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La concurrence libre et non faussée pilier de l’Union européenne

   

     La concurrence libre et non faussée pilier de l’Union européenne

mai 2010
Auteur : par Texte du M’PEP

Nous sommes entre deux anniversaires : celui de la « Déclaration Schuman » du 9 mai 1950, présentée comme l’acte véritablement fondateur de l’Union européenne, et celui du 29 mai 2005, victoire en France du « non » lors du référendum sur le projet de constitution européenne.

LA CONCURRENCE LIBRE ET NON FAUSSÉE PILIER DE L’UNION EUROPÉENNE

Par le Mouvement politique d’éducation populaire (M’PEP).

Le 19 mai 2010.

Nous sommes entre deux anniversaires : celui de la « Déclaration Schuman » du 9 mai 1950, présentée comme l’acte véritablement fondateur de l’Union européenne, et celui du 29 mai 2005, victoire en France du « non » lors du référendum sur le projet de constitution européenne.

L’anniversaire du discours prétendu fondateur de l’Union européenne par son précurseur, la Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA), donne l’occasion de rappeler l’origine de ce discours – la « Déclaration Schuman » - et de reparler de Robert Schuman lui-même. Robert Schuman était politiquement chrétien-démocrate, très lié à l’Église catholique. Celle-ci le lui rend bien à titre posthume par un procès en béatification qu’elle a ouvert en 1991. Il a fait parti de l’Union républicaine lorraine (URL) et a été sénateur avec des personnalités comme Guy de Wendel, de la lignée des sidérurgistes. Ce parti, après une scission, s’est rassemblé contre le Front populaire. En 1939, Robert Schuman est nommé sous-secrétaire d’État pour les Réfugiés. Le 10 juillet 1940, avec 568 autres parlementaires, il vote pour les pleins pouvoirs au maréchal Pétain. Arrêté par la gestapo, il s’évade et réussit à rejoindre la zone libre en août 1942. Mais il ne participera pas à la Résistance. C’est le général de Gaulle, à la Libération, qui lui évitera un procès que son attitude pendant le conflit incitait certains à lui faire.

Schuman cornaqué par Monnet

Il est Président du Conseil en 1946 comme membre du Mouvement républicain populaire (MRP, chrétien-démocrate), puis ministre des Affaires étrangères (1947-1952). Il fut à ce titre l’un des négociateurs de tous les traités majeurs de la fin de la Seconde Guerre mondiale (Conseil de l’Europe, Pacte de l’Atlantique Nord, CECA, etc.). Sur la suggestion de Jean Monnet, qui lui fit part de l’urgente nécessité pour la France de se faire un allié de l’Allemagne, il proposa par sa Déclaration du 9 mai 1950 de placer la production franco-allemande du charbon et d’acier sous une « Haute autorité » commune, dans une organisation ouverte à la participation des autres pays d’Europe. Cette proposition entraîne la création de la Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA) qui est à l’origine de l’actuelle Union européenne.

Ce n’est donc pas vraiment pour la paix que s’est formé cet ancêtre de l’Union européenne. Quant à Jean Monnet, il apparaît comme le véritable instigateur de l’Union européenne. « Père de l’Europe », expression qui n’est pas sans rappeler une certaine conception paternaliste et religieuse, il a d’ailleurs été le premier président de la Haute autorité. Chef de l’entreprise familiale (fabrication de Cognac), il éprouve une grande attirance pour le monde anglo-saxon et notamment les États Unis d’Amérique. Ces mêmes États-Unis ont été et sont toujours des fervents promoteurs de l’Union européenne et de son élargissement.

Une Union européenne dans l’intérêt des classes dirigeantes

En résumé, cette construction de la CECA et la naissance de l’Union européenne sont le fruit de l’intérêt des dirigeants politiques ou économiques de l’époque et participait à l’instauration du bloc occidental. La paix, la coopération entre les peuples, la réconciliation font partie des discours mais n’ont jamais été les moteurs de cette création. On peut même dire que les grands absents, ce sont précisément les peuples européens.

