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Épisode 1 : refuser les plans d’austérité et la remise en cause de la démocratie

 

Épisode 1 : en Grèce comme ailleurs, refuser les plans d’austérité et la remise en cause de la démocratie

2010
Auteur : par Texte du M’PEP

Tentons d’imaginer les évènements qui pourraient se produire si le gouvernement grec – ou tout autre - annonçait qu’il annule les plans d’austérité. De tels gouvernements auraient d’abord un immense soutien populaire qui sera décisif pour surmonter les épreuves qui ne manqueront pas de se présenter. Dans l’ensemble de l’Union européenne, les peuples manifesteront leur joie pour cette initiative grecque – ou celle d’un autre pays - et se sentiront confortés dans leurs luttes. L’internationalisme trouverait là sa véritable signification. Car les pressions ne manqueront pas, l’exemple de l’Irlande, qui avait eu le tort de voter « non » au traité de Lisbonne en donne un aperçu. Tout ce qu’il y a de réactionnaire en Grèce et ailleurs hurlera à la mort au motif que c’est la « faillite » du pays et de l’ « Europe ». Il faudra résister à ces hurlements, d’autant que la Commission européenne, le FMI, les gouvernements des pays membres, le patronat, les banquiers, les médias à leur service accableront le gouvernement et le peuple grecs ou tout autre peuple qui se sera engagé dans cette voie. Ces derniers, dans l’épreuve, auront retrouvé leur fierté et leur souveraineté, c’est-à-dire leur liberté. L’essentiel. 

EN GRÈCE COMME AILLEURS, REFUSER LES PLANS D’AUSTÉRITÉ ET LA REMISE EN CAUSE DE LA DÉMOCRATIE

Par le Mouvement politique d’éducation populaire (M’PEP).

Le 1er juin 2010.

Épisode n° 1 du feuilleton de la crise de l’Union européenne

Résumé

Dans beaucoup de pays, les déficits publics et les dettes publiques se sont accumulés ces dernières années. La crise des subprimes née aux États-Unis d’un excès d’endettement privé a amplifié les dettes publiques en 2008 et 2009 du fait des « plans de sauvetage » des banques et des « plans de relance » décidés par les gouvernements. Le déficit public moyen dans la zone euro a été multiplié par plus de 3 entre 2008 et fin 2009, passant de 2% à 6,3% du PIB, tandis que la dette publique passait de 66 à 78,7% du PIB entre 2007 et fin 2009.

Un prochain épisode du feuilleton lancé par le M’PEP sur la crise de l’Union européenne donnera tous les éléments de compréhension du phénomène des déficits et des dettes. Retenons ceci pour l’instant : ces déficits et ces dettes ont pour cause principale une importante diminution relative des recettes fiscales tirées des prélèvements sur le capital et les revenus des fractions les plus aisées de la population. Viennent ensuite les effets des « plans de sauvetage » des banques et de « relance » issus de la crise de 2007-2009. Il faut aussi ajouter un « service de la dette » (les intérêts payés sur les emprunts) de plus en plus coûteux lié au fait que les banques centrales – devenues « indépendantes » - ne peuvent plus prêter aux États.

Pour combler ces déficits et ces dettes, les États empruntent sur les « marchés financiers » (banques, fonds de pension, fonds mutuels, hedge funds…). Ils le font au moyen d’emprunts obligataires (Bons du Trésor…). Mais lorsque les États sont très endettés, les agences de notation chargées d’évaluer le risque de non-remboursement (« défaut » de paiement), leur donnent de « mauvaises notes », provoquant la hausse des taux d’intérêt sur les emprunts d’État. Évidemment, ces taux d’intérêt élevés viennent encore alourdir les déficits et nécessitent de nouveaux emprunts… C’est un cercle vicieux.

Pour rembourser coûte que coûte les marchés financiers qui ont prêté aux États, l’Union européenne et le FMI (mais aussi les gouvernements des pays concernés), exigent des politiques d’austérité. Elles sont censées permettre de trouver les sommes nécessaires au remboursement des créanciers. Comme la population, à juste titre, risque de protester (encore que ce ne soit pas le cas partout en Europe !), des mesures de restriction des droits démocratiques sont alors mises en place. L’Union européenne et le FMI peuvent ensuite « aider » ces pays (c’est le terme officiel utilisé par la propagande de l’Union européenne), c’est-à-dire leur accorder des prêts à des taux inférieurs à ceux des marchés financiers afin qu’ils puissent, précisément, rembourser leurs créanciers (surtout des banques). Mais ces « aides » sont assorties de contreparties, appelées « conditionnalités » ou « plans d’ajustement structurel », qui sont des mesures d’austérité générale et de restriction des libertés démocratiques.

La crise de l’Union européenne a commencé par la Grèce. Ce pays, pour faire face à ses échéances (payer les fonctionnaires, faire fonctionner la société – écoles, hôpitaux, pompiers, police, transports… -, payer les intérêts des emprunts, rembourser les emprunts arrivant à terme), devait emprunter environ 54 milliards d’euros en 2010. À la fin du mois de février 2010, 13 milliards d’euros avaient été empruntés sur les marchés. La crise a éclaté quand le gouvernement grec a annoncé qu’il ne pourrait pas rembourser un emprunt de 8,5 milliards d’euros arrivant à échéance le 19 mai 2010.

Le 15 avril 2010 le gouvernement grec, pour la première fois, demandait l’ouverture de discussions avec la Commission européenne, la Banque centrale européenne et le FMI.

