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II.- LES GRANDS MEDIAS D’AUJOURD’HUI

    

          II - LES GRANDS MEDIAS  D'AUJOURD'HUI :

        INSTRUMENTS DE LA GUERRE IDÉOLOGIQUE


   Voir 1ère partie / http://www.blog4ever.com/gestion/articles/modifier-old.php?ida=9774422


A - Empêcher le pluralisme, favoriser la pensée unique

Le système médiatique, contrôlé par une poignée de groupes privés disposant de supports variés, empêche tout pluralisme de l'information et des débats, tente de formater les esprits et de diffuser une pensée unique d'inspiration néolibérale. Les exemples de falsifications ou de mensonges sont innombrables. Ainsi, lors des guerres du Golfe en 1991, du Kosovo en 1999, et d'Afghanistan en 2001, les principaux médias français ont apporté à la propagande des grandes puissances coalisées et aux États-Unis en particulier, tout le soutien dont ils étaient capables.

En 1999 et 2000, les médias ont joué un rôle majeur dans la promotion de la « nouvelle économie » et dans la bulle financière qui l'a accompagnée. Les propriétaires de médias avaient intérêt à entretenir la frénésie boursière car elle leur rapportait directement.

Lors de l'élection présidentielle de 2002, les médias ont organisé un matraquage racoleur sur le thème de l' « insécurité » qui visait d'abord à accroître l'audimat. Avec le recul, il est cependant difficile pour les journalistes de continuer à prétendre qu'ils ignorent encore les conséquences politiques et sociales de ce choix commercial. Dans la presse écrite et audiovisuelle française, ce thème de « l'insécurité » avait été deux fois plus médiatisé que celui de l'emploi et huit fois plus que celui du chômage au cours du mois de mars 2002, quelques semaines avant le premier tour de l'élection présidentielle. Parallèlement, le traitement journalistique avait escamoté les questions relatives à l'insécurité sociale et économique (accidents du travail, infractions aux lois du travail, maladies professionnelles, chômage et précarité…).

Mais la goutte d'eau qui a fait déborder le vase est la campagne référendaire de 2005 sur le Traité constitutionnel européen. En effet, tous les records de mauvaise foi, de tricherie et d'arrogance ont été battus par les grands médias :

Entre le 1er janvier et le 31 mars 2005, toutes émissions de télévision confondues (journaux télévisés, émissions politiques, émissions de divertissement), 71 % des intervenants étaient favorables au « oui ». Dans les journaux télévisés, les défenseurs de la Constitution européenne ont accaparé 73 % du temps de parole. Même répartition pour « Question ouverte » (France 2), « Face à la Une » (TF1), « Le Vrai journal » de Karl Zéro (Canal plus) où le nombre d'intervenants favorables au « non » était de 33 %, contre 67 % aux intervenants favorables au « oui  ». A « France Europe Express  » (France 3), 30 % des intervenants étaient favorables au « non  » et 70 % étaient favorables au « oui  ».

Le Président de la République a pu organiser un show télévisé à la gloire du « oui » (que le CSA n'a pas comptabilisé dans le temps de parole du « oui »), où il a été interrogé par des patrons d'entreprises privées aux salaires astronomiques (Jean-Luc Delarue, Marc-Olivier Fogiel), plutôt que par des journalistes professionnels. Partout ailleurs, à la télévision comme à la radio, le biais des questions posées par les journalistes était tel que l'on était d'emblée dans un climat d'hostilité quand s'exprimaient les défenseurs du « non », alors que la prévenance était de mise pour les partisans du « oui  ».

Des journalistes (Quentin Dickinson, correspondant permanent de France-Inter à Bruxelles) ; des chroniqueurs (Bernard Guetta, chroniqueur à France-Inter et l'Express ou Alain Duhamel, chroniqueur à RTL, Libération, Le Point, Nice-Matin, Les Dernières Nouvelles d'Alsace, Le Courrier de l'Ouest) ; des présentateurs (Laurent Ruquier, présentateur sur France 2) ; ou des patrons de presse (Laure Adler, directrice de France-Culture ou Jean-Pierre Elkabbach, nouveau patron d'Europe 1, nommé directement par Arnaud Lagardère), ont pris ouvertement position pour le « oui  ».

