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L'argent libyen de Sarkozy...


Dossier: l'argent libyen de Sarkozy

            https://www.mediapart.fr/journal/france/dossier/notre-dossier-largent-libyen-de-sarkozy

 

L’authenticité du document officiel libyen attestant d’un accord de financement de la campagne présidentielle de Sarkozy en 2007, à hauteur de 50 millions d’euros, n’est pas contestée par la justice. Retrouvez dans notre dossier toutes nos enquêtes, révélations et émissions pour comprendre l'une des affaires les plus explosives du quinquennat Sarkozy.


Libye: Sarkozy perd face à Mediapart

https://www.mediapart.fr/journal/international/270916/un-carnet-consignait-en-2007-les-millions-libyens-de-nicolas-sarkozy?onglet=full
 
 
 

Les millions de Kadhafi refont surface

Un carnet consignait en 2007 les millions libyens de Nicolas Sarkozy

27 septembre 2016 | Par Fabrice Arfi et Karl Laske

L’ancien ministre du pétrole libyen Choukri Ghanem, retrouvé noyé dans le Danube en avril 2012, a laissé derrière lui un carnet de notes actuellement exploité par la justice. L’ancien dirigeant y a détaillé, le 29 avril 2007, une série de trois versements destinés à la campagne présidentielle de l’ancien chef de l’État.

 

est un petit carnet qui pourrait bien devenir le pire cauchemar de Nicolas Sarkozy. Le juge d’instruction parisien Serge Tournaire et les policiers de l’Office central de lutte contre la corruption (OCLCIFF) ont obtenu la communication des notes manuscrites d’un ancien dignitaire du régime Kadhafi qui détaillent une série de versements occultes au profit de l’ancien chef de l’État français, pour au moins 6,5 millions d’euros, au moment de l’élection présidentielle de 2007.

 

La justice enquête depuis trois ans sur des soupçons d’un financement libyen massif de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy, alors président de l’UMP et ministre de l’intérieur. Ce que plusieurs dirigeants libyens, Mouammar Kadhafi en tête, avaient publiquement affirmé peu avant l’offensive militaire occidentale de 2011. Cette affaire vaut déjà une mise en examen pour « blanchiment de fraude fiscale », « faux » et « usage de faux » à son plus proche collaborateur d’alors, Claude Guéant, mis en cause pour avoir reçu 500 000 euros d’un des gestionnaires des comptes offshore de l’État libyen.

 

Le carnet manuscrit appartenait à un dénommé Choukri Ghanem, ancien chef du gouvernement (2003-2006) et ministre du pétrole (2006-2011) de la Libye. Proche du fils de Mouammar Kadhafi, Saïf al-Islam, qu’il a pris sous son aile dès ses études à l’université, Choukri Ghanem était un personnage clé du régime, en charge de sa principale ressource, le pétrole (et ses secrets). Il fera partie en 2011 des hauts responsables du pays qui ont fait défection au colonel Kadhafi pendant la guerre déclenchée par la France.

 

À la date du 29 avril 2007, soit une semaine pile après le premier tour de l’élection présidentielle française, Ghanem rédige en arabe dans son carnet le compte-rendu d’une réunion qu’il a tenue avec un autre cacique du régime Khadafi, Bachir Saleh, le très influent (et francophone) directeur de cabinet du “Guide” et patron de l’un des fonds souverains du pays, le Libyan Africa Portfolio (LAP). Est également présent Baghdadi Mahmoudi, premier ministre libyen alors en exercice. Au cours de cette réunion, Saleh dit avoir transféré 1,5 million d’euros à Nicolas Sarkozy, rapporte Ghanem.

D’autres noms de dignitaires du régime sont également évoqués, ainsi que des montants supplémentaires : 3 millions envoyés par Saïf al-Islam Kadhafi et 2 millions par Abdallah Senoussi, chef des services secrets intérieurs libyens et beau-frère de Kadhafi. Soit un total de 6,5 millions d’euros qui auraient été versés, selon les écrits de Choukri Ghanem, en pleine campagne électorale au clan Sarkozy. Le carnet mentionne en outre, selon les informations recueillies par Mediapart, une impatience des destinataires quant à la réception physique des fonds. Sollicitée par Mediapart, la porte-parole de Nicolas Sarkozy n'a pas donné suite.

