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FNSEA : Beulin dans un champ !... ou véritable ministre de l'Agriculture ?

 

Xavier Beulin, le céréale-killer de la FNSEA
  Souvent présenté comme le «véritable ministre de l'Agriculture», le tout
puissant patron du premier syndicat agricole français mobilise ses
troupes aujourd'hui à Paris. Mais l'agro-business man est loin des
préoccupations des petits éleveurs.

  Costume impeccable, chaussures fines, Breitling au poignet, «petit
pied-à-terre» en Tunisie, Xavier Beulin a la rutilance et le train de
vie d’un PDG de multinationale. Et pour cause. A 56 ans, celui qui
dirige la FNSEA depuis fin 2010 et que d’aucuns qualifient de «véritable
ministre de l’agriculture» tant il obtient tout ce qu’il veut de
François Hollande comme de son précédesseur, est aussi et surtout un
redoutable homme d’affaires.

  Coiffé de multiples casquettes, l’influent syndicaliste tire en toute
discrétion les ficelles de l’agro-industrie française... celle-là même
qui entraîne la disparition des agriculteurs. Contrairement à ce qu’il
avait promis lors de son accession au sommet de la FNSEA, il a conservé
la plupart de ses autres mandats, une bonne dizaine en tout. En plus de
quantités de responsabilités dans différentes instances clés du monde
agricole, en province, à Paris ou à Bruxelles, il préside toujours le
port de commerce de La Rochelle -deuxième port français pour
l’exportation de céréales- ou le conseil économique et social régional
(CESER) du Centre. Et s’est même emparé, en sus, de celle de l’IPEMED
(Institut de prospective économique du monde méditerranéen), un think
tank fondé par Jean-Louis Guigou, mari de l’ex-ministre socialiste
Elisabeth Guigou.

   L'homme qui pesait 7 milliards

  Surtout, il est à la tête d’un empire agro-industriel et financier aussi
puissant que peu connu du grand public : le géant céréalier Sofiprotéol,
récemment rebaptisé Avril pour « symboliser la force du renouveau ». Ce
mastodonte pèse 7 milliards d’euros de chiffre d’affaires, regroupe plus
de 150 sociétés et se dit présent dans 22 pays, dont -ô surprise- ceux
du Maghreb, l’une des terres que l’agriculture tricolore doit absolument
conquérir, ne cesse de répéter Beulin. La raison d’être
d’Avril-Sofiprotéol, ce «maître caché de l’agriculture française», comme
titrait le site Reporterre.net en...avril? Assurer un maximum de
débouchés à la filière des huiles et protéines végétales (colza,
tournesol, pois...).

  La holding de Beulin est partout. Dans nos assiettes, avec les huiles
Lesieur et Puget ou les oeufs Mâtines, marchés qu’elle domine. Dans
celle des porcs, de la volaille ou du bétail, avec Glon Sanders, numéro
1 français de l’alimentation animale. Dans la «santé» et la génétique
animale. Dans nos moteurs, avec Diester Industrie, champion européen du
biodiesel (une vraie «rente de situation», dixit la Cour des comptes en
2012). Dans nos cosmétiques, peintures ou matelas en mousse
polyuréthane, puisqu’Avril est aussi leader européen de l’oléochimie.
Dans le financement de l’agriculture industrielle. Dans la presse
agricole. Dans l’huile de palme, dans les semences ou dans les OGM (avec
Biogemma)... N’en jetez plus!

   Ruralité en col blanc

  Compte tenu de toutes ses activités de col blanc, on a du mal à imaginer
Beulin dans un champ. Quand a-t-il le temps de s’occuper de son
exploitation de 500 hectares de blé, orge, colza, tournesol, maïs et
pois protéagineux, cultivés avec son frère et deux cousins dans le
Loiret? Interrogé par Libération en 2011, le gros céréalier -fait
rarissime à la tête de la FNSEA- avait bondi : «J’y vais deux week-ends
par mois. Le dernier, j’ai fait dix-sept heures de tracteur ! Et quand
je vais à l’étranger, la première chose que je fais, c’est sentir la
terre.» Depuis son fauteuil des beaux quartiers parisiens, l'homme au
discours bien rodé multiplie les gages de ruralité.

  Il ne se départit de son charisme onctueux et ne montre de signes
d’agacement que lorsqu’on lui parle des dégâts environnementaux et
sociaux causés par l’agriculture industrielle, son modèle absolu. Il est
mort, le sol, il ne produit plus que sous perfusion, alarment des
agronomes. Une fuite en avant, dopée à la pétrochimie, dont les
agriculteurs sont les premières victimes. «Des clichés !». Bien.

  Reste une question : comment peut-on prétendre défendre les éleveurs
quand son propre intérêt vise à faire grandir les exploitations pour
leur vendre toujours plus de tourteaux de colza? Plus un troupeau
grandit, moins il est facile de faire pâturer les vaches, plus c’est
juteux pour le fournisseur Avril. L’herbe, gratuite, n’est bonne que
pour les comptes des éleveurs. Vous avez dit conflits d’intérêts? Beulin
s’en moque. Plus c’est gros, plus ça passe...
 
http://www.liberation.fr
Xavier Beulin, le céréale-killer de la FNSEA

Libération - 3 septembre 2015

Par Coralie SCHAUB



06/09/2015
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