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La finance, un club d’oligarques qui a des noms et des visages


 La finance, un club d’oligarques qui a des noms et des visages


  Depuis toutes ces années, la classe politique, les parlementaires, les journalistes, même François HOLLANDE, alors candidat à l’élection présidentielle et depuis lors, élu à la magistrature suprême, affirmait lors d’une de ses rencontres électorales, le 22 janvier, au Bourget, que son ennemi était la finance : « Il n’a pas de nom, pas de visage, pas de parti, il ne présentera jamais sa candidature, il ne sera jamais élu. Cet adversaire c’est le monde de la finance. »

  Grâce à un article de Monsieur Geoffrey GEUENS, maître de conférence à l’université de Liège, dans Le Monde Diplomatique du mois de mai dernier, on s’aperçoit que la finance a un visage.

  Elle aurait tort de se présenter aux élections, ses représentants sont partout : ils ont phagocyté l’Etat ; dans la haute fonction publique, dans les cabinets ministériels, parmi les parlementaires, dans toutes les institutions administratives, et sans doute ailleurs, ses représentants font le boulot pour elle, en faisant le siège des lieux de décision.

  François HOLLANDE savait ce qu’il faisait lorsqu’il choisit Pierre MOSCOVICI comme directeur de campagne, ce dernier n’est autre que le vice-président du Cercle de l’Industrie regroupant les dirigeants des groupes industriels français.

Il voulait envoyer un signe d’apaisement à la finance, qu’il désignait pourtant comme son ennemie lors du discours du 22 janvier.

  En le nommant ministre de l’Economie, il enfonce le clou, il la rassure complètement. Le ministre, dans des déclarations antérieures affirme qu’il ne faut pas craindre la rigueur. Qui ne doit pas la craindre ?

  La Finance impose les politiques qu’elle veut voir mettre en place par les Etats, uniquement pour servir leurs intérêts, leur appétit financier, valeurs qui sont à l’extrême opposé des intérêts des citoyens.

  Voici les principaux noms de la Finance dans le monde, souvent socialistes pour la plupart.

  Les socialistes, désormais dénommés socio-démocrates, peut-on expliquer le sens de cette expression ?

  Socialiste est-il devenu ringard, le mot effraie-t-il les élites, celles et ceux qui savent ?

  Socio-démocrate est-il politiquement correct pour les puristes de la pensée unique ? Bref, la frontière est extrêmement poreuse entre les socialistes et la Finance.

  En Europe, en France, Jean PEYRELEVADE, ex-directeur adjoint du cabinet de Pierre MAUROY en 1981 ; proche François BAYROU. Il estime qu’on ne peut attaquer la Finance, car il est impossible de l’identifier. Cependant, il est président de la Banca Leonardo France, elle regroupe les Albert FRERE, Giovanni AGNELLI et David WEILL, en plus, il est administrateur chez Bouygues, ne serait-ce pas un représentant de la finance ce monsieur ? Et ses amis, n’appartiennent-ils pas à la finance ?

  En Italie, Mario MONTI, président du Conseil italien depuis 2011, chargé de former un gouvernement en lieu et place de Silvio BERLUSCONI ; ce n’est pas un politique, il n’est encarté nulle part ; c’est un économiste qui enseigne à l’université.

  BERLUSCONI le nomme à la commission européenne : commissaire européen au Marché intérieur, des Douanes, des Services et de la Fiscalité en 1995 ; en 1999, il est reconduit au sein de la Commission Européenne dirigée par Romano PRODI, il devient commissaire européen à la concurrence, ensuite, retour à l’Université en 2004, puis en 2005, consultant pour Goldman Sachs, conseiller chez Coca-Cola, administrateur de Fiat et de Generali. Son gouvernement est composé d’experts en finance et d’universitaires. On y trouve le PDG d’Intesa Sanpaolo ; une professeure d’économie qui siège à la vice-présidence d’Intesa Sanpaolo ; le recteur de l’Université polytechnique de Turin, aussi administrateur d’UniCredit Private Bank et de Telecom Italia, dont le contrôle est assuré par Intesa Sanpaolo, Generali, Mediobanca et Telefonica, après être passé par Pirelli ; un administrateur d’UniCredit Group ; un professeur de finances publiques, vice-président de la Banco Popolare et administrateur de Pirelli. Il a fier allure le gouvernement italien.