 

Choukri Ghanem n’est plus là pour témoigner aujourd'hui devant les juges. Son corps a été retrouvé sans vie le 29 avril 2012, flottant dans le Danube, à Vienne (Autriche), la ville de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), où il avait trouvé refuge après sa fuite de Libye. La police autrichienne, qui n’avait pas exclu la piste de l’assassinat dans un premier temps, a finalement conclu à une noyade accidentelle au petit matin consécutive à une crise cardiaque. Toutefois, de nombreuses zones d’ombres et incohérences continuent d’entourer cette disparition et plusieurs proches de la victime n’hésitent pas à évoquer en privé des soupçons persistants de meurtre.

 

La veille de la mort de Ghanem, Mediapart avait rendu public un document officiel libyen, daté de décembre 2006, évoquant l’accord de principe des autorités pour financer, à hauteur de 50 millions d’euros, la campagne électorale du président de l’UMP. Plusieurs personnages clés de l’ancienne dictature libyenne cités dans cette note se retrouvent dans le carnet secret de Ghanem, désormais entre les mains de la justice française.

 

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Le "document officiel libyen " en question (traduction en français) :


Jamahirya arabe libyenne populaire glorieuse

« Pas de démocratie sans conférence populaire »

Date : 10. 12. 2006

Correspondant à : 10. 12. 1375

N° 1917 68 P

Service de la sécurité extérieure


Frère / Président du Fonds libyen des investissements africains


Que la paix soit sur vous…

En référence aux instructions émises par le bureau de liaison du comité populaire général concernant l’approbation d’appuyer la campagne électorale du candidat aux élections présidentielles, Monsieur /Nicolas Sarkozy, pour un montant d’une valeur de cinquante millions d’euros.

Nous vous confirmons l’accord de principe quant au sujet cité ci-dessus, et ce après avoir pris connaissance du procès-verbal de la réunion tenue le 6. 10. 2006, à laquelle ont participé de notre côté le directeur des services de renseignements libyens, et le président du Fonds libyen des investissements africains, et du côté français, Monsieur /Brice Hortefeux, et Monsieur /Ziad Takieddine, et au cours de laquelle un accord a été conclu pour déterminer le montant et le mode de paiement.

Que la paix soit sur vous et la miséricorde de Dieu et ses bénédictions…

Moussa Imuhamad  Koussa

Chef du service

de la sécurité extérieure

 

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Judiciairement, l’histoire de ce carnet est celle d’un long périple au travers de l’Europe. Il a été découvert chez le gendre de Ghanem lors d’une perquisition aux Pays-Bas, menée en marge d’investigations liées à un vaste scandale de corruption impliquant le géant norvégien de la chimie Yara. Ce dossier a donné lieu en 2015 au plus important procès financier que la Norvège ait connu de son histoire. Choukri Ghanem y a été présenté comme l’un des acteurs de premier plan du système de pots-de-vin mis au jour.

 

Selon les traces qu’il a laissées derrière lui, l’ancien premier ministre libyen était également le gardien de quelques secrets enfouis sur les compromissions de la France à Tripoli. C’est pourquoi, après être resté à la disposition de la justice norvégienne, le petit carnet de Ghanem a été transmis par la procureure Marianne Djupesland à la justice française. Une aubaine.

 « Des fonds ont été transférés en Suisse »

Ce document, parce qu’il est daté de 2007, vient briser le principal argument sarkozyste dans l’affaire des financements libyens, selon lequel ce soupçon n’aurait été qu’une construction a posteriori du régime Kadhafi pour décrédibiliser la France, pays leader dans la guerre en Libye. Quand Ghanem couche ces lignes, c’est-à-dire quatre ans avant l’opération militaire, la France de Sarkozy et la Libye de Kadhafi entretenaient en réalité des rapports d’une telle proximité qu’un ambassadeur américain les qualifiera un jour de « lune de miel ».

 

                                                           Claude
                  Guéant, Mouammar Kadhafi et Nicolas Sarkozy, en
                  juillet 2007, à Tripoli, en Libye. © Reuters

 

À l’époque, c’est le marchand d’armes Ziad Takieddine, déjà mis en cause dans les financements illégaux de l’affaire Karachi et très proche de deux intimes de Sarkozy (Claude Guéant et Brice Hortefeux), qui avait opéré dans le plus grand secret le rapprochement entre Sarkozy et le dictateur.