En 2009, la Grèce comptait 11 millions d’habitants (2,2% de la population de la zone euro) ; son PIB était de 242 milliards d’euros (1,2% du PIB de l’Union européenne) ; sa dette publique représentait 112% de son PIB (3,6% de la dette totale de la zone euro) ; son déficit public était de 13,6%.

Cette situation a été analysée par les marchés financiers comme présentant un risque de « défaut » (non-remboursement total ou partiel du capital et/des intérêts). Immédiatement les taux d’intérêt sur les emprunts de l’État grec se sont mis à monter. Le 22 avril 2010, les emprunts à 10 ans étaient à 8,8%, presque trois fois plus que ce que paye l’Allemagne, le financement à deux ans étant à 10,23%, soit 9% de plus que l’Allemagne ! On comprend, dans ces conditions, pourquoi le gouvernement grec ne pouvait plus emprunter sur les marchés financiers, compte tenu du coût prohibitif. Comme la Banque centrale européenne n’a pas le droit de prêter directement aux États, et que les traités interdisent d’aider un État par des transferts de fonds (il y aurait « distorsion » de concurrence), il fallait que de toute urgence les eurocrates bricolent un dispositif pour contourner les obstacles constitués par la BCE et les traités. C’est ainsi qu’est né en avril 2010 un système hybride constitué de prêts bilatéraux des États-membres de la zone euro à la Grèce, pour une valeur de 110 milliards d’euros sur trois ans, dont 30 milliards apportés par le FMI. Avant l’échéance du 19 mai 2010, le gouvernement grec a pu recevoir une enveloppe de 20 milliards d’euros qui lui a permis d’éviter le défaut. Mais ce n’est pas pour autant que les marchés se sont « calmés », bien au contraire. Les taux d’intérêt se sont mis à grimper pour le Portugal et l’Espagne, conduisant à un plan de « sauvegarde » de 750 milliards d’euros lors d’un sommet européen tenu à Bruxelles du 7 au 9 mai 2010.

Le thème des déficits publics et de la dette publique revient donc à la mode. Il n’a qu’un seul objet : justifier, par des « arguments » de conjoncture et d’un apparent bon sens, que la population doit se serrer la ceinture. Il faut retourner ce thème contre les néolibéraux et les sociolibéraux. La réalité des faits et quelques réflexions critiques montrent que la vraie gauche dispose de tous les arguments pour passer à l’offensive. Et pour faire grandir l’idée qu’il est nécessaire et possible de refuser les plans d’austérité et la remise en cause de la démocratie.

Face à l’hyper-austérité qui s’abat sur les peuples européens, des luttes d’une ampleur et d’une radicalité encore inconnues doivent se développer.

Après l’accord spécifique permettant à la Grèce d’obtenir des prêts pour 110 milliards d’euros sur trois ans, un nouveau sommet européen s’est tenu à Bruxelles du 7 au 9 mai 2010. Il s’agissait de réagir à la crise de l’euro qui frappait non seulement la Grèce, mais qui commençait à s’étendre à l’Espagne et au Portugal, menaçant également l’Italie et la France ainsi que le reste des pays-membres de la zone euro. Les dirigeants européens, réunis à l’occasion de cette crise, avaient la possibilité de déclarer la guerre aux spéculateurs et mettre de l’ordre dans les marchés financiers. Ils ne l’ont pas fait, et pour cause, ils en sont l’émanation et les obligés. Ils ont préféré, de façon totalement illusoire, « rassurer » les spéculateurs et les marchés financiers. Ils ont pris prétexte de cette crise, à l’inverse, pour déclarer la guerre aux peuples d’Europe en déclenchant des plans d’austérité d’une ampleur inconnue depuis la Seconde Guerre mondiale. Pour tenter de neutraliser la protestation populaire, les eurocrates européens se sont engagés dans un vaste mouvement de remise en cause des droits démocratiques.

 Au lieu de déclarer la guerre aux marchés financiers, les oligarques européens ont déclaré la guerre aux peuples

Le signal de la reprise en main des marchés de capitaux qu’aurait pu donner l’Union européenne – leur mise au pas - a été une fois de plus refusé. Et on comprend pourquoi puisque les traités européens interdisent toute forme de restriction à la libre circulation des capitaux. Comment encadrer, ou même « réguler » les marchés financiers sans remettre en cause, d’une manière ou d’une autre, leur liberté de circulation ? Car une telle limitation de cette circulation est assimilée à du « protectionnisme » appliqué non pas au marché des biens et services, mais au marché des capitaux. Or, dans l’univers des europiomanes, le protectionnisme est un dessein diabolique.

C’est pourtant en s’attaquant radicalement aux causes de l’instabilité monétaire et financière internationale que l’Union européenne pourrait peser comme force positive de stabilité à l’échelle mondiale. Ce serait, sans nul doute, le meilleur moyen de réconcilier l’Europe et les Européens.

À l’opposé de cette idée de bon sens, le comportement des oligarques européen fait penser à celui des peuplades des temps reculés, écrasées par l’ignorance et la superstition. Pour calmer la colère des dieux ou des démons et les « rassurer », il fallait des cérémonies sacrificielles et des offrandes perpétuelles. C’est la même chose aujourd’hui avec les marchés financiers qui veulent des sacrifices et des offrandes ayant pour nom austérité, chômage, pauvreté, misère… À la différence près que les dieux d’antan sont devenus des hommes en chair et en os en quête de profits sur le dos des peuples.

La pulvérisation en cours des droits sociaux et démocratiques remet en cause près de trois siècles de luttes – depuis les Lumières - qui avaient abouti à la civilisation européenne. Finalement, la « construction » européenne actuelle, celle des marchés et de la « concurrence libre et non faussée », déconstruit cette civilisation bâtie de haute lutte.

