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Est-il admissible d'être malade de ce que l'on mange ?



    
                  Vous reprendrez bien un petit cocktail chimique?

 
    A ce jour, le lien entre alimentation et cancer n'est en effet toujours
pas reconnu explicitement alors même que les indices ne cessent de
s'accumuler. La chronique de Serge Orru, du WWF-France.
 

   Parce que l'Homme fait partie de la grande chaîne du vivant, la
préservation de l'environnement, la qualité de notre alimentation, donc
de notre santé, sont des enjeux étroitement liés. C'est en ce sens que
l'association Générations Futures en partenariat avec le Réseau
Environnement Santé, Health & Environment Alliance et le WWF ont dévoilé
récemment une enquête sur la présence de polluants cancérigènes dans
notre alimentation. L'analyse en laboratoire réalisée à cette occasion
portait sur le contenu de quatre repas classiques d'une journée pour un
enfant d'une dizaine d'années (petit déjeuner, déjeuner, goûter, dîner).
Les résultats obtenus ont révélé la présence de 128 résidus chimiques,
dont 47 substances cancérigènes possibles et 37 perturbateurs
endocriniens.

   Si l'analyse montre que les substances chimiques incriminées ne sont
présentes dans les aliments qu'à faible dose, l'addition dans nos
assiettes de dioxines, de pesticides et d'additifs alimentaires
cancérigènes présente un risque considérable à long terme pour la santé
publique. Ces véritables cocktails toxiques sont-ils à mettre en
perspective avec la multiplication du nombre de maladies chroniques et
l'augmentation de l'incidence du cancer de l'enfant et de l'adolescent
durant les décennies passées?

   En effet, les conditions d'élevage hors-sol propices à favoriser
certaines maladies animales, le recours à des facteurs de croissance
(administration d'antibiotiques) ou bien encore les rejets organiques
des élevages intensifs provoquant l'excès de nitrates représentent
autant de facteurs favorisant les troubles neurologiques, immunitaires,
de la fertilité ainsi que les cancers.

   II existe pourtant de véritables angles morts dans l'approche de la
santé. A ce jour, le lien entre alimentation et cancer n'est en effet
toujours pas reconnu explicitement alors même que les indices ne cessent
de s'accumuler et les alertes de recueillir l'indifférence de la
politique de l'autruche.

   Qui connait les avis de l'Agence française de sécurité sanitaire des
aliments (actuelle Anses)? Par exemple, celui de juin 2010 concernant
les risques chimiques liés à la consommation de poissons "recommande à
l'ensemble de la population dans le cadre d'une alimentation
diversifiée, la consommation de 2 portions de poissons par semaine en
variant les espèces et les lieux d'approvisionnement (sauvage, élevage,
lieux de pêche, etc.)", et ce afin de limiter "le risque de
surexposition aux contaminants chimique".

   La diminution de l'exposition des consommateurs à ces contaminants a
valeur d'actualité. Or l'inertie des pouvoirs publics en la matière est
confondante. Songez seulement au fait qu'il n'existe pas de cartographie
nationale du cancer disponible depuis 2004. Pourquoi?

   La révision des teneurs maximales autorisées voire l'interdiction de
nouvelles molécules, ainsi que le renforcement des contrôles au sein de
l'industrie agroalimentaire sont des mesures à engager sans délai.

   En tant que consommateurs, nous pouvons d'ores et déjà nous prémunir
contre les risques en privilégiant une alimentation biologique (emploi
de produits chimiques de synthèse proscrit), locale et de saison
(traitement fongique et présence de conservateurs réduits ou nuls).
Quand bien même la consommation régulière de fruits et de légumes permet
de réduire les risques de cancer, c'est dans les conditions du bio,
local et de saison que ces produits recouvrent pleinement leur rôle.

   Toutefois, un tel mode alimentaire induit aujourd'hui un coût
supplémentaire difficilement tenable pour les foyers. L'intervention
publique est donc aussi attendue pour favoriser l'évolution des
pratiques agricoles car l'augmentation des volumes disponibles de
produits bio entrainerait nécessairement la réduction des prix. Il en va
de la justice comme de la santé: que l'on soit puissant ou misérable
est-il admissible d'être malade de ce que l'on mange? 

 
Par Serge Orru, WWF-France
Publié par : http://www.lexpress.fr
Le 17/12/2010



18/12/2010
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