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"Du poison dans l’eau du robinet"

  
     
REMOUS
"Du poison dans l’eau du robinet" : prolégomènes à une soirée télévisée à haut risque
par Marc Laimé, 13 mai 2010

On ne nous croira pas, sauf nos très fidèles lecteurs de Veolia et Suez, mais depuis certaine, et récente, projection privée il y a peu rue Villaret-de-Joyeuse, il y a le feu au lac dans l’adorable et très paisible « monde de l’eau »… FR3 va diffuser le lundi 17 mai 2010 à 20h35 un documentaire dont le titre fait frémir : « Du poison dans l’eau du robinet » (*). Tous les ingrédients d’un nouvel emballement médiatique totalement incontrôlé, façon « L’affaire Cristaline », sont réunis. Un documentaire choc, et de qualité, de 90 minutes, diffusé en « prime-time », ce qui est exceptionnel, et qui dévoile « des vérités qui dérangent » : les innombrables pollutions, de toute nature, qui affectent aujourd’hui toutes les ressources en eau françaises, souterraines et de surface, et par ricochet, peuvent aussi affecter la qualité de l’eau potable distribuée au robinet, qui contient parfois, malheureusement, des substances présumées dangereuses, à juste titre. Du coup la rumeur annonce un « plateau » exceptionnel qui suivra cette émission présentée par Marie Drucker, avec pas moins que les trois ministres directement concernés qui répondraient aux « accusations » du « docu-choc »… Au vu de l’agitation qui règne déjà en coulisses, sur fond de dénonciation de « l’imposture du Grenelle », dont le second volet, terriblement décevant, n’a pas été voté, et vient d’être dénoncé par le PS, le PC et les Verts, tous les ingrédients d’un épouvantable bastringue qui ne fera aucunement avancer le schmilblick sont réunis. Très modestes propositions pour ne pas aller dans le mur en klaxonnant…

Parti comme il semble, çà va donner :

Borloo-Jouanno-Le Maire :

- 1 : « Ce documentaire est très salutaire »,

- 2 : « Bon, en même temps (jeté de lunettes, relevé de lunettes), les choses sont plus compliquées, et nous ne pouvons pas laisser énoncer sans réagir les contre-vérités qui émaillent ce reportage »,

- 3 : « Il est vrai qu’en arrivant aux affaires, nous avons trouvé une situation absolument catastrophique, (et les socialistes feraient mieux de la boucler) …

- 4 : « Heureusement qu’avec le Grenelle (lissé de la mèche à la karatéka), à l’initiative de Nicolas Sarkozy … »

- 5 : « Et nous venons d’engager une réflexion sans précédent avec l’ensemble de la profession agricole… »

On abrège ("Enfin, ne racontez pas n’importe quoi, vous savez aussi bien que moi (ministre, moi-même, en responsabilité...) que...", et ça se termine : « ici Marie Drucker, à vous les studios… ».

Résultats des courses, le lendemain y a un sondage Opinion Way à la Une du Figaro pour savoir si Domenech a raison de blackbouler le triste connard qui s’est fait pécho avec la (presque) nubile blondasse.

Revenons à nos pollutions, hélas infiniment plus préoccupantes que ce que va nous laisser accroire le show qui se prépare...

Vous noterez que l’éducation populaire par les temps qui courent c’est très loin de Vilar dans la cour du Palais des papes.

Eau, pollution et santé

Le fait de dénoncer, à juste titre, la présence massive de substances polluantes de toute nature et de toute origine dans le milieu naturel, et donc dans les eaux de surface et les eaux souterraines utilisées pour fabriquer de l’eau potable, ne doit pas conduire à opposer artificiellement eau en bouteille et eau du robinet, ni à recommander, toutes affaires cessantes, de faire l’acquisition de « filtres » ou de « carafes filtrantes », dont les seuls mérites sont de faire la fortune des petits, et gros, malins qui les commercialisent…

Les eaux embouteillées, « minérales » ou « de source », proviennent de sources ou de nappes profondes, peu ou pas encore polluées, mais qui finiront par l’être tôt ou tard, à mesure de la propagation des substances polluantes en provenance de la surface dans le sous-sol.