 

La note libyenne révélée par Mediapart en 2012 – taxée de « faux grossier » par l’ancien président, mais désormais authentifiée par les expertises techniques ordonnées par la justice – ne portait que sur un accord de financement de la campagne de 2007. Le carnet Ghanem, pour la première fois, montre que des versements ont bien eu lieu, conformément au témoignage de l’ancien chef de cabinet de Saïf al-Islam, un certain Mohamed Ismail, qui avait décrit des circuits bancaires ayant notamment transité par le Liban, l’Allemagne et la Suisse.

 

Que ce soit dans la note de 2006 ou dans le carnet Ghanem, il est par ailleurs intéressant de constater qu’un même personnage apparaît au cœur des tractations secrètes. Il s’agit de Bachir Saleh, l’ancien directeur de cabinet de Kadhafi, qui s’est placé sous la protection du président Sarkozy pendant l’offensive militaire de 2011. Lors de la chute du régime, Bachir Saleh s’était en effet réfugié en France où il avait trouvé un soutien sans réserve du gouvernement malgré le mandat d’arrêt d’Interpol qui le visait.

 

Le 3 mai 2012, en pleine élection présidentielle et cinq jours après la publication par Mediapart de la note de 2006 (dont il était le destinataire), Saleh était exfiltré en catastrophe du pays avec le concours des services secrets français, du cabinet de Claude Guéant, alors ministre de l’intérieur, et d’un homme d’affaires introduit à l’Élysée, Alexandre Djouhri. Une scène à la John Le Carré, qui porte la marque des affaires d’État.

 

Récemment convoqué dans le cabinet du juge Tournaire, Bachir Saleh a fait faux bond au magistrat, comme l’a révélé Le Monde. Contacté par Mediapart en Afrique du Sud, où il s’est exilé depuis sa fuite de Paris, Bachir Saleh, manifestement gêné, a affirmé : « Je ne suis pas concerné par l’affaire des financements de Sarkozy, je n’ai rien à voir avec cela. » « Les gens écrivent ce qu’ils veulent », a-t-il ajouté, précisant au sujet de Choukri Ghanem qu’il s’agissait d’un proche à qui il ne connaissait pas de « problèmes de santé particuliers » au moment de sa mystérieuse disparition.

 

Bachir Saleh se retrouve de fait dans une situation compliquée vis-à-vis de Nicolas Sarkozy, à qui il doit sa survie. Dans une note déclassifiée du 19 septembre 2011 de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE), consacrée à son exfiltration de Libye avec l’aide des autorités françaises, l’ex-bras droit de Kadhafi semble entièrement dévoué à l’ancien président français. Son agent traitant de la DGSE écrit à son sujet : « L’œil humide, la voix un peu cassée, il confie son émotion en remerciant à de nombreuses reprises le président français […] et déclare avec un peu d’emphase qu’il n’oubliera jamais ce geste et qu’il restera fidèle à la France quoi qu’il advienne maintenant. »


L’autre interlocuteur libyen cité dans le carnet Ghanem en avril 2007, Baghdadi Mahmoudi, était le chef du gouvernement à l’époque des faits. Présenté dans une note du 26 mai 2011 de la DGSE comme « lucide et influent » et « très actif dans l’entourage de Choukri Ghanem », Baghdadi Mahmoudi a confirmé à plusieurs reprises le financement occulte de Nicolas Sarkozy par le régime Kadhafi.

 

« Oui, en tant que Premier ministre, j’ai moi-même supervisé le dossier du financement de la campagne de Sarkozy depuis Tripoli. Des fonds ont été transférés en Suisse et Nicolas Sarkozy était reconnaissant pour cette aide libyenne », avait notamment affirmé l’intéressé, le 25 octobre 2011, devant la cour d’appel de Tunis, en Tunisie, où il avait dans un premier temps trouvé refuge après la guerre.