 L’austérité pour les pauvres : une seconde nature pour les classes dirigeantes

Selon les dictionnaires, l’ « austérité » est une « manière de vivre excluant la douceur, les plaisirs superflus ». Le terme de « rigueur » remplace parfois celui d’ « austérité » : « refus de tout laxisme dans le respect des impératifs économiques et budgétaires ». La « rigueur » est véritablement entrée dans l’histoire politique lorsque François Mitterrand, président de la République, a renoncé en 1983 à poursuivre l’expérience d’une politique de gauche pour s’aligner sur les politiques néolibérales en parlant du «  tournant de la rigueur ». L’ « austérité » et la « rigueur », en effet, sont des politiques économiques qui sont présentées comme voulant réduire drastiquement les coûts et les dépenses publiques.

De telles politiques ont vocation à être mises en œuvre lors de catastrophes comme des guerres ou des cataclysmes naturels ayant détruit une partie de l’appareil de production et des infrastructures (routes, ponts, habitations, réseaux…). Dans ces circonstances exceptionnelles, il est impossible, matériellement, de maintenir le niveau de vie de la population. C’est la situation qu’a connue la France, par exemple, pendant la Seconde Guerre mondiale et pendant encore quelques années après la Libération. C’est le drame que connait le peuple haïtien depuis le tremblement de terre de janvier 2010. Il faut, dans ces épreuves, faire des sacrifices pour reconstruire le pays. Il ne viendrait à l’esprit de personne de nier ces réalités et d’exiger le maintien des positions de chacun alors que ce n’est objectivement pas possible.

Il existe une autre raison à l’austérité et à la rigueur, beaucoup moins dramatique. C’est lorsqu’un pays est très fortement endetté vis-à-vis de tiers, comme d’autres pays ou des banques et institutions financières étrangères. Les classes dirigeantes des pays endettés peuvent alors décider l’austérité ou la rigueur dans le but d’économiser le maximum de fonds publics pour les utiliser à rembourser les créanciers. Dans ce dernier cas, l’acceptation de la population appelée à faire des sacrifices dépendra des raisons de cet endettement et du partage équitable de ces sacrifices à réaliser au sein de la société. Car il serait un peu trop facile, pour des gouvernants incompétents ou corrompus, d’endetter leur pays et de présenter ensuite l’addition à la population. Qui pourrait s’étonner du refus de celle-ci de faire les sacrifices demandés ?

C’est exactement la situation des plans d’austérité imposés aux Grecs, aux Portugais, aux Espagnols, aux Italiens, aux Français, entre le début de l’année et le printemps 2010, ainsi qu’aux autres peuples des pays membres de l’Union européenne, particulièrement de la zone euro. Les déficits publics et la dette publique, qui justifient cette austérité, n’ont pourtant pas pour origine un excès de dépenses sociales. Ces dettes et déficits ont pour origine, au contraire, la faiblesse des recettes fiscales provenant des prélèvements sur le capital et les revenus des personnes fortunées. Il faut également mentionner la crise des subprimes, qui a été une crise de la dette privée importée des États-Unis et qui a coûté des centaines de milliards d’euros aux États européens pour « renflouer » les banques ou relancer l’économie. Il faut ajouter les politiques des dirigeants de l’Union européenne et de chacun des pays de l’Union qui n’ont eu de cesse d’affaiblir la part du travail dans la répartition des richesses et de renforcer à l’inverse le poids des marchés financiers en organisant leur libéralisation totale. Maraboutés par les dogmes néolibéraux, les « gnomes » de Bruxelles n’avaient et n’ont qu’une seule ligne politique : affaiblir la part du travail dans la répartition des richesses afin de faire remonter celle du capital. Ils ne font pas cela par incompétence, bêtise ou méchanceté (quoique, parfois…), mais parce qu’ils croient vraiment (du moins ceux qui n’ont pas encore sombré dans le cynisme absolu) que l’économie ne peut fonctionner correctement qu’à la condition de libérer les « forces du marché », celles des « entrepreneurs » et celles de la finance. Toute entrave à ces « libertés », de leur point de vue, serait fatale. Il parait que cette politique serait plus efficace pour le bien de tous. Le principal moyen d’abaisser la part affectée au travail dans la répartition des richesses, pour faire remonter celle affectée au capital, a été l’organisation méthodique et cynique du chômage et de la précarité. Autre source de déficits et de dettes publics, les intérêts payés par les États sur leurs emprunts. Toutes ces questions seront expliquées en détail dans un prochain épisode.

 Les riches ne payent pas assez d’impôts

Il faut comprendre – et nous en avons les effets sous les yeux – que lorsque les revenus de la population sont réduits par les plans d’austérité et la rigueur, les taxes, cotisations sociales et impôts qu’elle paye le sont aussi ! Pas besoin d’avoir fait dix ans d’études d’économie pour comprendre cela. Pourquoi les oligarques européens ne le comprennent-ils pas ? Ils le comprennent parfaitement bien, mais ils expliquent cette situation par une justification qui est toujours la même : il n’y a pas eu assez de libéralisations, de privatisations, d’ « assainissements », d’ « ajustements », de discipline, de… Ne nous faisons pas d’illusions. À leurs yeux il n’y en aura jamais assez ! D’autant que s’il est relativement facile de faire baisser les recettes fiscales, il est toujours plus difficile de faire baisser les dépenses sociales qui ne peuvent jamais totalement suivre le rythme de diminution des recettes. Sauf à vouloir affamer la population, perspective que n’écartent pas les oligarques européens qui sauront très bien communiquer sur le mode de l’impuissance navrée.