Ainsi, l’Union européenne apparaît depuis le début comme un enfer pavé de belles déclarations et de mauvaises intentions. Les beaux discours pour endormir ou envoûter les peuples et les mauvaises intentions inavouables, favorables aux intérêts particuliers des classes dirigeantes. Cela part de la création de la Communauté du charbon et de l’acier, présentée comme le premier pas vers une Europe unie et en paix, mais en réalité le moyen pour les Français de s’arrimer à la formidable capacité de redressement des Allemands, aux États-uniens d’Amérique d’étendre leur empire en créant l’Euramérique et aux Allemands de retrouver à terme une légitimité internationale sans parler de l’Italie ni du Benelux. « Français », « Allemands » et « États-uniens » doivent être compris comme classes dirigeantes des pays correspondants. Leur point commun : la défense de leurs intérêts par le maintien de la propriété privée du capital autrement dit le capitalisme et donc par la lutte contre la démocratie (leurs intérêts divergent avec ceux du plus grand nombre).

La négation nationale

Certains s’appuient sur leur peuple et d’autres le trahissent. Les élites françaises, en raison entre autres de la perte de confiance sur les capacités de leur pays, font partie de la deuxième catégorie. Politiquement, depuis la disparition de l’héritage gaulliste (un peu sous Pompidou et le reste à partir de Giscard d’Estaing), ils ne jurent que par l’Europe, incapables qu’ils sont de propositions d’avenir pour notre pays. Après la parenthèse gaulliste, ils vont adopter (par « à-plat-ventrisme [1] » ou défaitisme) les méthodes et les modèles anglo-saxons ou démocrates-chrétiens d’abord avec la droite libérale sous Giscard d’Estaing, puis avec les socialistes après 1983 pour aboutir à Maastricht.

À cette époque, il y avait déjà d’un côté les affreux nationalistes rétrogrades à la limite de la xénophobie et de l’autre les progressistes ouverts aux autres et bardés de sentiments généreux. En prime, il y avait l’idée que cela permettrait de retrouver, à travers l’Europe, l’influence mondiale que la France avait perdu, dans laquelle bien sûr la France était dominante (le râteau était large : de la générosité désintéressée à l’intérêt bien compris du pays). Ce schéma s’est retrouvé pour justifier l’adoption de la constitution en 2005 où les partisans défaits du « oui » ont avancé l’idée que maintenant la France (eux !) allait devoir travailler dur pour retrouver sa position à la tête de l’Europe.

La réalité est tout autre : l’Allemagne alliée (provisoire) des États-Unis a pris depuis bien longtemps la première place en Europe et défend ses intérêts en ne retenant des traités que ce qui l’arrange.

Un des piliers du modèle prônée par l’Union européenne est la concurrence libre et non faussée. Concurrence et Union ? Drôle d’oxymore. Il est en accord avec les mauvaises intentions (la concurrence) et les beaux discours (ceux de l’Union). Le traité constitutionnel et son avatar de Lisbonne, derniers en date des beaux discours, assoient les rapports économiques intra et extra européen sur la notion de la concurrence libre et non faussée.

L’impossible concurrence libre et non faussée

Le principe de concurrence entre les individus et les institutions est basée sur un constat : ce serait selon les théoriciens du libéralisme le moteur essentiel de la cinétique du marché vers son équilibre. Il faut donc « libérer » la concurrence pour favoriser le bon fonctionnement de l’économie tout en évitant qu’il soit faussé : un moteur faussé ne fonctionne plus ! Cela conduirait à un maximum d’efficacité de production de richesses et à terme du bien être pour tous. De toutes façons, se concurrencer ferait partie des pulsions naturelles de l’être humain et plutôt que de lutter contre il vaudrait mieux l’utiliser. Dans les faits, la concurrence conduit à prendre le dessus sur un autre et à l’éliminer. Elle est en général contre-productive du point de vue de l’intérêt général, sauf pour une toute petite minorité pendant les périodes de barbarie économique telle que celle que nous vivons. Sauf si elle est « libre et non faussée », nous disent les grands prêtres du libéralisme et de la Commission européenne.

Que peut-on comprendre par concurrence non faussée ? Pas besoin de lire Stiglitz et Galbraith pour comprendre que c’est une imposture.

