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Le grand pari d’Europa City

           Le grand pari d’Europa City

Sibylle VINCENDON 26 août 2013



230 000 m2 de commerces, 2 700 chambres d'hôtel, 20 000 m2 de restaurants... Les travaux devraient démarrer en 2017. (Photo Big-Europacity)

GRAND ANGLE

Des pistes de ski dans le Val-d’Oise ? D’ici à 2020, le groupe Auchan entend réaliser à Gonesse son projet pharaonique : un complexe de 80 hectares mêlant commerces, loisirs, culture et tourisme.

infographie gonesse


On aimerait bien comparer Europa City à quelque chose que l’on connaît, mais c’est dur. Sur le papier, il s’agit d’un équipement qui doit prendre place, en 2020, dans le Triangle de Gonesse (Val-d’Oise), un vaste espace agricole à proximité des pistes de Roissy Charles-de-Gaulle. Cet énorme projet est porté par le groupe Auchan, classé au dixième rang mondial de la grande distribution.

Deux milliards d’euros d’investissements, 80 hectares de surface au sol, 30 millions de visiteurs attendus par an… Pour se faire une idée, Disneyland Paris en reçoit 15 millions. Cette comparaison est-elle la bonne ? Les initiateurs la récusent. Même si Europa City comptera de nombreux magasins et fera office de destination touristique, il comportera aussi une série d’outils culturels qu’on ne s’attendrait pas à voir construits par un commerçant, fût-il gros. Inédit.

Si l’on entre dans le détail, on obtient : 230 000 m2 de commerces, 2 700 chambres d’hôtel, 20 000 m2 de restaurants, 50 000 m2 de parc d’attractions, 20 000 m2 de parc aquatique, 30 000 m2 de parc des neiges (avec une piste de ski), 50 000 m2 de lieux culturels (dont deux salles de spectacle, une salle d’exposition, une piste de cirque modulable, un auditorium) et 100 000 m2 d’espace public. Plus une ferme pédagogique et un parc d’aventures… La première phase de travaux devrait démarrer en 2017.

Mais pourquoi Auchan se lancerait-il dans une affaire aussi démesurée et éloignée, somme toute, de son métier ? La famille Mulliez, à l’origine des hypermarchés Auchan et de réussites telles que Decathlon ou Leroy Merlin, n’aime pas trop expliquer ses stratégies dans la presse. Contrairement à son concurrent Michel-Edouard Leclerc, vu à la télé tous les quatre matins, le fondateur d’Auchan, Gérard Mulliez, a toujours eu l’interview rare. Son cousin Vianney Mulliez, désormais à la tête du groupe, cultive la même discrétion. Auchan est devenu un acteur majeur de l’immobilier via sa foncière Immochan sans le crier sur les toits.

Mais avec Europa City, on ne parle plus seulement de l’implantation d’un centre commercial ordinaire à 100 millions d’euros ou même à 300 millions. Vianney Mulliez l’admet : il faut «faire de la pédagogie».Il a donc accepté de recevoir Libération. Mais il faut aussi mener tout un travail de légitimation autour de ce projet hors normes. Car Europa City est un risque. Pour l’entrepreneur d’abord, même si sa profession consiste à en prendre. Mais aussi pour les pouvoirs publics qui lui donneront le feu vert. Et pour les élus de ce territoire défavorisé qui font le pari d’y croire. Il y a 17% de chômage à Gonesse.

«La société du temps libre»

Cette ville est l’une des quarante communes couvertes par l’établissement public d’aménagement Plaine de France, une structure mi-collectivités mi-Etat créée en 2002 pour développer la zone autour de l’aéroport. Sur le triangle de Gonesse, l’EPA a prévu un quartier d’affaires, le logement étant impossible dans cette zone de bruit.

En 2007, Auchan choisit ce site pour son projet. L’aéroport, l’autoroute, la proximité de Paris : tout plaide pour Gonesse. D’autant plus qu’à l’époque, le Grand Paris façon Sarkozy prend forme. L’alors président, qui le pense comme une machine à faire de la croissance, est enthousiasmé par ce projet privé, générateur de plus de 10 000 emplois directs. Mais Auchan pose une condition : que soit prévue une gare «Triangle de Gonesse» sur le réseau du futur métro du Grand Paris.

Une condition mais pas un ultimatum, surtout pas. Culture d’un groupe qui ne gère pas ses affaires dans le conflit public ? Souci de déminer en amont les possibles oppositions ? Ou sincère besoin de faire appel à d’autres compétences que les siennes ? Auchan avance dans une posture la plus coopérative possible. Vianney Mulliez s’adjoint les services d’un ancien préfet des Alpes-Maritimes, Yvon Ollivier, efficace passeur vers les pouvoirs publics. Mais, surtout, il crée un comité de pilotage dans lequel siègent les représentants des collectivités, de l’établissement public Plaine de France. Et bien entendu le député et maire de Gonesse, le socialiste Jean-Pierre Blazy. Pas question de débarquer en pays conquis.

