrouve d’ailleurs dans les Panama papers. Puis elle
a été rachetée, semble-t-il, par Franck Rouayroux, un
ingénieur français installé au Luxembourg en 2000.
Pendant toutes ces années, la holding financière
vivote. Elle a des activités dans la vente d’articles
de sport, la location de scooters et surtout de
voitures de luxe, cette dernière activité semblant
avoir été un puissant ciment entre la société et
ses clients. Tout va petitement, jusqu’à ce que les
autorités luxembourgeoises de contrôle lui donnent
un agrément bancaire en 2013. Ce qui lui permet de
travailler dans toute l’Europe.


Un tour de table sur mesure
Sur quelles bases les autorités de contrôle
luxembourgeoises ont-elles pu accorder un tel
agrément à une plateforme de paiement qui n’a
aucune surface financière affichée, aucune référence ?
Mystère. « Olky Payment a développé une usine de
traitement d’opérations SEPA (Système d’Information
Bancaire appelé SIO4), dont la particularité repose
sur le développement de fonctionnalités novatrices
permettant d’améliorer significativement les chances
de recouvrement des créances impayées pour les
créanciers. Cette solution opérationnelle dès 2014
a permis à Olkypay d’être reconnue comme l’une
des Fintechs les plus innovantes, récompensée à
plusieurs reprises en France et au Luxembourg », nous
a répondu son dirigeant Franck Rouayroux. Atteint
d’une brusque « extinction de voix », il a préféré nous
répondre par mail.
Comment Veolia peut-il se laisser convaincre de
confier à une société basée au Luxembourg tous les
abonnés de ses concessions d’eau en France payant
par TIP, alors qu’elle a comme seuls clients connus le
groupe Beaumanoir (prêt-à-porter) et la caisse sociale
de Monaco ?

 Encore plus mystérieux. La société
semble avoir eu des arguments convaincants. Un mois
à peine après avoir été présentée, elle signe dès le début
août un accord d’agrément avec Veolia. Olky Payment
s’engage à lui « fournir des services de paiement ». Le
22 décembre 2014, le directeur général de Veolia Eau,
Alain Franchi, signe un contrat définitif, confiant pour
sept ans à la société luxembourgeoise le traitement de
l’ensemble de la facturation par TIP de ses services
délégués sur le territoire français, à l’exception des
eaux de Marseille et du grand Lyon.


D’un seul coup, c’est un flux de 3 à 5 milliards d’euros
par an assuré pour la société. Une vraie manne pour
la toute petite entreprise. D’autant que Veolia accepte
de prendre à sa charge tous les frais de développement
(près de 2 millions d’euros) pour lui permettre de gérer
sa facturation.