Ce facteur de déséquilibre des finances publiques qui vient des multiples aides, directes et indirectes, accordées aux actionnaires des entreprises et aux ménages les plus fortunés, notamment grâce aux « niches » fiscales, est particulièrement révoltant. Comme les citoyens ne sont pas des demeurés, ils se rendent bien compte que l’austérité que l’on veut leur imposer est injuste. C’est pourquoi les classes dirigeantes mènent une politique de la peur et d’affolement de la population pour tenter de neutraliser sa résistance. C’est grossier, mais ça peut marcher. L’austérité et la remise en cause de la démocratie vont toujours ensemble, car les classes dirigeantes veulent évidemment annihiler toute forme de résistance à ces plans d’austérité.

Au total, ayant tout fait pour développer les marchés financiers et leur assurer une activité sans entrave, les dirigeants euro-libéraux se trouvent aujourd’hui submergés par leur propre créature. Il faut rappeler une nouvelle fois que les traités européens interdisent toute restriction aux mouvements de capitaux, non seulement entre les États-membres, mais aussi entre les États-membres et les États extérieurs à l’Union européenne (article 63 du Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne, appelé Traité de Lisbonne). Il faut se souvenir que cette disposition insensée a été exigée par le gouvernement allemand qui en fit une condition de l’union monétaire. Ce fut précisément pour garantir que les États-membres respecteraient la règle de réduction des déficits publics – règle d’abord implicite puis explicite avec les fameux « critères de Maastricht » - que les gouvernements, cédant à l’exigence des autorités allemandes encore hantées par le spectre de l’hyperinflation de 1923, érigèrent délibérément les marchés financiers non seulement intra-européens mais aussi extra-européens comme surveillant général des politiques économiques de la future zone euro.

 Une partie de la gauche enfumée par les europiomanes

Les psychopathes europiomanes qui forment le gros des élites européennes et des cabinets gouvernementaux savaient que de graves troubles économiques, sociaux et politiques résulteraient de cette construction. Ils n’avaient d’autre but que d’engager les pays de la zone euro dans le schéma impitoyable d’une harmonisation sociale et fiscale par le bas et d’une réduction incessante du « poids de l’État ». Un schéma qui nécessite d’entretenir une concurrence farouche entre pays. Il est donc hors de question, de leur point de vue, de permettre une quelconque solidarité internationale. À ce propos il est pathétique d’entendre les lamentations d’une partie de la gauche européenne qui semble découvrir qu’il n’existe aucune solidarité entre les pays membres de l’UE. Et il est tragique de constater que les mêmes, n’ayant rien appris, persistent à prier pour une « Europe solidaire » qui est pourtant interdite par les traités fondateurs eux-mêmes.

Les eurocrates avaient besoin de mettre en place un calendrier qui permette de les prémunir contre toute tendance des gouvernements nationaux à céder aux demandes des populations soumises à une cure d’austérité éternelle. Ce qui risque d’être le cas si les électeurs portent au gouvernement des partis vraiment de gauche. C’est pourquoi ces oligarques ont délibérément mis les États-membres sous la tutelle d’une créature « miraculeuse », en organisant la tyrannie globale des marchés, laquelle aurait le pouvoir de mettre au pas les futurs gouvernements afin de protéger perpétuellement les gains des rentiers et d’appliquer indéfiniment les « réformes » nécessaires pour les garantir, à savoir la casse sociale et la dépolitisation sans fin.

Un facteur aggravant en Grèce tient au fait que les catégories les plus aisées de la population ne payent pratiquement pas d’impôts, notamment au moyen de multiples systèmes d’évasion fiscale. Alors que les salariés du privé et les fonctionnaires sont imposés à la source, les professions libérales déclarent en moyenne un revenu dérisoirement faible, inférieur au salaire moyen des ouvriers. Comme les riches ne payent pas d’impôts et que peu est fait pour les y contraindre, ce sont les pauvres qui payent l’impôt ! On comprend, dès lors, qu’un tel système ne peut qu’encourager l’accélération des déficits publics.

La première chose à faire, dans les pays concernés comme la Grèce, le Portugal ou l’Espagne est donc d’engager, de poursuivre ou d’intensifier les luttes sociales pour l’annulation de toute forme d’austérité ou de rigueur pour la population. L’austérité est comme une seconde nature pour les classes dirigeantes – à condition qu’elle s’applique aux autres – car elle est un puissant moyen de modifier le partage des richesses en leur faveur. Tous les prétextes sont bons pour y parvenir. Dans les cas grec, espagnol, portugais, l’austérité est demandée par les marchés financiers (banques, fonds mutuels, fonds de pension, hedge funds, fonds souverains, grandes entreprises…), l’Union européenne, le FMI et les différents gouvernements européens – dont les gouvernements socialistes grecs, espagnols et portugais – en contrepartie de prêts de plusieurs dizaines de milliards d’euros. Ces politiques insensées sont menées dans le seul but de « rassurer » les « marchés financiers » alors qu’ils sont le problème et que la solution est de les décapiter.