  Aux Pays-Bas, Wim KOK, socialiste et ex-premier ministre, siège aux conseils d’administration suivants : Internationale Nederlanden Groep (ING) ; Shell ; KLM.

  En Allemagne Gerhard SCHRÖDER est président de la société Nord Stream  AG (joint-venture* Gazprom  – E.ON – BASF – GDF Suez et Gasunie) ; iI est administrateur du groupe pétrolier TNK-BP et pour finir, car les journées ne durent que 24 heures, il conseille Rothschild Investment Bank.

  D’autres membres du Parti Social Démocrate allemand (SPD), l’équivalent du PS, qui ont eu un portefeuille ministériel sous SCHRÔDER, sont également allés renifler dans le pré du voisin pour voir si l’herbe était plus verte ; ces gens oeuvrent désormais pour le bien du secteur privé.

  Sur le marché des transferts, c’est l’Etat de Bahreïn qui remporte la palme du recrutement avec un de ses établissements financiers qui a mis le paquet pour accueillir en son sein l’ancien ministre de l’Intérieur allemand en tant que conseiller ;l’ex-chancelier autrichien conservateur lui ; le vice-président de la Convention Européenne et le plus célèbre d’entre eux : Kofi ANNAN, ancien secrétaire général de l’Organisation des Nations-Unies.

  A un niveau moindre, l’ancien ministre de l’économie et du travail se contente d’être associé chez River Rock Capital et administrateur de Citigroup Allemagne ; le sous-ministre des Finances est vice-président de la Deutsche Bank.

  Pour les membres de l’équipe MERKEL, on se recase aussi, puisque son premier ministre  des Finances est administrateur de Thyssen-Krupp.

  En Angleterre des anciens du Parti Travailliste, toujours l’équivalent du PS, ont aussi obtenu un ticket d’entrée dans le monde merveilleux de la Finance.

  David MILIBAND, qui était ministre des Affaires Etrangères, ça crée des liens, est conseiller pour Vantage Point Capital Partners aux USA et Indus Basin Holdings au Pakistan ; Peter MANDELSON, ancien commissaire européen au commerce met son expérience au service de la banque d’affaires Lazard .

  Tony BLAIR, inutile de rappeler que c’est l’ancien premier ministre britannique, conseille Zurich Financial Services (Suisse), est gestionnaire d’un fonds d’investissement Landsdowne Partners et préside le comité consultatif international de JP Morgan Chase, en compagnie de Kofi ANNAN, encore lui et Henry KISSINGER. Tony BLAIR fait aussi des conférences dans le monde entier qui sont très lucratives.

  Aux Etats-Unis les visages de la Finance sont John PAULSON, qui a empoché 2 milliards $ dans la crise des subprime ; Alan GREENSPAN, ex-responsable de la Réserve Fédérale des Etats-Unis (Banque Centrale des Etats-Unis) et conseiller de Pacific Investment Management Company contrôlé par Allianz ; Lawrence SUMMERS, ancien n° 1 du National Economic Council sous Barack OBAMA et secrétaire au Trésor sous Bill CLINTON, il a également été directeur exécutif de D E Shaw (32 milliards $ d’actifs) ; Kenneth GRIFFIN, fondateur de Citadel Investment à Chicago qui a financé la campagne de Barack OBAMA ; enfin, George SOROS, qui a pris dans ses filets un Travailliste, un socialiste anglais, lord Mark MALLOCH-BROWN, qui n’est autre que l’ancien responsable du Programme des Nations Unies pour le Développement.