Le groupe lui promet aussi son soutien
et son nom pour proposer « une offre de service [de la
plateforme – ndlr] à d’autres distributeurs d’eau et à
d’autres secteurs d’activité ». Les offices d’HLM sont
particulièrement visés.
« J’ai été informé qu’il y avait un transfert de notre
facturation vers une société au Luxembourg. Mais
cette opération m’a été présentée comme un simple
recours à un prestataire extérieur pour aider nos
services », reconnaît le PDG, Antoine Frérot. Pour
lui, il n’y avait pas de raison de s’attarder beaucoup
plus sur ce dossier : ce n’était qu’un contrat de soustraitance
qui ne justifiait pas d'aller voir plus loin.
Alain Franchi, directeur général de Veolia eau France © DR
En coulisses, pourtant, différentes personnes s’agitent
beaucoup. Brusquement, des « investisseurs » veulent
en être et participer au formidable succès à venir
de cette société totalement inconnue. L’affaire, il est
vrai, s’annonce prometteuse. Dès la première année
du contrat Veolia, Olky Payment a réalisé quelque 6
millions d’euros de profit pour un chiffre d’affaires
d’environ 13 millions d’euros. Des marges dignes de
celles du secteur du luxe.
Le 11 mars 2015, lors d’une assemblée générale
extraordinaire visant à acter une augmentation de
capital de 1,2 million d’euros (pour le porter à
2,2 millions), de nouveaux actionnaires font leur
apparition. On y retrouve Olivier Boyadjian, qui a
permis de décrocher le contrat avec Veolia. Mais
celui-ci ne passe pas par son fonds d’investissement.
Il préfère investir à titre personnel avec sa femme,
devenant le troisième actionnaire, derrière ceux qui
possèdent 20 % du capital.
Avec lui arrivent des noms connus ailleurs :
Didier Lombard, ancien PDG d’Orange, Jean-Yves
Durance, vice-président de la chambre de commerce
et d’industrie de Paris ; François Drouin, président
du tunnel du Mont-Blanc ; Guy Tavenaud, ancien
banquier chez Lazard. Ils arrivent souvent avec leur
femme et pour des montants modérés (autour de 50
000 euros).
Comment ont-ils découvert cette société ? « Par
des contacts normaux. C’est une fintech », nous a
répondu François Drouin avant de couper court à la
conversation. « Par l’intermédiaire de gens que je
connaissais », a ajouté Jean-Yves Durance, avant de
préciser qu’il n’avait « aucune intention de répondre »
à nos questions. Aucun des autres n’a retourné nos
appels. Olivier Boyadjian « s’est chargé d’organiser le
tour de table des nouveaux entrants qu’il représente.
Parmi ceux-ci se trouvent beaucoup de financiers
ou ex-banquiers, séduits par le caractère innovant
des solutions apportées par Olkypay dans un secteur
qui leur était bien connu et qui s’est ouvert à la
concurrence après la transposition de la Directive
des Services de Paiement (DSP) », nous a répondu le
dirigeant d’Olky Payment. S’il fallait trouver un autre
point commun entre eux, la plupart entretiennent une
grande proximité avec la Caisse des dépôts, dont le
nom est malheureusement trop souvent cité dans des
affaires obscures.
Mais une autre entité discrète prend aussi une
participation significative (10 % du capital) à
l’occasion de ce nouveau tour de table : Digital
Transaction Services. Le dirigeant de cette société
suisse n’est autre que Jean-Philippe Franchi, le frère
du directeur général de Veolia Eau, Alain Franchi ! Il
travaille lui aussi pour la branche Eau du groupe. Tout
cela, bien sûr, n’est que pur hasard et ne pose aucun
problème de conflit d’intérêts, ni d’abus de confiance.
À la suite de nos questions sur cette présence
inattendue, Alain Franchi nous a fait parvenir la
réponse écrite suivante : « Cette opération a été
réalisée sans que j’en aie été informé. J’ai été informé
de la prise de participation de Jean-Philippe dans
cette société il y a environ un mois. J'ai immédiatement
souhaité analyser les éventuels conflits d'intérêts
qui se poseraient. Je n’avais pas encore toutes
les réponses lorsque vous avez contacté le groupe
Veolia. » Bref, il a découvert le pot aux roses juste
avant notre enquête, mais n’avait pas encore pris la
peine d’en informer le président du groupe, Antoine
Frérot.
Comment le croire ? Car la prise de participations de
Digital Transaction Services a vraiment des allures
d’opération d’initiés. L’enchaînement, en tout cas,
est parfait. Dès que le contrat entre Veolia et Olky
Payment est signé, le 22 décembre 2014, la procédure
pour créer la société Digital Transaction Services est
lancée. Le 23 janvier 2015, elle fait enregistrer ses
statuts fondateurs à Neuchâtel (Suisse). L’objet de la
société est de concevoir et développer des solutions
informatiques, mais aussi de prendre des participations
dans des sociétés en Suisse ou à l’étranger. Elle entre
au capital de Olky Payment le 11 mars.
Un pacte d'actionnaires en or
Le tour de table, toutefois, ne sera vraiment complété
qu’en novembre 2015. Le 30 novembre 2015, la
maison mère de la plateforme de paiement, Olky
International Holding, qui se renommera à cette
occasion Utoky International Holding, tient une
nouvelle assemblée générale extraordinaire. Celle-ci
doit entériner l’arrivée d’un nouvel actionnaire, la
société Gaway.
En matière d’argent, l’imagination est toujours au
pouvoir : l’entrée de cette nouvelle société se fait par
le biais d’une seule « action traçante ». Un concept
jusqu’alors
Philippe Malterre, directeur adjoint de Veolia Eau France © Veolia
totalement inconnu. Cette seule action, comme
l’explique le procès-verbal de l’assemblée, donne le
droit à « 21,7391 % [quatre chiffres après la virgule !]
de toutes les performances et revenus des actions
par la holding dans Olky Payment (…) ainsi que
du produit de la vente de tout ou partie des actifs
désignés ». En résumé, grâce à cette seule action,
l’actionnaire qui la détient s’octroie 6 % des profits ou
du prix de cession de Olky Payment Service Provider.
Cette action est souscrite par la société Gaway, logée à
Montbrison (Loire). Une société totalement inconnue
mais qui semble particulièrement bien informée.
Mais pourquoi utiliser un mécanisme si compliqué
en multipliant les sociétés écrans ? Le secret, de fait,
s’imposait : le véritable propriétaire de cette société
est Philippe Malterre, le directeur général adjoint de
Veolia Eau France. L’homme est un des piliers de
Veolia. Il est entré dans le groupe il y a plus de trente
ans, du temps où celui-ci s’appelait encore la Générale
des eaux et était présidé par Guy Dejouany. Philippe
Malterre n’a pas retourné notre appel.
Ainsi, dans le plus grand secret, au mépris de toutes
les règles, deux responsables de la branche Eau sont
actionnaires directs dans une société prestataire du
groupe, portée à bout de bras par Veolia, et espèrent
en tirer un profit personnel. Et pas seulement dans la
gestion quotidienne.
Car les actionnaires qui sont arrivés au capital
d’Olky Payment tout de suite après que cette dernière
a décroché le contrat avec Veolia sont de vrais
entrepreneurs ! Le jour même où ils sont entrés au
capital, ils ont signé un pacte d’actionnaires dont
l’objet quasiment unique est de prévoir les conditions
de sortie. Il est notamment prévu que tous devront
céder leurs titres « si la société reçoit une offre
d’achat au moins égale à 7 fois l’Ebitda (résultat brut
d’exploitation) et que celle-ci est présentée pour un
prix minimum de 200 millions d’euros » !
Franck Rouayroux minimise aujourd’hui la portée de
ce pacte et des engagements écrits qui ont été pris. Le
pacte d’actionnaires a surtout pour but, selon lui, « de
réguler les relations entre les différents actionnaires
et de prévoir les conditions de sortie pour ne pas léser
les minoritaires. Il prévoit notamment un montant
minimal de rachat de la société Olkypay en-deçà
duquel seule l’unanimité des voix est requise pour
autoriser une cession ».
Les actionnaires ont-ils déjà en tête un repreneur,
quand ils signent cet acte ? À qui pensent-ils ? Qui
peut mettre 200 millions d’euros sur la table pour
une telle société ? Un fonds d’investissement comme
celui dirigé en France par Olivier Boyadjian ? Peutêtre.
Mais sans doute plus Veolia, objet de toutes les
attentions des actionnaires puisque le pacte prévoit un
comité de pilotage pour suivre spécialement le contrat
avec le groupe.
« Il n’existe aucun engagement de la part de Veolia
sur un éventuel rachat. Il n’y a pas non plus de projet
de cession à court terme », assure Franck Rouayroux.
Pourtant, une note d’honoraires de l’avocat d’Olky
Payment, par ailleurs actionnaire lui aussi de la société
par la biais de la société Appia, Nicola di Giovanni,
fait mention de l’existence d’une lettre d’intention de
Veolia.
Et puis, il y a ce bruit de fond. À partir du moment
où la société a décroché le contrat Veolia, celle-ci
se lance dans la recherche de prix et d’articles de
presse, comme s’il y avait urgence à se faire connaître.
De son côté, Veolia fait quelques déclarations, disant
penser à l’avenir se développer dans les activités hightech
et peut-être racheter quelques sociétés de haute
technologie. Aujourd’hui, Veolia assure qu’il n’a
jamais été question de racheter de telles sociétés et en
tout cas, jamais à ce prix-là. Le groupe précise qu’une
acquisition d’un tel montant doit être obligatoirement
soumise au conseil d’administration du groupe et
obtenir son approbation. Bref, selon lui, il n’y avait
aucun moyen de lui faire racheter la société en douce.
Lorsqu’il a été informé de cette affaire, Antoine
Frérot, le PDG de Veolia, n’y a pas cru. Puis
devant l’accumulation des preuves, il a bien fallu
se rendre à l’évidence : Veolia Eau était victime
d’une fraude massive de la part de certains de ses
dirigeants. « Eu égard aux éléments que vous avez
portés à notre connaissance, nous avons décidé
de lancer un audit interne portant sur l'opération
incriminée, et plus largement sur toutes les sociétés de
spécialité de Veolia Eau France. Cet audit sera réalisé
en coopération avec les avocats du Groupe.Deux
collaborateurs sont concernés par ces allégations. Ils
ont fait l'objet d'une mise à pied à titre conservatoire,
afin de permettre le bon déroulement de l'enquête
interne.