 Un niveau de richesses créées le plus élevé du monde, et pourtant des plans d’austérité démentiels pour la population qui confirment l’inexistence du « modèle social européen »

Où est le « modèle social européen » ? Quelqu’un a-t-il vu le « modèle social européen » ? Après les plans d’austérité qui se sont abattus sur les pays-membres de l’Union européenne, particulièrement ceux de la zone euro au premier semestre 2010, sera-t-il encore possible de parler de « modèle social européen » pour ceux qui, de toute bonne foi, y avaient cru ? Certes un phénomène de « convergence » sociale a pu être observé à la Libération, grâce à la victoire sur le nazisme et aux gouvernements de gauche qui s’étaient installés en Europe. Mais depuis c’est à une autre « convergence » que l’on assiste : celle qui rapproche du modèle anglo-saxon. Les systèmes de protection sociale issus de la Résistance et de la Libération – le programme du Conseil national de la Résistance pour la France – sont peu à peu démantelés par l’Union européenne pour les aligner à la baisse sur ceux des autres pays développés. Telle est la condition, pour les oligarques européens, de la « compétitivité » de l’Union et de sa monnaie unique, l’euro.

Les classes dirigeantes européennes, grâce à la crise de 2010, pensent avoir trouvé une excellente occasion d’affaiblir encore un peu plus le « modèle social européen » issu non pas de l’Union européenne mais de la Libération. Elles en rêvent depuis 1945. Celui qui a probablement le mieux résumé leur pensée est le français Denis Kessler, ancien numéro deux de l’organisation patronale française, le MEDEF. Pour lui, « le modèle social français est le pur produit du Conseil national de la Résistance. Un compromis entre gaullistes et communistes. Il est grand temps de le réformer et le gouvernement s’y emploie […] La liste des réformes ? C’est simple, prenez tout ce qui a été mis en place entre 1944 et 1952 sans exception. Elle est là. Il s’agit aujourd’hui de sortir de 1945, et de défaire méthodiquement le programme du CNR » (Challenges, 4 octobre 2007).

Quelle étrange situation ! Cette crise éclate dix ans après le lancement de la « stratégie de Lisbonne », dont on nous avait martelé sur tous les tons qu’elle allait générer « l’économie de la connaissance la plus compétitive du monde ». Dans un autre épisode de ce feuilleton, le M’PEP rappellera les promesses faites au moment du Traité de Maastricht et de la création de l’euro.

Déjà, lors de la réunion ministérielle de l’OCDE qui s’était tenue à Paris le 26 mai 1997, les « experts » de cette organisation estimaient que « le chômage pourrait être divisé de plus de moitié en Europe ces vingt prochaines années pour être ramené aux alentours de 5% ». Mais pour y parvenir il y aurait un prix à payer : celui de continuer, malgré « les pressions protectionnistes et les tensions sociales, à développer les échanges commerciaux et à réformer les marchés du travail dans le sens d’une plus grande flexibilité et d’une réduction des réglementations ». C’est ce qui a été fait, on voit le résultat (La Correspondance économique, 27 mai 1997).

Peu de citoyens des pays européens le savent, mais début 2010 des fonctionnaires grecs, notamment des enseignants, n’avaient pas été payés depuis plusieurs mois. Un exemple parlant pour une « stratégie » qui devait reposer sur la « connaissance ». Certains décrivent le massacre social du peuple grec par l’appellation scandaleuse de « plan d’assainissement ». Non ! Il s’agit d’un violent plan d’austérité. Plus exactement, ce sont plusieurs plans d’austérité successifs qui ont été annoncés par le gouvernement grec. Quatre au total en quatre mois. Du jamais vu. Ces plans se sont succédés en fonction des hésitations des fous furieux qui dirigent l’Union européenne, d’un rapport de forces social en Grèce qui éprouvait des difficultés à se mettre en place, et au fur et à mesure de l’évolution de la situation sur les marchés et des exigences de l’Union européenne et du FMI.

Mi-janvier 2010 : de premières mesures d’austérité en Grèce

Le gouvernement grec prend quelques mesures positives comme l’augmentation des recettes fiscales par la remise en cause de certains privilèges fiscaux, la lutte contre l’évasion fiscale, une taxe exceptionnelle sur les grandes fortunes. Mais il décide aussi de nouvelles privatisations et de mesures brutales contre les fonctionnaires : gel des embauches, fin des contrats à durée déterminée, non-remplacement de 4 départs sur 5 à compter de 2011, réduction des primes, diminution des ressources des hôpitaux de 1,4 milliard d’euros…

Début février 2010, des mesures supplémentaires viennent s’ajouter

  • Gel des salaires dans la fonction publique.
  • Âge légal de la retraite remonté à 63 ans.
  • Augmentation des taxes sur les carburants.

Début mars 2010, 3e plan d’austérité

  • Augmentation de taxes (TVA, alcools, tabacs, carburants).
  • Augmentation de l’impôt pour les revenus supérieurs à 100 000 euros annuels.
  • Gel des salaires dans le secteur privé.
  • Gel des retraites pour les fonctionnaires.
  • Baisse de 30% du 13e mois et de 60% du 14e mois. Une précision est ici nécessaire, car les grands médias ont mis en exergue le fait que les Grecs, touchant 14 salaires par an, étaient des privilégiés. Il était donc logique qu’ils se serrent la ceinture après avoir vécu au-dessus de leurs moyens et n’avaient que ce qu’ils méritaient. Certes les Grecs reçoivent 14 salaires par an : un salaire mensuel, un 13e mois à Noël, la moitié d’un 14e mois à Pâques et l’autre moitié pour les vacances d’été. Il faut savoir cependant que le salaire minimum mensuel en Grèce est de 668 euros brut (1 343 euros brut en France) et que le salaire moyen mensuel brut est de 750 euros !