« Baghdadi Mahmoudi a dit avoir remis à une délégation française envoyée par Sarkozy de l’argent, beaucoup d’argent, des millions d’euros en liasses de billets, a résumé l’un des avocats de l’ancien dirigeant, Me Slim Ben Othman. Il a des documents comptables. On ne remet pas des millions d’euros sans aucune signature. Il garde en mémoire les prénoms de la délégation française. »

Extradé depuis à Tripoli, Baghdadi Mahmoudi a été condamné à mort mais il n’en démord pas. À un journaliste de Libération qui avait pu le rencontrer en prison en août 2015, l’ancien premier ministre de la Libye maintenait que Nicolas Sarkozy avait profité de subsides du régime Kadhafi pour sa campagne de 2007. Le carnet du noyé, désormais, en témoigne.

 

https://www.mediapart.fr/journal/france/270916/sarkozy-juppe-fillon-ont-tous-oeuvre-pour-la-guerre-en-libye


 Sarkozy, Juppé, Fillon ont tous œuvré pour la guerre en Libye

27 septembre 2016 | Par Ellen Salvi

Adversaires à la primaire de la droite et du centre, Nicolas Sarkozy, François Fillon et Alain Juppé étaient en 2011, respectivement président de la République, premier ministre et ministre des affaires étrangères. Aujourd'hui, seul l’ex-chef de l’État se félicite encore de la guerre en Libye.

 

ls sont trois. Trois candidats à la primaire de la droite et du centre à avoir joué un rôle actif dans l’intervention française en Libye, en 2011. L’un était président de la République, l’autre premier ministre, le troisième venait de succéder à Michèle Alliot-Marie au ministère des affaires étrangères.

Chacun à leur façon, Nicolas Sarkozy, François Fillon et Alain Juppé ont farouchement défendu la campagne de bombardements aériens, menée avec la Grande-Bretagne de David Cameron, qui a favorisé le renversement de Mouammar Kadhafi, confronté à une rébellion armée.

 

Cinq ans plus tard, Sarkozy se retrouve bien isolé. De tous les acteurs de cette guerre, il est le seul à continuer de s’en féliciter. « Ne pas intervenir aurait été une erreur diplomatique », a-t-il encore affirmé le 15 septembre sur France 2, répétant, comme à l’accoutumée, être intervenu « pour défendre la ville de Benghazi » contre ce « fou de Kadhafi » qui y promettait « un bain de sang ». Et ce, sans que ne soit mentionné le rapport accablant, publié la veille de cette interview par la commission des affaires étrangères du parlement britannique.

 

Fondé sur de très nombreux documents et auditions – et notamment sur des informations confidentielles livrées par un conseiller d’Hillary Clinton, alors secrétaire d’État américaine –, ce rapport égrène la liste des vraies raisons qui auraient poussé Sarkozy à mener la guerre en Libye :

  • « Le souhait d’obtenir une plus grande part de la production de pétrole libyenne »
  • « Accroître l’influence française en Afrique du Nord »
  • « Permettre aux armées françaises de réaffirmer leur position dans le monde »
  • « Répondre aux projets de Kadhafi de supplanter la France en Afrique francophone »
  • « Améliorer sa situation politique en France »

« Quatre de ces cinq facteurs correspondaient à l’intérêt de la France. Le cinquième représentait l’intérêt politique personnel du président Sarkozy », notent les députés anglais, qui jugent « surévaluée » la menace d’un massacre de populations civiles à Benghazi. Avant d’en conclure que l’intervention militaire de 2011 « fut fondée sur des postulats erronés ».

Ce document vient s’ajouter aux multiples remises en question, formulées au cours des dernières années par les plus grands dirigeants mondiaux, à commencer par Barack Obama.

 

« La Libye est plongée dans le chaos, reconnaissait en mars dernier le président américain dans les colonnes du magazine The Atlantic. Lorsque je me demande pourquoi cela a mal tourné, je réalise que j’étais convaincu que les Européens – étant donné la proximité de la Libye – seraient plus impliqués dans le suivi. » D’après Obama, Sarkozy « voulait claironner ses succès dans la campagne aérienne, alors que nous avions détruit toutes les défenses anti-aériennes ».