Les villes reçoivent dans une très grande majorité une eau du robinet de bonne, voire de très bonne qualité, soit parce que leurs captages ne sont pas trop pollués, soit parcequ’ils sont bien protégés depuis longtemps, comme à Lons-le-Saunier par exemple.

Et surtout parce qu’elles ont mis en oeuvre, qu’il s’agisse d’un service en régie publique ou d’un service confié à une entreprise privée spécialisée du secteur, comme Veolia, Suez et Saur, des techniques de fabrication de l’eau potable adaptées à la qualité des eaux brutes que l’on utilise pour la produire.

Le problème c’est que ces technologies de traitement doivent être de plus en plus sophistiquées, et donc de plus en plus coûteuses, puisque les eaux de surface ou souterraines utilisées pour fabriquer de l’eau potable sont de plus en plus polluées, par des produits d’origine agricole comme les pesticides, mais aussi par toutes les substances chimiques que nous rejetons dans l’environnement, ainsi que les résidus de médicament, et enfin par les innombrables sous-produits de leur dégradation progressive dans l’environnement, appelés « métabolites ». Sans parler des « effets cocktail » induits par la décomposition-recomposition de ces milliers de substances…

Alors c’est vrai, il y a une énorme différence de la qualité des eaux brutes, qui entraîne d’énormes différences de traitement. Si l’on utilise une eau pure qui vient des Alpes comme à Grenoble, on peut quasiment se borner à la filtrer sur un lit de sable avant qu’elle ne soit potable.

En revanche, si on utilise une eau brute qui est très fortement polluée par des produits phytosanitaires, des métaux lourds, des médicaments…, il faudra déployer toute une gamme de traitements, jusqu’à l’ozonation, les ultra-violets, l’osmose inverse, l’ultra-filtration, et rajouter aussi du chlore supplémentaire, pour vérifier que l’eau produite ne se dégrade pas lorsqu’on l’achemine jusqu’au robinet du consommateur, parceque les canalisations ne seraient pas en bon état…

Et là il y a un vrai problème aujourd’hui : une collectivité importante pourra se payer une nouvelle usine qui va utiliser ces traitements, mais çà va coûter facilement 3 à 5 millions d’euros pour une ville de 10 000 habitants, et donc les petites communes rurales, par principe les plus polluées par les pesticides par exemple, ne pourront pas s’en doter…

On ne peut donc pas généraliser. Ce qui est sur, c’est qu’on est en droit, puisque c’est ce que prévoit la réglementation, d’exiger une eau de qualité qui coule au robinet en étant conforme aux normes de potabilité, et qui coûte accessoirement de 30 à 200 fois moins chère que l’eau en bouteille !

D’ailleurs, en dépit des affirmations d’un marketing très au point, l’eau en bouteille pollue aussi, tant au stade de sa fabrication (filtration, dégazage, minéralisation…), qu’ensuite par l’impact de son emballage et de son transport.

L’important c’est donc de ne pas se tromper complètement de débat, en opposant, comme c’est la facilité, l’eau en bouteille à l’eau du robinet.

Une eau de qualité, on l’obtiendra à un coût supportable le jour où l’on se décidera à prendre à bras le corps le problème de la dégradation continue des ressources en eau brute, qui sont aujourd’hui gravement polluées essentiellement par des produits phytosanitaires utilisés dans l’agriculture, et par les rejets de milliers de produits chimiques dans l’environnement naturel, dont on connaît encore très mal l’impact sur la santé humaine, en dépit du lancement de nombreux programmes de recherche ces dernières années, en France et en Europe.

Nous aurons une eau de qualité à un prix raisonnable le jour où nous aurons une agriculture et une chimie de qualité, qui ne polluent pas l’environnement de manière déraisonnable.

Mais il y a un prix à payer, celui de l’évolution d’un modèle agricole productiviste vers un autre agriculture respectueuse de l’environnement. Et il ne faut pas se raconter d’histoires. Il n’y a pas d’un côté les méchants agriculteurs pollueurs et de l’autre les gentils écolos ! Nous sommes tous peu ou prou responsables de cette dérive vers le productivisme, ne serait-ce que parce que nous n’avons pas suffisamment combattus les gouvernements qui ont tous laissé faire depuis 50 ans.