Début mai 2010, 4e plan d’austérité

Le 29 avril 2010 le FMI et l’UE demandaient des mesures supplémentaires d’austérité, condition pour que la Grèce obtienne des prêts (Wall Street Journal, 30 avril 2010). Le 2 mai 2010 le Premier ministre grec annonçait un plan de réduction des dépenses publiques de 30 milliards d’euros, occasionnant, de son propre aveu, de « grands sacrifices ». Les autorités grecques acceptaient ainsi un nouveau plan d’austérité, frisant l’acharnement thérapeutique. À la suite du sommet européen du 7 au 9 mai 2010 à Bruxelles, les mesures suivantes étaient prises :

  • Le taux principal de la TVA, après être déjà passé de 19% à 21%, passe de 21% à 23%.
  • Les taxes sur le carburant, l’alcool, le tabac augmentent pour la deuxième fois de 10%.
  • Gel des salaires et des retraites dans le secteur public pendant 5 ans.
  • Les primes sont limitées à 1 000 euros par an pour les fonctionnaires et supprimées pour ceux qui touchent plus de 3 000 euros nets par mois. Elles sont plafonnées à 800 euros pour les retraités et supprimées pour ceux d’entre eux dont la pension dépasse 2 500 euros mensuels. Cela représente la suppression de l’équivalent de 2 mois de salaires pour les fonctionnaires.
  • Les départs anticipés à la retraite, notamment ceux liés à la pénibilité du travail, sont interdits avant l’âge de 60 ans.
  • L’âge légal de départ à la retraite pour les femmes passera de 60 à 65 ans d’ici 2013.
  • La retraite à taux plein nécessitera 40 années de travail au lieu de 37. De plus elle sera calculée sur la totalité des années travaillées et non plus sur le dernier salaire. Cette mesure fera baisser le montant des pensions de 45% à 60% selon les cas.

D’après le ministre grec de l’Économie, Monsieur Papaconstantiniou, le déficit budgétaire devra être réduit de 11% du PIB, soit 30 milliards d’euros sur les trois prochaines années, jusqu’en 2012. Cela donnerait un déficit budgétaire de 8,1% en 2010, 7,6% en 2011 et 6,5% en 2012. Le déficit budgétaire devrait être ramené à 3% en 2014, conformément aux « critères » du traité de Maastricht. Pour y parvenir, des privatisations sont prévues comme celles des entreprises publiques de distribution d’eau ou les chemins de fer, qui devraient rapporter entre 5 et 6 milliards d’euros. Il faut ajouter un vaste plan de fusion des municipalités qui permettra de supprimer de nombreux services publics locaux.

En revanche, le plan d’austérité ne touche pas le budget de la Défense. On comprend pourquoi : la Grèce a passé de très grosses commandes de matériel militaire à la France et à l’Allemagne…

La Grèce est devenue le 10e membre de l’Union européenne le 1er janvier 1981 et le 12e membre de la zone euro le 1er janvier 2001. La politique de « convergence » qui lui a permis de respecter les critères de Maastricht afin de pouvoir participer à l’euro s’était déjà traduite par d’importantes mesures d’austérité et de libéralisation. Pour parvenir à faire avaler ces mesures aux Grecs, le profil politique idéal avait été trouvé : un jeune premier ministre, socialiste, économiste, ayant passé la période des Colonels en Allemagne. Nous avons nommé Costas Simitis, surnommé le « Rocard grec ». C’est dire.

Un gigantesque programme de privatisations avait été mené à terme : Banque de Crète, Banque de Macédoine et Thrace, Banque de Grèce Centrale, chantiers navals de Syros, Skaramanga et Elefsina, Électricité de Grèce (DEI), les télécommunications (OTE), Olympic Airways, HAI (armement et aéronautique), la Poste (ELTA), les paris sportifs (OPAP), le port du Pirée (OLP), Eaux et Assainissement de Salonique, le canal de Corinthe, le cabotage…

À la fin de l’année 2000, à la veille de l’entrée de la Grèce dans la zone euro, un rapport du FMI estimait pourtant que ce n’était pas suffisant. Il demandait – déjà - la diminution du nombre de fonctionnaires et la démolition des systèmes de retraite et de santé, « indispensable pour réduire les dépenses sociales ». Il exigeait en outre l’ « accélération de la libéralisation des marchés du gaz naturel et des transports ».

 La contagion des plans d’austérité

Lors du sommet européen qui s’est tenu à Bruxelles du 7 au 9 mai 2010, un plan de 750 milliards d’euros a été décidé pour « rassurer » les marchés financiers et les spéculateurs. Présenté comme un « plan d’aide » aux pays endettés, il généralise en réalité l’austérité et organise sa contagion. Les deux pays qui, après la Grèce, étaient « ciblés » par la spéculation, l’Espagne et le Portugal, ont été sommés de rendre les armes. Les gouvernements socialistes de M. Zapatero et de M. Socrates ont immédiatement accepté. Si la situation n’était pas si tragique, on pourrait croire qu’ils ont fait leur la boutade d’Alphonse Allais : « Il faut prendre l’argent là où il se trouve, c’est-à-dire chez les pauvres. Bon, d’accord, ils n’ont pas beaucoup d’argent mais il y a beaucoup de pauvres ».