Dans le cas des règles du jeu économique actuel préconisées par la Sainte Église de l’Union européenne, garante du culte du marché, faussée, la concurrence l’est à la base : les prix indiqués sur les étiquettes des distributeurs le sont par nature. Comment comparer le prix d’objets issus de deux systèmes sociaux différents ? Le prix n’est pratiquement jamais lié à la fonction d’usage de l’objet mais plutôt à ses coûts de fabrication et aux marges bénéficiaires. Lorsqu’un verre étiqueté 1€ partage la même étagère qu’un verre à 10€, les prix ne font pas référence à la fonction (identique par hypothèse). Pour le premier, il peut correspondre à une marge de 0,90 € et des coûts de fabrication de 0,05€ (dont la main-d’œuvre) et du transport pour la différence. Pour le second, le prix recouvre aussi et en plus des prestations de santé, de formation, de voiries, de retraite... que le citoyen devra payer si le consommateur ne le paye pas. Citoyen et consommateur étant deux facettes d’un même individu, pour que la concurrence soit non faussée il faudrait que cet individu puisse comparer ces deux prix dans toutes leurs dimensions. Or rien n’est mis en place pour qu’il puisse le faire.

Dans un autre registre, laisser le consommateur face à ce choix le conduit à chaque fois qu’il achète dans une grande surface à léser le producteur qu’il est aussi pour le plus grand bénéfice du distributeur et pour le malheur de la société dans laquelle il vit. Comparer les prix dans ces conditions, en voilà de la concurrence faussée : cela revient à ajouter des serviettes et des torchons et à violer la règle élémentaire mais fondamentale de calcul qu’on apprend à l’école primaire. Quel économiste serait capable de donner à notre quidam les moyens de faire un calcul lui permettant de favoriser le meilleur produit si tant est qu’il (l’économiste) soit capable de fournir les critères de comparaison (technique, sociaux...).

Le libre-échange, générateur de concurrence faussée

Comment les deux verres arrivent-ils sur la même étagère ? Autrefois une correction était apportée par les taxes douanières. Maintenant, à cause du libre-échange, ils arrivent, sans contrôle ou presque, de l’autre bout du monde en ayant largement participé à dégrader l’environnement que ce plaît à défendre, par de beaux discours, cette même Union européenne. Autrement dit, le libre-échange qui permet à ces deux verres d’être sur la même étagère est à la base un générateur de distorsion de prix et est un gène mortel pour la concurrence libre et non faussée.

La concurrence libre, il y a de quoi rire avec l’utilisation de cet adjectif dont les néolibéraux abusent. Néanmoins cet abus de langage permet de se poser la question de la véritable signification de cet adjectif : que peut être une concurrence libre ? Est-ce le contraire d’une concurrence réglementée ? C’est souvent le cas dans la bouche de ces mêmes libéraux (la dérèglementation est un de leurs leitmotive). Dans ce cas, on est en pleine sauvagerie. Dans aucun sport civilisé (reconnu par exemple aux jeux olympiques), elle n’est libre. On ne permet pas que des hommes n’ayant pas des chances grossièrement équivalentes (suivant des critères certes discutables, mais définis) ne se mesurent dans une compétition. Là, tous les coups seraient permis et que le meilleur (selon quels critères) gagne ? Concurrence libre et non faussée : on peut comprendre cette expression en faisant l’hypothèse que les concurrents étaient égaux avant la compétition mais s’ils l’étaient alors il ne pourrait y avoir de vainqueurs. Tout cela présuppose une égalité de chance a priori bien difficile à déterminer et cela conduit à un massacre social et à un gaspillage de ressources qui ne profitent réellement qu’aux organisateurs de ce jeu de cirque économique qu’est le néo-libéralisme, avec comme seule règle le libre-échange et comme divinité le Marché. Il arrive que le taureau tue le toréador : doit-on s’en réjouir et considérer que le jeu est équilibré ? Doit-on considérer que l’économie est un jeu ?

Tous ceux qui ont eu une expérience de construction basée sur l’inverse de la concurrence, à savoir la coopération, savent que non seulement l’efficacité est au rendez-vous, mais avec en plus le plaisir de construire avec les autres. Le contraire du marché et de la concurrence n’est pas la planification d’État, mais la coopération d’individus bien éduqués, formés et politisés : tout un programme !





20/05/2010
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