Pour le moment, Auchan arrive à Gonesse en allié. Ces «gens qui pèsent lourd économiquement», selon les termes de Jean-Pierre Blazy, ont mis tout leur poids dans la balance pour obtenir «leur» gare avant 2025. Acté. Mais Blazy ne veut pas avoir l’air de leur confier les clés du territoire. «Du foncier disponible à 15 kilomètres de Paris, à part à Saclay, il n’y en a pas ailleurs. Cela nous donne les moyens de poser quelques exigences», dit-il.

Les dirigeants d’Auchan, qui connaissent évidemment les gigantesques malls des Etats-Unis ou de Dubaï, savent que dupliquer ce modèle en France est impossible. Il faut inventer autre chose et en évaluer au mieux l’acceptabilité. D’où un «comité d’orientation scientifique» où siègent des chercheurs, des responsables d’institutions culturelles, des associatifs, des institutionnels. Le sociologue des modes de vie Jean Viard, invité par le préfet Yvon Ollivier, y a déjà participé deux fois. Il se dit «très curieux de ce laboratoire» qu’est Europa City. «Est-ce qu’on peut réinventer quelque chose dans la société du temps libre et de l’informatique ? Ils me surprennent parce qu’ils n’ont pas l’air inquiets.»

De fait, on a beau savoir que «le capitalisme se rénove en absorbant les idées de sa contestation», comme dit Viard, assister à une séance du comité d’orientation scientifique est assez troublant. Deux heures à entendre parler de consommation collaborative, d’économie non marchande et d’expériences de squats culturels, sur invitation d’un champion des supermarchés…

C’est d’ailleurs dans ce cadre, lors de la deuxième session organisée à l’Atelier international du Grand Paris, que Vianney Mulliez a souhaité que notre entretien ait lieu. Il s’agit de montrer, de répéter avec obstination qu’Europa City ne sera pas le «temple de la consommation» comme le disent les critiques, mais un lieu d’«expériences», mot qui revient sans cesse dans tous les documents.

L’effet soucoupe volante

Florissante pendant des décennies, la grande distribution voit, depuis quelques années, son activité marquer le pas. Les hypermarchés de périphérie ont des résultats en baisse, les centres commerciaux ne sont plus des vaches à lait. Dans ce contexte, Auchan ne s’en sort pas trop mal. En 2012, le chiffre d’affaires consolidé du groupe a progressé de 5,8%, avec 57% de son activité hors de France.

Il n’empêche, l’érosion du modèle peut amener à réfléchir au coup d’après. «De plus en plus, nous pensons nos équipements commerciaux comme des lieux de vie, explique Vianney Mulliez. La réflexion vient de là.»Pour produire, comme souvent, un mélange de boutiques et de cinémas ? Pas de ça pour Europa City, défend-il. «La clé commerciale n’est qu’une clé d’entrée parmi d’autres.» Il précise : «Cela fait longtemps que l’on a identifié que le loisir et la restauration concouraient à l’attractivité et à la fréquentation d’un site. Mais on mesure maintenant que la dimension culturelle ou événementielle, l’associatif, l’ancrage local sont des éléments qui font la différence et transforment ces endroits en lieux de vie. Pas seulement en lieux marchands.»

L’attractivité du commerce de demain passerait donc par des choses qui n’en font pas partie. Mais pourquoi si grand ? «Le besoin commercial, de loisirs, d’expériences par rapport aux évolutions de la société, à la numérisation, va devenir très important. Un lieu pour accueillir tous ces utilisateurs a besoin d’être vaste», conclut Vianney Mulliez.

Très vaste. Il faut imaginer la difficulté que représente, pour un architecte, l’atterrissage d’un bâtiment de 80 hectares en plein champ. L’effet soucoupe volante menace sérieusement. De plus, la grande distribution n’a jamais fait preuve d’un goût architectural très sûr. Sur le plan urbain, pour mener à bien un projet pareil, Auchan doit donner de sacrés gages.

Objet «hors-sol»

En 2009, le groupe a engagé Christophe Dalstein, un architecte-ingénieur des Ponts et Chaussées, ancien du cabinet de Jean-Jacques Aillagon (ministre de la Culture du gouvernement Raffarin), et l’a nommé directeur d’Europa City deux ans plus tard. Parallèlement, Auchan a organisé un concours d’architecture, conviant quatre équipes - deux françaises, deux étrangères - à lui proposer un projet. En 2012, les maquettes sont présentées au couvent des Récollets à Paris. Et en avril, des quatre équipes, Vianney Mulliez retient celle du danois Bjarke Ingels et de son agence BIG.

