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EMPLOI A EUROCITY : LE COMPTE N’Y EST PAS

EMPLOI A EUROCITY : LE COMPTE NY EST PAS

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 INTRODUCTION
   Des emplois induits purement déclaratifs

Dans létude effectuée par le cabinet Sémaphores, commanditée par le maître douvrage dEuropaCity sur les estimations demplois du projet, il est fait référence à plusieurs milliers demplois induits, alors que plus aucun cabinet sérieux nutilise cette prise en compte, car ces emplois sont purement déclara- tifs et il est impossible de prouver leur existence réelle. Dailleurs, dans létude ECODEV de 2012 intitu- lée « Etude quantitative et qualitative des nouveaux emplois sur le territoire du Grand Roissy » financée par lEPA Plaine de France, il est bien précisé dans la note méthodologique introductive : « ces analyses ne portent que sur les emplois directs ».

 

  De grossières erreurs statistiques

Le Collectif Pour le Triangle de Gonesse (CPTG) a dénoncé deux grossières erreurs statistiques effectuées par le cabinet Séma- phores dans son étude 2011.

Nous constatons avec étonnement que dans létude Emploi dite « révisée 2015 » mise sur le site de la CNDP, nous retrouvons les mêmes absurdités :

 

- page 9, 1er paragraphe, il est effectué la multiplication du nombre demplois du chantier par la durée de celui-ci : 4200 emplois x 3 ans = 12 600 emplois directs. Comme si occuper un emploi pendant 3 ans comptait pour 3 emplois !!

- page 12, dans un tableau intitulé « Synthèse de lestimation des emplois » notons dans la colonne « nombre demplois directs » laddition des emplois en phase de construction (avec reprise de lerreur de 12 600 emplois de chantier !) et de 11 780 emplois en phase dexploitation (après ouverture en 2024), soit un total de 24 380 emplois. Alors que les emplois se succèdent dans le temps et ne sont pas interchangeables (un coffreur-boiseur ne va pas devenir vendeur en boutique !)

 

Préalable méthodologique à lanalyse du Collectif Pour le Triangle de Gonesse : Idéalement, les comparatifs devraient être faites sur des bases sectorielles, mais le Collectif composé de bénévoles ne dispose pas des moyens financiers pour acquérir et analyser les bases des syndicats professionnels et enquêtes auprès des entreprises. Les cas cités permettent toutefois de dé- montrer la surestimation de létude Sémaphore.


 

 

surestimation du nombre demplois

                   1. La phase chantier : 4200 emplois ?

Contrairement aux méthodes habituellement utilisées par les cabinets compétents dans les études prospectives demplois, Sémaphores a utilisé un mode de calcul très discutable. « Les emplois liés à la phase construction sont calculés à partir des dépenses dinvestissements converties en production des secteurs du Bâtiment et des Travaux Publics, elles-mêmes converties à partir des ratios de lEnquête An- nuelle dEntreprises ».

 

Généralement, on identifie plutôt les différents corps de métiers mobilisés, en évaluant des effectifs proportionnels aux surfaces du projet, par application de ratios demplois par m2 ou par hectare, calculés pour les différentes phases de construction. Les corps de métiers se succèdent par séquences de quelques mois et les effectifs de personnel présents sur le chantier, très variables selon les étapes, connaissent une période de pointe relativement courte, située environ aux 2/3 de la durée.

Par ailleurs, nous relevons avec surprise que dans la version 2015 de létude Sémaphores, la référence de lEnquête Annuelle dEntreprises INSEE date toujours de 2009 (citée en annexe pages 20-21) et na pas été réactualisée pour une estimation dix ans plus tard, portant sur les années 2019-2021, alors quil existe des données disponibles pour 2013 fournies par cette enquête appelée désormais ESANE et que des gains de productivité importants ont été observés en une décennie dans le BTP, diminuant dautant le nombre de postes de travail /investissements.

 

Il nexiste actuellement en France aucun grand chantier de Bâtiment qui mobilise plus de 4000 emplois, alors que certains sont dun coût et dun niveau de complexité nettement supérieur à EuropaCity (EPR de Flaman- ville : 300 000 m3 de béton, 10,5 milliards €, des normes de quali- té draconiennes, 3200 salariés). En se référant à une construc- tion dun niveau dinvestissement plus élevé (le Pentagone à Paris-14ème : 4,3 milliards d€) les effectifs ne dépassent pas 2500 emplois en période de pointe.

 

De plus, un chantier de limportance dEuropaCity ne peut être assuré que par trois ténors du bâtiment en France (Bouygues, Eiffage, Vinci) qui possèdent un personnel permanent quils installent sur leurs différents sites à mesure de lavancement des travaux, par corps de métiers successifs, complétés par des travailleurs déplacés de filiales. Des recrutements locaux sont effectués à la marge1, notamment par des mesures dinsertion affectant 5% des heures travaillées à des personnes en difficulté.

Au total, chaque grand chantier génère localement au mieux quelques centaines demplois en CDD.