 En Espagne

Le 11 mai 2010, Barack Obama, le Président des États-Unis, téléphonait au Premier ministre espagnol, le socialiste José Luis Rodriguez Zapatero. C’était pour le convaincre d’accepter l’austérité en Espagne afin de bloquer la contagion de la crise de l’euro qui pouvait affecter le dollar. Le lendemain, M. Zapatero annonçait officiellement l’austérité pour le peuple espagnol. Il n’y avait probablement pas encore assez de chômeurs en Espagne (4,6 millions, plus de 20% de la population), les indemnités chômage représentent d’ailleurs 30 milliards d’euros (3% du PIB). Le prétexte à cette austérité a été d’un grand classicisme : le déficit public espagnol était de 11,2% du PIB en 2009, loin des 3% définis par le traité de Maastricht. Facteur aggravant : les banques espagnoles détenaient 60% de la dette publique portugaise. M. Zapatero a donc décidé 5 milliards d’économies budgétaires en 2010 et 10 milliards en 2011 :

  • Baisse de 5% en moyenne des salaires des fonctionnaires.
  • Gel des retraites en 2011.
  • Suppression du « chèque-bébé » de 2 500 euros (créé en 2007, il avait pour but de relancer la natalité).
  • Réduction de 600 millions d’euros de l’aide au développement en 2010 et 2011.
  • Diminution des remboursements de médicaments (300 millions d’euros).
  • Diminution des investissements de l’État pour 6 milliards d’euros.
  • Diminution des investissements des communautés autonomes pour 1,2 milliard d’euros.

Pour « rassurer » les marchés financiers, M. Zapatero avait déjà supprimé l’impôt sur la fortune en 2008 au motif qu’il était jugé « peu efficace et dépassé ». Mais ce n’était toujours pas suffisant. Fin janvier 2010 un premier plan d’austérité avait été décidé :

  • Annulation de différentes dépenses budgétaires pour 7,5 milliards d’euros.
  • Baisse des dépenses de santé (1,5 milliard d’euros).
  • Réduction du nombre de fonctionnaires par le remplacement de seulement 1 départ sur 10.
  • Hausse de 2 points de la TVA.

Pendant des années l’Espagne avait été présentée comme un « modèle ». Par la droite, les grands médias, les socialistes. Mme Royal avait même été surnommée la « Zapatera ». Il est vrai que pour ceux qui ne se nourrissent que de la pâtée que leur servent les grands médias, toutes les apparences plaidaient en faveur de l’Espagne de M. Zapatero : excédent budgétaire de 2% du PIB en 2007 ; croissance économique de 4% ; croissance de l’emploi également de 4% ; diminution du chômage ; intégration de 800 000 immigrants par an ; convergence du niveau de vie des Espagnols vers celui des pays les plus riches d’Europe (40% en 1995 ; 80% en 2007)…

Mais l’Espagne en 2010 est devenue un anti-modèle, la caricature de ce qu’il ne faut pas faire. Elle connait une croissance négative de -3% en 2009 et de -1% en 2010 ; un taux de chômage qui dépasse 20% et qui continue de croître ; un taux de chômage pour les jeunes et les plus de 50 ans qui dépasse 45%.

Comment l’Espagne en est-elle arrivée là ? Par politique politicienne. Par suffisance. Par court-termisme. Par absence de réflexion critique sur le modèle néolibéral. Le gouvernement socialiste, pour avoir des résultats immédiats, a favorisé bêtement une concentration de l’activité économique sur le secteur de la construction. Plus de 30% de la population active, avant la crise, travaillait dans ce secteur. Certaines années, plus de 1 million de logements ont été mis en chantier (10 000 en 2009 !). Cette folie a été rendue possible par les décisions et le laxisme gouvernemental favorisant l’endettement des ménages, exactement sur le modèle américain. Celui-ci est passé, en moyenne, de 70% du revenu annuel en 1999 à 140% fin 2007. Résultat : 1,2 million de logements cherchent en 2010 un acquéreur, parfois dans des villes fantômes. De quoi loger 6 millions de personnes !

Pourtant le peuple espagnol était le seul à avoir dit « oui » par référendum au traité constitutionnel européen en 2005. À 77% ! Il semble, aujourd’hui, avoir compris son erreur. Ainsi, 66% des Espagnols interrogés ne croient pas que l’Union européenne pourra aider leur pays ; 88% ne font pas confiance à leur gouvernement (El Pais, 2 mai 2010). Ce sondage a été publié quelques jours après que Standard & Poor’s abaisse la note de l’Espagne et que le taux de chômage dépasse 20%. Dans ce contexte, repousser l’âge de la retraite à 67 ans est une décision particulièrement révoltante.

 Au Portugal

Le 13 mai 2010, Monsieur José Socrates, Premier ministre socialiste du Portugal, a annoncé lui aussi un nouveau plan d’austérité. On ne sait pas si Barack Obama lui a téléphoné avant. Mais on sait que M. Socrates a eu cette phrase merveilleuse : « Ces nouvelles mesures sont fondamentales pour défendre le Portugal et notre économie et pour renforcer notre crédibilité sur les marchés internationaux » (Wall Street Journal, 14 mai 2010). Immédiatement après la dégradation de la note du Portugal par Standard & Poor’s le 8 avril 2010, le gouvernement socialiste et le principal parti d’opposition (le Parti social-démocrate – PSD) avaient décidé de « travailler ensemble » contre la crise et même d’établir « un dialogue permanent ». Le but : que « tous les acteurs internationaux sachent que le pays a l’intention de respecter ses objectifs ».

Il n’y a rien d’étonnant à cela, M. Socrates est un socialiste « moderniste » : style jeune loup aux dents qui rayent le parquet, sans idéologie ni convictions, opportuniste, un pur produit de l’appareil, des liens ambigus avec les milieux médiatiques et des affaires…

Le déficit public du Portugal était de 9,4% du PIB en 2009, l’objectif fixé par l’Union européenne et le FMI est de le ramener à 7,3% en 2010 et 4,6% en 2011. Les moyens suivants ont été décidés :

  • Hausse de l’impôt sur le revenu de 1,5%.
  • Relèvement de la taxe sur les bénéfices des entreprises de 25% à 27,5%.
  • Augmentation de 1% de la TVA qui passe à 21%.
  • Annulation d’investissements publics comme la construction d’un nouvel aéroport à Lisbonne et d’un pont sur le Tage.