À l'aune des résultats de l'enquête, Veolia
prendra toutes les mesures qui s'imposeront », nous at-
il dit dans une déclaration officielle.


La fraude était-elle détectable avant ? Aujourd’hui,
la bonne affaire espérée semble en tout cas éventée.
Il y en a peut-être d'autres construites sur le même
modèle dans le groupe. Il reste de tout cela un goût de
cendres devant tant de cupidité, d’effondrement moral,
de collusion affairiste. Comme si les métiers de l’eau
n’arrivaient jamais à se sortir de leur passé, de cette
culture de la corruption.
Boite noire
Dans le cadre de cette enquête, tous les actionnaires
d'Olky Payment ont été appelés, à l'exception de Didier
Lombard (ex-PDG d'Orange), injoignable. Jean-Louis
Durance et François Drouin ont brièvement répondu à
nos questions, avant de raccrocher. Alain Franchi, le
directeur général de Veolia Eau, nous a fait parvenir
une réaction écrite. Le dirigeant d'Olky Payment,
Franck Rouayroux, a accepté de répondre à nos
questions écrites par mail. Aucun des autres n'a donné
le moindre signe de vie.

 

 


PAR MARTINE ORANGE
ARTICLE PUBLIÉ LE JEUDI 24 NOVEMBRE 2016



07/12/2016
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