 

(1) Les entreprises du BTP ayant connu une grave crise en 2015 (baisse du CA de 3% et suppression de 42 000 em- plois), ont dabord pour objectif le maintien de leurs propres salariés.

directs

surestimation du nombre demplois

Systématiquement, les effectifs indiqués par les maîtres douvrage sont surestimés pour pouvoir obte- nir les autorisations. Exemple : Aéroville sur laéroport de Roissy (partie Tremblay-en-France) : 2600 emplois promis en 2008, 1600 à louverture. De même, le cabinet Sémaphores indique des effectifs largement surestimés. Le Maître dOuvrage affirme que ces emplois sont calculés en Equivalents-Temps- Plein (ETP), mais nen apporte pas la preuve : il ny aucune mention sur ce sujet dans létude. Les filières identifiées ci-après étant largement utilisatrices demplois à temps partiel et saisonniers1, et les chiffres nous apparaissant surestimés, nous émettons lhypothèse quil ny a pas eu prise en compte de cette question.

 

 

                             2. La Phase dExploitation :

11 800 emplois ?

 

1/ Commerces

Calcul demplois en proportion des surfaces : Aéroville + OParinor + My Place : 228 000 m2 1600emplois+3500+700= 5800emplois Ces centres commerciaux comprenant des restaurants, nous rajoutons 20 000 m2 de restauration, soit une augmentation de 8,7% des emplois dans la filière.

Nous intégrons également que dans la grande distribution 30 % des postes sont à temps partiel.1

Appliqué à EuropaCity, 250 000 m2 = 6 300 emplois dont 4500 à temps plein ?

 

2/ Hôtellerie seule

Nous prenons pour base 23 hôtels de 5050 chambres sur la commune de Roissy comptabilisés par lUNEDIC en 2014, qui occupent 1490 salariés.

Appliqué à EuropaCity, 2700 chambres, 840 emplois ?

 

3/ Loisirs

Emplois proportionnels à la surface/ ha (Disneyland : 2 230 ha et 14 000 salariés, ouvert toute lannée ; Astérix : 22 ha, 220 salariés permanents, 1 000 saisonniers, fermé lhiver)

(1) Source : DARES Analyses, « Le temps partiel en 2011 », Janvier 2013, n° 005

Proportion demplois saisonniers (mars- septembre) : 57% à Disneyland, 82% à Astérix.

Appliqué à EuropaCity, 150 000 m2, 80 ha = entre 200 et 800 emplois permanents ? Et entre 100 et 600 saisonniers ?

 

4 / Culture

Il nous semble préférable de nous référer au Louvre-Lens (28 000 m2, 200 emplois) plutôt quau Louvre parisien qui représente un cas exceptionnel. Par ailleurs, lensemble des personnels des Musées de France se répartit entre 64% de permanents, 36% dapprentis, stagiaires ou saisonniers (sans compter des bénévoles !)

Appliqué à EuropaCity, 50 000 m2 = 360 em- plois dont 230 permanents ?

 

6/ Les emplois dits de « Prestations complémentaires »

(entretien, gardiennage, nettoyage, évènementiel)... – au nombre de 1200 – peuvent être partiellement ou totalement délégués à du personnel dagences intérimaires existantes du pôle de Roissy. Et donc ne pas faire partie des emplois directs. En labsence de précisions, nous ne les prenons pas en compte.

directs

TOTAL GENERAL en hypothèse haute =
1+2+3+4+5
=Entre8000et9000emplois,dontmoinsde6000àtempsplein?


 

surestimation du nombre demplois

                             3. La non prise en compte des effets du numérique et de l« ubérisation » sur lemploi

 

Réaliser un exercice prospectif à 2024 sans projeter les évolutions profondes de lemploi apparaît quelque peu acrobatique.

Bernard Stiegler, philosophe français né à Sarcelles, annonce dans un article du Monde daté du 8 août 2015, que dici à 2025, un tiers des emplois pourraient être occupés par des machines, des robots ou des logiciels dotés dintelligence artificielle et capables dapprendre par eux-mêmes.

EuropaCity, se présente comme un centre commercial nouvelle génération basé sur de fortes innovations technologiques, mettant le consommateur au cœur du processus de production, de création et de vente. Dès lors, il est facile de comprendre que ce nouveau centre sera lun des premiers en France à bénéficier de ces gigantesques gains de productivité.

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En outre le phénomène « dubérisation » du monde de travail, avec des autoentrepreneurs sans couverture sociale, mis en concurrence avec des salariés « classiques » augure de profonds changements dans ce que lon appelle aujourdhui lemploi salariés.

Appliqué au calcul précédent, basé sur des comparaisons de nombre demplois en période contemporaine, il ne resterait donc plus quenviron 5 500 emplois réellement implantés sur le site dici 2024 ?