La quasi-totalité des titres de la presse écrite a fait campagne pour le « oui  » (Le Monde, Libération, Le Point, Le Nouvel Observateur, Paris-Match, etc.) et s'est comportée comme des acteurs politiques partisans. Le journal Les Échos, par exemple, du 17 au 23 février, a publié 23 articles, brèves, entrefilets, chroniques relatifs au référendum. Le « oui » a été mentionné 18 fois (78 %). Le « non » a été systématiquement traité à partir du camp du « oui  » ; il a été présenté comme un risque car serait négatif et tournerait le dos à l'Europe. Quand il était mentionné, il était quasiment toujours représenté par le « non  » de droite ou d'extrême droite. Le journal Le Figaro, pendant la même période, n'a mentionné qu'une fois le « non  », représenté par Charles Pasqua…

L'émission « Question directe  », sur France-Inter, entre septembre 2004 et avril 2005, a invité 16 fois le Parti socialiste (dont 4 membres seulement favorables au « non  ») ; 15 fois l'UMP ; 6 fois l'UDF ; 2 fois le PCF ; 1 fois les Verts (dont le représentant était favorable au « oui ») ; 1 fois Philippe de Villiers. Au total : 34 personnalités favorables au « oui » et 6 favorables au « non  ». L'émission « Respublica  », sur France-Inter, entre mai 2004 et avril 2005, a invité 9 fois le PS (dont 2 représentants favorables au « non ») ; 11 fois l'UMP ; 3 fois l'UDF ; 2 fois le PCF ; 3 fois les Verts (tous les représentants étaient favorables au « oui  ») ; 1 fois le MRC ; 1 fois la LCR. Au total : 24 personnalités favorables au « oui » et 7 favorables au « non ».

Ces quelques exemples, collectés par l'association ACRIMED, témoignent d'une parodie de débat démocratique et d'un mépris affiché des millions d'électrices et d'électeurs – majoritaires dans le pays - qui ont voté pour le « non ». Les électeurs, en 2005, en se prononçant majoritairement contre le Traité constitutionnel européen, ont en même temps infligé un désaveu à toutes les institutions qui se sont mobilisées en faveur de l'adoption de ce Traité. Pourtant, on n'a rien observé qui vienne remettre en question la débâcle des médias dominants. Les chroniqueurs et éditorialistes, donneurs de leçon à tous vents et spécialistes de l'autocritique des autres, ne se sont pas interrogés sur leur implication et sur celles des médias qu'ils orientent…

En 2007, encore sur la question européenne, la quasi-totalité des médias et des éditorialistes se sont réjouis du recours à une procédure parlementaire de ratification et non à un référendum. Toujours prompts à donner des leçons de démocratie, ils se sont félicités que les gouvernements n'aient pas envisagé de commettre l'irréparable : soumettre le nouveau texte à référendum. L'élite médiatique a considéré le choix de la procédure parlementaire comme le meilleur, le rôle des éditorialistes était donc de concourir à une indispensable « pédagogie »… Il est vrai que déjà, en 1992, lors du référendum sur le Traité de Maastricht, tous les grands médias s'étaient prononcés « pour » et avaient mené campagne.

Cette absence organisée et systématique de pluralisme dans l'information et le débat politique, et cette volonté d'imposer le néolibéralisme comme pensée unique ont une cause : la propriété privée des grands médias par des groupes capitalistes de plus en plus concentrés. Cette situation leur permet de recruter des journalistes triés sur le volet sur des bases idéologiques, ne laissant que peu de place à des journalistes « atypiques ».


B.- L'action des grands médias :

              pour fabriquer l' « homme de marché »


Les formes de propriété et de financement des grands médias, leurs hiérarchies rédactionnelles et orientations éditoriales sont conçues pour les transformer en instruments de campagnes commerciales, politiques et idéologiques. Celui qui a peut-être le mieux résumé la situation est Patrick Le Lay, ex-PDG de TF1, interrogé parmi d'autres patrons dans un livre intitulé Les dirigeants face au changement (Éditions du Huitième jour). Il y affirme : « dans une perspective ''business", soyons réaliste : à la base, le métier de TF1, c'est d'aider Coca-Cola, par exemple, à vendre son produit [...]. Or pour qu'un message publicitaire soit perçu, il faut que le cerveau du téléspectateur soit disponible. Nos émissions ont pour vocation de le rendre disponible : c'est-à-dire de le divertir, de le détendre pour le préparer entre deux messages. Ce que nous vendons à Coca-Cola, c'est du temps de cerveau humain disponible [...]. Rien n'est plus difficile que d'obtenir cette disponibilité. C'est là que se trouve le changement permanent. Il faut chercher en permanence les programmes qui marchent, suivre les modes, surfer sur les tendances, dans un contexte où l'information s'accélère, se multiplie et se banalise. »