Côté français, nombreux sont ceux à admettre aujourd’hui que la guerre en Libye fut un « fiasco », pour reprendre les mots prononcés par Alain Juppé devant une poignée de journalistes lors d’un déplacement en Algérie, en février 2016. « Malheureusement ça a mal tourné. […] En Libye c’est vrai, c’est le chaos. Je le reconnais et cela nous pose évidemment problème, puisque c’est la source en grande partie du djihadisme auquel nous sommes aujourd’hui confrontés », avait-il déjà déclaré en octobre 2014, sur le plateau de l’émission “Des paroles et des actes” de France 2.

 

https://www.youtube.com/watch?v=5EJXuQCrkGA

https://www.youtube.com/watch?v=A5ZFRryGnoE

 

C’est pourtant bien le même Alain Juppé qui, le 17 mars 2011, arrachait au Conseil de sécurité des Nations unies la résolution 1973 et le « droit » de mettre en œuvre « toutes [les] mesures nécessaires » contre Kadhafi. « Chaque jour, chaque heure qui passe alourdit le poids de la responsabilité qui pèse sur nos épaules, avait-il plaidé ce jour-là. Prenons garde d’arriver trop tard, ce sera l’honneur du Conseil de sécurité. » Un engagement gênant qui explique sans doute pourquoi, de ses deux passages au ministère des affaires étrangères, le maire de Bordeaux préfère retenir et mettre en avant celui de 1993-1995, dans le gouvernement d’Édouard Balladur.

 

Autre acteur de l’époque, autre candidat à la primaire de novembre, autre volte-face. En mars 2011, à l’Assemblée nationale, puis au Sénat, François Fillon prononçait un discours sans ambiguïté pour défendre l’intervention française en Libye, parlant de Kadhafi comme de celui qui avait « décidé de noyer dans le sang la révolte », se félicitant que Nicolas Sarkozy, « fidèle aux valeurs qui fondent notre nation, [se soit] refusé à une telle indignité », et saluant « la détermination » d’Alain Juppé.

 

François Fillon défend l'intervention française en Libye

https://www.youtube.com/watch?v=FG0PPYqS6oc

 

Mais depuis quelque temps, le ton a bien changé. « Nous aurions dû nous en tenir à la résolution des Nations unies. Mais nous sommes allés bien au-delà. Ce fut une erreur d’analyse », a reconnu l’ancien premier ministre le 13 juillet, lors de la présentation de son “Programme pour la France” à la presse. « Quand on détruit un État, on arrive bien entendu au chaos. Après la destruction, il faut passer à la reconstruction. […] La vérité, c’est que nous avons été pris de court par la révolution tunisienne ; nous n’avons pas vu venir la colère populaire », a-t-il encore indiqué, pour mieux se démarquer de la gestion de la crise libyenne par celui qui est devenu son principal adversaire à la primaire.

Ce n’est pas la première fois que François Fillon émet des réserves quant à la façon dont cette guerre a été menée. « Il y a des limites à prétendre que nous sommes toujours respectueux du droit international, contrairement aux Russes, alors qu’en réalité, nous n’avons pas toujours été irréprochables, confiait-il en mars 2015 à Society. Sur l’affaire libyenne, les Russes ont eu le sentiment d’avoir été trompés. Nous avions obtenu leur feu vert au Conseil de sécurité des Nations unies en s’engageant à ce qu’il n’y ait rien d’autre qu’une no-fly zone et ça s’est terminé par l’exécution de Kadhafi. »


« Je me souviens d’une discussion très violente avec Poutine, ajoutait-il dans le même entretien, fin 2011 : “Je ne vous croirai plus jamais, disait-il. Vous m’avez trompé une fois, c’est terminé. – C’est faux, on s’est contenté de bombarder les colonnes de chars… – Vous avez tué Kadhafi ! – Mais ce n’est pas nous qui avons tué Kadhafi !” Bref, il m’a fait toute une démonstration : les avions français qui bloquent la colonne de Kadhafi, les forces spéciales sur le terrain… Même si ce n’est pas nous qui avons appuyé sur la gâchette, l’honnêteté m’oblige à dire que ses arguments n’étaient pas tous fallacieux. »

 

Un rapport, des confidences, des mea culpa… Et toujours rien du côté du principal intéressé. Depuis 2011, malgré les revirements de ses anciens alliés, malgré l’évolution de la situation en Libye, malgré les révélations de Mediapart, et malgré les enquêtes judiciaires qui sont venues les attester, Nicolas Sarkozy n’a jamais changé sa version des faits. Comme le document officiel libyen évoquant l’accord de principe des autorités pour financer, à hauteur de 50 millions d’euros, la campagne présidentielle de 2007 de l’ex-chef de l’État, le carnet de Choukri Ghanem vient pourtant jeter une autre lumière sur l’histoire qui a été racontée à l’époque.