Finement joué. Extrêmement créatif, capteur doué de l’air du temps, très axé développement durable dans ses approches théoriques, le jeune Danois (38 ans) est une star montante du mercato international, personnage aussi séduisant que les images qu’il produit. Le choix est tout à la fois vendeur pour l’opinion publique, flatteur pour le groupe qui se retrouve le premier en France à confier un projet d’importance à ce nouveau talent, mais pas sans risque, car il y a loin du joli rendu à la réalisation sur le terrain. Ingels le sait. Il démine les reproches sur l’objet potentiellement «hors-sol». «Ce sera si bien connecté, nous affirmait-il le jour de sa victoire, que cela deviendra forcément un projet urbain. Tout ce que nous avons montré est très élastique, très adapté au changement.»

Voulu par tous les élus, Europa City ne rencontre localement que l’opposition des écologistes, emmenés par Bernard Loup, président du Collectif pour le triangle de Gonesse, soutenu par les élus verts du conseil régional.

Dans la presse, on lit ici et là la menace d’un «Notre-Dame-des-Landes francilien». Mais la population locale est-elle prête à se mobiliser contre Europa City ? Le 14 juin, première réunion publique de concertation sur le triangle de Gonesse, 200 personnes sont présentes. Bernard Loup se lève : «Ce territoire se paupérise et ça, vous ne voulez pas en tenir compte, lance-t-il à la tribune. Il va se paupériser encore. Le projet n’a pas d’intérêt pour le territoire. On est ici dans un phénomène de colonisation par les appétits financiers.» Mais la salle ne suit pas. Une dame dit qu’elle est «fière que la ville de Gonesse ait été choisie». Une autre : «C’est une occasion en or qu’il faut saisir pour nos jeunes.»

Les élus de Gonesse ont-ils passé un pacte faustien en vendant leur âme au grand capital pour une poignée d’emplois ?

Depuis trente ans que le triangle est urbanisable, les pouvoirs publics n’ont rien proposé pour améliorer le sort de ces territoires abandonnés. Europa City s’installe dans ce vide. Qu’on s’en désole ou pas, le fait est là.

Sibylle VINCENDON

http://www.liberation.fr/societe/2013/08/26/le-grand-pari-d-europa-city_927205


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Vous trouverez ci-dessous la tribune "Rendons enfin le travail du dimanche possible" publiée dans Le Monde daté du 23/07/2014 par le célèbre sociologue Jean Viard, habitant des Bouches-du-Rhône, qui commence à m'exaspérer.

Jean Viard a publié cette tribune en indiquant seulement "sociologue" sous son nom. Le problème, c'est qu'il conseille aussi Auchan pour son projet Europa City de plus grand centre commercial et de loisirs du monde à Gonesse dans le Val d'Oise en tant que membre du «comité d’orientation scientifique» de ce projet, comme indiqué par l'article "Le grand pari d’Europa City" paru dans Libération le 26/08/2014 :

"Les dirigeants d’Auchan, qui connaissent ..... Le sociologue des modes de vie Jean Viard, invité par le préfet Yvon Ollivier, y a déjà participé deux fois. Il se dit «très curieux de ce laboratoire» qu’est Europa City. «Est-ce qu’on peut réinventer quelque chose dans la société du temps libre et de l’informatique ? Ils me surprennent parce qu’ils n’ont pas l’air inquiets.» De fait, on a beau savoir que «le capitalisme se rénove en absorbant les idées de sa contestation», comme dit Viard, assister à une séance du comité d’orientation scientifique est assez troublant. Deux heures à entendre parler de consommation collaborative, d’économie non marchande et d’expériences de squats culturels, sur invitation d’un champion des supermarchés…"
(source :
http://www.liberation.fr/societe/2013/08/26/le-grand-pari-d-europa-city_927205)

Et comme par hasard, dans sa tribune du 23/07/2014, Jean Viard met en avant Leroy Merlin, autre enseigne propriété de la famille Mulliez comme Auchan...

Au moins cette tribune conforte l'analyse de Jacqueline Lorthiois sur les emplois que proposera Europa City.

Blaise

http://abonnes.lemonde.fr/idees/article/2014/07/21/rendons-enfin-le-travail-du-dimanche-possible_4460824_3232.html?xtmc=rendons_enfin&xtcr=1


                    « Rendons enfin le travail du dimanche possible »

LE MONDE | 21.07.2014 à 20h45 • Mis à jour le 22.07.2014 à 11h18 | Par Jean Viard (Sociologue)

Travail le dimanche dans les zones touristiques ou dans les magasins de bricolage, ouverture des commerces en soirée… Que de débats et de conflits récurrents dans notre société qui ne devraient pas avoir lieu ! Car dans quelle temporalité croyons-nous vivre ?