TOTAL GENERAL après prise en compte des évolutions numériques = Suppression dun tiers des emplois = 5000 et 6000 emplois


 

Ce solde nest jamais calculé, alors quil est bien précisé dans létude ECODEV en introduction méthodologique : « les données demplois (...) ne font quindiquer une po- tentialité, mais nintègrent pas les pertes qui pourront être enregistrées dans lenvironnement, ni les reconver- sions de sites... »

 

Létude récemment effectuée par lintercommunalité « Terres denvol » et mise sur le site de la CNDP fait état en cas douverture dEuropaCity dun nombre demplois détruits de 7 à 9000 postes dans les activités exercées, dans le cas du « scénario 3 » défendu par le Maître dou- vrage (destination touristique internationale).

 

Lanalyse des effets de « cannibalisation » sur les autres équipements existants montre un éventuel jeu à somme nulle demplois créés par EuropaCity, ou une création nette de 500 à 3000 emplois, largement inférieure aux hypothèses présentées par le Maître dOuvrage. Avec une cannibalisation dautant plus forte que les investissements consentis seraient élevés et lobjectif de visiteurs ambitieux.

Dans lattente de résultats détaillés, nous pouvons émettre lhypothèse dun éventuel jeu à somme nulle demplois créés par EuropaCity, voire à somme négative.


 

Sous-Estimation des qualifications

Dans le dossier du Maître dOuvrage (page 94), un graphique indique que 75% des emplois seraient accessibles à la population locale de niveau Bac et moins (CAP, BEP).

En réalité, lanalyse des niveaux de diplôme de la population en âge de travailler de Val-de-France (pris à titre dexemple) indique les proportions suivantes :

- 35% sans qualification

- 13% de niveau VI (Brevet des collèges),

Au total, 48% dun niveau inférieur à V, seuil minimum de recrutement dEuropaCity.

Soit la moitié de la main-dœuvre exclue a priori du recrutement.

La moitié des métiers classés par Sémaphores de niveau V (CAP, BEP) sont en réalité recrutés actuellement au niveau IV (Bac), voire plus.

Au total, au lieu des 3⁄4 des métiers accessibles aux populations locales, nous aurions environ le tiers du total.

Par ailleurs, on observe une déqualification inquiétante de la population locale passée de 29% sans aucune qualification en 1999 à 34% en 2008. Ce qui va avec la paupérisation de lEst du Val dOise, liée en partie sans doute aux nuisances de laéroport.

Doù un solde migratoire négatif des catégories socioprofessionnelles les plus élevées.

demandées

Enrayer laggravation de 5 points de la main-dœuvre non qualifiée en moins de 10 ans représenterait déjà un important effort de lappareil de formation local.


 

Très faible éventail des métiers

Le cabinet Sémaphores identifie 84 métiers à Europa City. On en répertorie en France environ 120000, soit une offre dEuropaCity représentant 0,66 % des possibles, ce qui constitue un éventail très restreint.

Un pôle spécialisé aux caractéristiques semblables à celui de Roissy (100 métiers) dont le spectre très étroit des offres possibles oblige pour trouver la main-dœuvre adéquate à une aire de recrutement diffuse gigantesque, qui contraste avec une zone dinfluence très faible sur les communes de proximité : 7% des actifs locaux1 recrutés en moyenne dans les villes du Grand Roissy (9,77 % des actifs de Goussainville, 6,7% de Villiers-le-Bel). Un score particulièrement faible pour Sarcelles (3,7% de ses actifs travaillant à Roissy) dont les flux domicile-travail sont tournés vers le Sud vers Plaine Commune et la capitale (6 fois plus dactifs vers Paris que vers Roissy – voir carte en annexe p. 6).

 

(1) Nous prenons en compte dans ce calcul à la fois les actifs ayant un emploi et les chômeurs (puisque les emplois prévus sont destinés prioritairement à ces derniers).

 

Avec le temps, la croissance des emplois de Roissy ne sest pas traduite par une intensifica- tion de son influence sur le territoire environnant, mais par un étalement en tache dhuile de son périmètre dattraction diffuse sur toute lIle- de-France et 200 communes de lOise et lAisne (voir cartes en annexe, pages 7 et 8).

Comme le pôle dEuropaCity présente les mêmes caractéristiques que celui de Roissy, on peut craindre la reconduction dun scénario semblable avec un recrutement de proximité très modeste.

Contrairement à une idée reçue, ce faible impact local nest pas modifié par une meilleure offre de transport (Aulnay directement reliée à Roissy sur le RER B : 6 % dactifs y travaillent en 2008, à comparer avec Gonesse sur le RER D : 8 %). Même si une nouvelle offre de transports serait utile pour le territoire, son influence sur un meilleur accès de la population locale aux emplois dEuropaCity apparaît illusoire.

Si lon additionne toutes les incertitudes listées dans cette note, les pro- messes que font miroiter les promoteurs dEuropaCity semblent très aléatoires : elles reposent sur des études discutables, des déclarations sans preuves. Largument EMPLOI considéré comme majeur dans la justification du projet EuropaCity ne peut être que sérieusement mis en doute.

 

 

 

 

Gonesse

13 juin 2016

 



03/07/2016
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