 

L’affaire libyenne peut-elle troubler le jeu de la primaire ? À cette question, la droite hausse les épaules en guise de réponse. Voilà plusieurs mois déjà que les principaux adversaires de l’ancien président s’astreignent à un silence rigoureux sur ses démêlés judiciaires. Seul François Fillon s’est récemment permis un : « Qui imagine un seul instant le général de Gaulle mis en examen ? » Bruno Le Maire aime pour sa part rappeler qu’il n’a « jamais été confronté à la justice de son pays », mais en parle le plus souvent en off. Quant à Alain Juppé, lui-même condamné en 2004 dans l’affaire des emplois fictifs de la ville de Paris, il évite soigneusement le sujet.

 

Contrairement aux deux autres dossiers politico-judiciaires pour lesquels Sarkozy est mis en examen – pour « financement illégal de campagne électorale » dans l’affaire Bygmalion ; et pour « corruption », « trafic d’influence » et « recel de violation du secret professionnel » dans celle dite de “Paul Bismuth” –, le dossier libyen est un sujet plus compliqué pour Juppé et Fillon. Car en qualité de ministre des affaires étrangères et de premier ministre, ils ont tous deux soutenu, accompagné, justifié l’opération militaire en Libye. Opération à laquelle s’entremêlent désormais les soupçons de corruption du clan sarkozyste par le régime Kadhafi. Il est difficile, dans ces conditions, de s’en emparer, ne serait-ce qu’en expliquant qu’ils n’avaient pas voix au chapitre face à un président va-t-en-guerre. Surtout lorsqu’on aspire à la plus haute fonction de l’État.

 

MEDIAPART

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Sarkozy et les millions libyens de la campagne de 2007 en huit dates-clés

« Mediapart » a révélé un nouveau document accréditant la thèse d’un financement illégal de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2007 par Mouammar Kadhafi.

LE MONDE | •  Par

 http://s2.lemde.fr/image/2016/09/28/534x0/5005050_7_37bd_le-dirigeant-libyen-mouammar-kadhafi-et-nicolas_f0ea3f1cfb11d1aa7377e094b0b24dc5.jpg

 

 

Le dirigeant libyen Mouammar Kadhafi et Nicolas Sarkozy, alors président de la République, le 10 décembre 2010 à l’Elysée.

C’est un nouvel élément qui remet un coup de projecteur sur une affaire potentiellement explosive. Mediapart a dévoilé, le 27 septembre, un carnet d’un ancien dignitaire du régime libyen de Mouammar Kadhafi qui accréditerait la thèse d’un financement illégal de la campagne électorale de Nicolas Sarkozy en 2007, pour un montant de 6,5 millions d’euros.

De la levée en 2004 de l’embargo de l’Union européenne sur les ventes d’armes à la Libye à l’ouverture d’une information judiciaire pour « trafic d’influence », « faux et usage de faux », « abus de biens sociaux », « blanchiment, complicité et recel de ces délits » en avril 2013, reprenez le fil des événements pour comprendre la place de Nicolas Sarkozy, de l’intermédiaire Ziad Takieddine, Claude Guéant ou encore Brice Hortefeux dans cette affaire.

octobre 2004

L'UE lève son embargo sur les livraisons d'armes à la Libye

L'embargo sur la vente d'armes à la Libye est levé en octobre 2004, les ventes d'armes peuvent reprendre (jusqu'à un nouvel embargo en 2011, en pleine guerre civile).
 
septembre à décembre 2005
 
http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2016/09/28/sarkozy-et-les-millions-libyens-de-la-campagne-de-2007-l-affaire-resumee_5005052_4355770.html
En savoir plus sur:
http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2016/09/28/sarkozy-et-les-millions-libyens-de-la-campagne-de-2007-l-affaire-resumee_5005052_4355770.html#b4fdTewzd0Ifkqu2.99


28/09/2016
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