  Pourrait-on, c’est du cynisme à l’état pur qui ne se base sur rien, envisager l’hypothèse que toutes ces personnalités organisent le dépouillement de l’Etat dont ils sont un des rouages ou le dirigeant principal, au bénéfice de la Finance ? Ayant quitté leur responsabilité, ces grands groupes industriels et/ou financiers les récompensant pour bons et loyaux services ? On peut s’attendre à tout !

  Le monde est dirigé par les institutions financières dont les gouvernements sont les valets.

  Le gâteau de la finance mondiale est géré et partagé entre les institutions financières suivantes : les banques (Goldmans Sachs, BNP Paribas, Santander, Société Générale,etc), les compagnies d’assurance (American International Group (AIG), qui a été sauvée de la faillite par Goldman Sachs, Axa, etc,) et des fonds de pension.

  Une devinette financière, savez-vous pourquoi Lehman Brothers a été littéralement abandonnée par le pouvoir fédéral aux USA ?

  Parce que le secrétaire au Trésor américain sous l’ère BUSH, était l’ancien n° 1 de Goldman Sachs, Lehman Brothers était leur concurrent (Documentaire d’Arte « Noire Finance »).

  Dès que les choses ont commencé à mal tourner dans les institutions financières des Etats-Unis, les dirigeants de ces banques, assurances, ont revendu leurs actions, ont empoché des stock-options ont quitté le navire sans chercher à tenter quoi que ce soit pour essayer d’enrayer la machine infernale qu’ils ont conçu, tel des apprentis sorciers.

  En Europe, c’est la même chose, les banques ont été renflouées par de l’argent public, par notre argent, ce qui a contribué à la dette publique; une fois « sauvées », le grand cirque a recommencé de plus belle.

  Jean PEYRELEVADE nous affirme même que l’on voit et l’on ne connaît que la partie émergée de l’iceberg, nul ne sait ce qu’il se passe en dessous, encore à l’heure actuelle (Documentaire d’Arte « Noire Finance »)

  La Finance est un club, pour y entrer, il faut être parrainé ; c’est une oligarchie qui se partage le monde.

  Ce club ne représente qu’un petit nombre de personnes qui ont une puissance extraordinaire et dévastatrice ils ont réussi et continuent à mettre le monde à leurs bottes, tels des dictateurs.

  On nous les présente aujourd’hui comme les sauveurs du monde ! En effet, pour remettre le système financier international sur les rails, SARKOZY disait-il pas dit qu’il fallait stopper ces irresponsables, que le système marchait sur la tête, qu’il allait, lui, mettre toute la Finance au pas ?

  On a rien trouvé de mieux pour changer les règles du jeu et pour « humaniser » la Finance, que de charger les responsables du désastre, d’édicter ces fameuses règles, de façon à ce que la Finance serve à financer l’économie mais pas les appétits destructeurs, afin que plus jamais ça !

   Ainsi, les représentants de JP Morgan Chase, de Goldman Sachs en la personne de Mario DRAGHI….président de la Banque Centrale Européenne (BCE), d’AIG, BNP Paribas, Standard Chartered Bank, Merryl Lynch Europe, de CNP Assurances, Fortis, sont ces sauveurs du monde !

  Subitement, ces hommes, voués aux gémonies par les politiques devenaient des Dieux ! Grâce à eux, nous disait-on la Finance allait devenir vertueuse.

  On voit ce signifie la vertu.  Il est surtout vertueux que les Etats, complices, ne cherchent surtout pas à contrôler l’activité de ces institutions financières.

  Vous voyez bien que la finance a un visage, a des noms ; on les croise partout, dans les institutions internationales, comme européennes et françaises.

  Il suffit juste de regarder la réalité en face, et la réalité, c’est que pour sauver la Finance, les gouvernements n’hésitent pas à mener leur nation, leur peuple à la ruine, du moment qu’ils puissent se partager le dessert au sein de ce club.

Christophe DARGENT

*Joint-venture : on appelle une joint-venture, une entreprise commune ou coentreprise créée par deux entreprises ou plus et est détenue à parts variables par ces entreprises.

(Source : Le Monde Diplomatique – mai 2012 – Geoffrey GUEUENS



19/12/2012
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