Tout est dit… le choix des émissions et leur contenu doivent donc réunir un certain nombre de critères propres à contribuer à fabriquer l' « homme de marché », c'est-à-dire un individu dont le cerveau aura été rendu « disponible » à la pénétration marchande. Les enfants auront été préparés par l'école, les adultes par l'entreprise via les « techniques de management  », tous seront formatés par les grands médias :

  • diffusion d'émissions dont les sujets alimentent une « pensée de marché » ;
  • présentation déformée de la réalité qui masque l'existence des ouvriers et plus généralement des classes populaires, ainsi que les luttes sociales ;
  • traitement de plus en plus épisodique et superficiel de l'international, parce que peu « vendeur » en termes d'audience, alors même que le discours médiatique ne cesse d'invoquer la « mondialisation », la « complexité », le « métissage » et le « multiculturalisme » ;
  • inflation du temps consacré aux faits divers, à l'actualité sportive, à la météo et à certains spectacles, en raison du rôle consensuel et fédérateur d'audiences de ces émissions ;
  • réduction de la place du politique dans l'information ;
  • invasion de la publicité qui affecte désormais directement l'information elle-même ;
  • imposition, dans le débat public, par l'occupation de la scène intellectuelle par des « penseurs » qui se consacrent aux médias (Pascal Bruckner, Alain Finkelkraut, Bernard-Henry Lévy, Alain Minc…) de schèmes de pensée et de thèmes obligés ;
  • priorité donnée à ce qui est jugé « nouveau » (« nouveaux mouvements sociaux »…) au détriment des mobilisations « traditionnelles » (perçues comme « archaïques »…) ;
  • sélection des mouvements contestataires qui seront traités avec sympathie ou au contraire dénigrés par les médias, ces derniers choisissant aussi les porte-parole de ces mouvements, s'ils sont les plus conformes à leurs attentes (Bové, Besancenot…) : avoir montré leur disposition à se soumettre aux exigences professionnelles des journalistes (être disponible, accepter de se plier à leurs thèmes…). L'autorité militante basée sur l'expérience, le courage, le savoir-faire, l'aptitude à payer de sa personne, est alors remplacée par une notoriété médiatique artificielle, appuyée par des talents de communication (cas de la désignation de Ségolène Royal comme candidate du Parti socialiste à l'élection présidentielle de 2007, qui avait été préalablement désignée par les grands médias néolibéraux).

Pour parvenir à ces objectifs, les grands médias délèguent la formation des journalistes à leurs futurs employeurs. Ces derniers choisissent l'établissement auquel ils versent leur taxe d'apprentissage, déterminent l'admission des élèves en siégeant dans les jurys d'entrée, au conseil d'administration des écoles privées (au Centre de Formation des Journalistes : Vivendi, Le Monde, L'Usine nouvelle). Ces écoles ont souvent pour souci prioritaire, non pas de préparer à une information citoyenne, mais de s'adapter aux « besoins des recruteurs », de savoir « répondre aux évolutions du marché » et aux « nouvelles demandes des entreprises ». L'enseignement s'en ressent, nombre d'étudiants en souffrent : la culture générale a fondu, aucune critique de l'ordre médiatique ne subsiste…

Au total, les grands médias sont un outil d'acclimatation idéologique, ils mènent une « politique de la dépolitisation » afin de conforter les valeurs conservatrices. Ils entretiennent aussi des réseaux de connivence entre journalistes et essayistes néolibéraux ou socio-libéraux, responsables politiques et hommes d'affaires.

La lutte contre la domination de ces médias doit être menée, notamment en diffusant par tous les moyens possibles (tracts, conférences, affichage, Internet, ouvrages, décryptage des émissions…) les chiffres, les faits et les analyses des effets des politiques de mondialisation dans le domaine de l'information. Nombre de journalistes expriment un jugement très sévère sur leur pratique, et vivent de plus en plus mal la contradiction entre les valeurs qu'ils revendiquent et les contraintes qu'ils subissent. C'est pourquoi le M'PEP soutient les syndicats de journalistes et les sociétés de rédacteurs, et relaie leurs critiques et leurs propositions quand ils se battent pour imposer une information libérée des contraintes du rendement et des soumissions aux préférences des propriétaires de médias, et pour contrer la répression antisyndicale qui existe dans ce secteur comme ailleurs.


Par le Mouvement politique d'émancipation populaire (M'PEP).


http://www.m-pep.org/spip.php?article3200

Le 22 février 2013.



23/02/2013
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