Accompagner le monde agricole vers un nouveau modèle, ça concerne tout le monde, et on va tous devoir y contribuer, y compris financièrement.

Pour l’instant, hélas, nous préférons nous voiler la face et combattre la pollution de l’eau, ce qui a un coût exorbitant (et fait la fortune de nos amis du Cartel et de leurs actionnaires), au lieu de la prévenir, comme l’a dénoncé en février dernier un rapport très sévère de la Cour des comptes sur la politique de l’eau française.

L’annonce (trash) de la soirée

(De l’aveu même de ses protagonistes les plus directs, l’annonce très affriolante qui suit, et qui a déjà généré un considérable « buzz » (la preuve), et bien entendu qui n’a rien à voir avec ce qu’il y a dans le film, a probablement été rédigée par un(e) normalien (ne) patientant, soit dans la boite de prod à l’origine de ce boxon, soit à FR3, bref patientant dans ces entresols louches avant que d’espérer rejoindre, au hasard, la bande à Fouks à Euro-RSCG, voire la bande à l’ancêtre du 92 à la DDM, c’est vous dire dans quel monde nous vivons, et ce à quoi il faut s’attendre par les temps qui courent, et toutes ces sortes de choses, d’où nos prolégomènes, ouf, nous l’avons bien descendu, même si nous n’avons aucun compte à rendre à Tim Burton, message perso à Que Choisir au cas où…)

(*)« Du poison dans l’eau du robinet »

« L’eau du robinet est-elle potable ? Sans le savoir, des millions de Français boivent une eau trop chargée en aluminium, nitrates, pesticides, médicaments et en radioactivité. Dans certains cas, l’eau est même non-conforme aux normes de précautions sanitaires. Ce danger invisible menace les foyers et la santé des Français, des plus jeunes aux plus âgés. Munie d’une valise multimédia équipée d’éprouvettes, Sophie Le Gall, la réalisatrice de ce documentaire d’investigation a parcouru la France pour recueillir les preuves de la contamination et interpeller les autorités.

Résultats de son enquête ?

Dans le Centre et en Ile-de-France, l’eau du robinet regorge de pesticides ou de nitrates, ces traitements chimiques qui sont soupçonnés d’être à l’origine de cancers. Les autorités le savent mais elles délivrent régulièrement des dérogations qui permettent de distribuer une eau qui dépasse les normes pesticides ou nitrates.

Dans des villages d’Auvergne ou à Saint Etienne, les habitants boivent une eau blanchie avec de la poudre d’aluminium qui pourrait déclencher la maladie d’Alzheimer. Les doses dépassent largement le seuil de risque fixé par certains scientifiques mais les autorités ignorent les dangers de ce neurotoxique.

La réglementation fait par ailleurs l’impasse sur le radon, ce gaz hautement radioactif, présent dans l’eau potable de plusieurs villages du Limousin. Résultat, des habitants boivent une eau chargée en radon sans en être informés.

Depuis quelques années, des citoyens et des scientifiques isolés tirent la sonnette d’alarme sur ces toxiques qui coulent de nos robinets. Partout en France, l’eau potable charrie désormais des résidus médicamenteux : antiépileptiques, aspirine, antidiabétique. Nul ne connait l’impact sur la santé des populations exposées. Pour décontaminer l’eau potable des Français, il faudrait bâtir des usines pour éliminer nitrates et pesticides, investir pour filtrer les molécules de médicaments, protéger les réserves d’eau des pollutions… Mais les communes et les grandes compagnies de distribution de l’eau ne souhaitent pas que de nouvelles règles viennent compromettre leurs affaires. En tant pis si les Français trinquent à leur santé.

Le documentaire sera suivi d’un post-scriptum présenté par Marie Drucker. Cette partie est un prolongement du film, un lieu de discussions avec auteur, réalisateur, témoin ou expert, pour que les téléspectateurs puissent se forger leur propre opinion. »

Du poison dans l’eau du robinet - Un film de Sophie Le Gall - Produit par Ligne de Mire avec la participation de France Télévisions - Durée : 90’ - Diffusion : Lundi 17 mai 2010 à 20h35 sur France 3

Lire aussi :

Du poison au robinet

S-Eau-S, le site de Gérard Borvon, jeudi 26 juillet 2007.



13/05/2010
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