Au début de l’année 2010, comme en Grèce et en Espagne, le gouvernement portugais avait déjà décidé d’un plan d’austérité :

  • Taxe de 20% sur les plus-values boursières.
  • Augmentation du taux marginal de l’impôt sur le revenu porté à 45%.
  • Gel du salaire des fonctionnaires.
  • Suppression de 73 000 postes de fonctionnaires en quatre ans.
  • Réduction du budget de la Défense de 40%.
  • Diminution des investissements ferroviaires.
  • Diminution des allocations chômage.
  • Nouveaux péages autoroutiers.
  • Privatisations pour 6 milliards d’euros.

La droite soutient ces plans d’austérité proposés par les gouvernements socialistes grecs, espagnols et portugais. Qui s’étonnera ensuite du brouillage des idées entre la gauche et la droite et de la montée généralisée de l’abstention aux élections, ainsi que du vote d’extrême droite ?

 En Italie

Le 25 mai 2010 des mesures d’austérité étaient prises comme :

  • Gel des salaires des fonctionnaires pour trois ans (qui « apporterait » 5 milliards d’euros par an).
  • Gel des embauches dans la fonction publique.
  • Diminution de 10% des dépenses des ministères.
  • Plafonnement des allocations familiales.

Il s’agissait d’économiser 24 milliards d’euros d’ici 2012 pour ramener le déficit budgétaire qui était de 5,3% du PIB en 2009 à 2,7% en 2013. On voit bien, par le faible niveau du déficit public italien, que l’austérité décidée n’a que peu à voir avec un risque hypothétique de défaut de paiement de sa dette par l’Italie. La classe dirigeante italienne, comme celle des autres pays, profite de la situation pour redresser ses profits.

Et ailleurs…

Après des négociations avec le FMI, l’UE et la BCE, le gouvernement roumain (droite) a obtenu un prêt de 20 milliards d’euros en mars 2009. Un an plus tard, il en avait dépensé la moitié, mais le FMI refusait de débloquer le reste si la Roumanie n’accélérait pas les mesures d’austérité et de libéralisation. Le gouvernement roumain a donc obtempéré et a diminué les salaires des fonctionnaires de 25%, les retraites de 15%, les allocations familiales, les aides aux personnes handicapées… Le rêve ! Le salaire moyen en Roumanie est de 350 euros nets par mois, les pensions s’élèvent à 200 euros. La Roumanie est une illustration grandiose des progrès accomplis vers l’horizon radieux du « modèle social européen ».

En Lettonie, les retraites ont été réduites de 10%, le salaire minimum de 20%, le salaire des enseignants de 50%... Parallèlement, le PIB letton a chuté de 18%...

En Grande-Bretagne, le nouveau gouvernement du Premier ministre David Cameron a lui aussi décidé d’entrer dans la ronde de l’austérité. Ce sont 7,2 milliards d’euros d’économies qui sont prévues en 2010, notamment par le gel des embauches dans la fonction publique et la diminution des subventions aux associations. Le déficit public de la Grande-Bretagne était de 11,4% du PIB et la dette publique de 90% en 2009.

En Allemagne, 10 milliards d’euros d’économies sont prévus chaque année jusqu’en 2016.

 En France

Comme d’habitude, le gouvernement Sarkozy-Fillon fait de la politique politicienne. Il a remis à la Commission européenne, en janvier 2010, un « programme de stabilité » (lire « austérité » !) pour les années allant de 2011 à 2013. Ce « programme » prévoit de réduire le déficit public de 8,2% en 2010 à 3% en 2013. La casse du système de retraites devrait être un élément central dans la baisse des dépenses publiques. Ce sont les dépenses de l’État qui sont visées et qui « seront gelées en valeur » (elles ne suivront pas l’inflation). Bien entendu, les Dupont et Dupond de la politique, les deux anciens premiers ministres Dominique de Villepin et Alain Juppé y sont très favorables. Le premier a appelé à la « rigueur », et le second, « je dirais même plus », a plaidé pour la « rigueur » (Le Monde, 12 mai 2010).

Pour atteindre ces objectifs de réduction du déficit public, le gouvernement pronostique une croissance économique de 2,5% en 2010 et 2011. C’est totalement illusoire. Les mesures d’austérité, si elles s’appliquent du fait de l’insuffisance des lutes sociales, ne permettront que d’envisager une croissance économique comprise entre 0% et 1%. Pour les classes dirigeantes, cela n’a pas vraiment d’importance. Si les objectifs ne sont pas atteints, la situation sera le prétexte à une nouvelle cure d’austérité…

Pour mémoire, on rappellera les meilleurs moments du sommet de Lisbonne, qui donna naissance à la « stratégie » du même nom, qui s’était tenu les 23 et 24 mars 2000. Il fallait «  renforcer le modèle social européen » pour le rendre « plus moderne et plus actif ». Plusieurs pistes étaient proposées par l’Union européenne : poursuite de la libéralisation des télécommunications, des marchés publics, de l’énergie, de l’aviation ; achèvement d’ici 2005 de l’intégration d’un vaste marché financier européen. Ainsi, le taux de chômage pourrait être de 4% en 2010. Du coup, le taux des personnes vivant au-dessous du seuil de pauvreté devrait être ramené de 18% à 15% en 2005 et 10% en 2010. Tout cela a été fait, et plus encore. Pour quel résultat ? En 2009, le taux de chômage était de 9,1% et le taux de pauvreté de 17%...

 



03/06/2010
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