D'après une note de la Direction de l'animation de la recherche, des études et des statistiques (Dares) d'avril, un peu moins de 50 % seulement des Français travaillent encore suivant la « semaine standard » issue de la révolution industrielle : 8 heures - 18 heures. Et encore, cette information est-elle fausse, bien sûr, durant les périodes de vacances et de RTT ; et pour les retraités ! La majorité des salariés travaillent en horaires décalés, à temps partiel ou… bien au-delà des 35 heures hebdomadaires.

En outre, plus de 82 millions d'étrangers visitent la France chaque année et les Français eux-mêmes effectuent dans leur propre pays plus de 200 millions de voyages. Mais ces touristes que nous accueillons ont une dépense/jour moyenne très nettement inférieure à ceux qui visitent des pays voisins.

Lire aussi : Laurent Fabius relance le débat sur le travail du dimanche

LE LOUVRE ET DISNEYLAND PARIS

Ainsi le pays le plus visité de la planète n'est pas celui qui en profite le plus ! Faute souvent… de commerces ouverts au bon moment, au bon endroit et aussi, disons-le, parfois, de qualité de l'accueil. Autrement dit, il y a des clients, des visiteurs, à des heures où certains commerces sont fermés, une demande, une utilité. Souvent, ces clients, demain, seront à Londres ou à Rome.

Le seul pays au monde avec la Thaïlande qui est visité par plus de touristes qu'il ne compte d'habitants devrait être à la pointe de l'innovation et il n'est qu'en queue de peloton ! Pourquoi le Louvre ne peut-il avoir les mêmes horaires que Disneyland Paris ?

Comprenons que nous sommes entrés dans une temporalité mondialisée où nous travaillons en horaires souvent décalés, et où le premier concurrent du commerce est le commerce en ligne ou l'étape suivante du voyage. Les marchés alimentaires eux-mêmes ont souvent été déplacés du matin en semaine, au soir ou au dimanche.

D'IMPORTANTES CONQUÊTES SOCIALES

Certes, a contrario, en cette immense période de changement de monde, nous avons besoin de protéger nos cadres symboliques, spatiaux comme temporels, pour rassurer une opinion publique pessimiste et égarée.

Le dimanche, des horaires de repos commun en famille, le respect des fêtes religieuses ou politiques sont des marqueurs partagés décisifs. En outre, les interdictions du travail de nuit ou du dimanche furent d'importantes conquêtes sociales, dont les milieux populaires et les syndicats ont gardé, à juste titre, une mémoire forte.

Alors comment agir à la fois pour le bien de l'économie et de l'emploi et pour la protection des salariés ? Comment garder nos codes culturels, nos acquis, nos valeurs et s'adapter à la mise en mobilité du monde ?

D'abord, pensons le dimanche comme nos postes-frontières. Les accords de Schengen ont supprimé les douaniers, mais les postes-frontières restent des marqueurs symboliques importants. Donc, sur le même modèle, gardons les dimanches comme jours exceptionnels.

LA DEMANDE DE LA JEUNESSE

Mais observons de plus près le marché du travail : un travail arythmique y est souvent préféré à un travail répétitif. Aussi travailler un week-end par mois en étant payé double et en ayant deux jours libres en semaine est souvent plébiscité. Car on n'est jamais seul quand on vit en famille.

Actons le principe de dix dimanches de travail possibles dans le commerce sur une base le plus possible volontaire. Ensuite, il y a l'immense demande de travail de la jeunesse qui étudie du CAP à bac + 8. Eux vivent déjà largement en horaires décalés. Lisons l'excellent spécialiste de la jeunesse Olivier Galland, qui écrit : « Les pays qui réussissent le mieux à réduire le chômage des jeunes sont ceux où la coupure études/travail est la moins forte et où les étudiants font beaucoup de petits boulots. »

Ici deux mesures peuvent être mises en place simplement : à partir de 16 ans, tout étudiant devrait pouvoir travailler pour 3 000 euros par an comme en Belgique, déclaré mais sans charges. Parallèlement, un contrat salariat/études pluriannuel pourrait être mis en place, comme le font déjà des sociétés comme McDonald's ou Leroy Merlin, pour accompagner les études par des heures hebdomadaires et quarante-cinq jours pendant les vacances.

L'Etat pourrait abonder en bourses ou en chambres en cité universitaire ces contrats. Aujourd'hui, le progrès social est d'apprendre le travail en parallèle aux études. Surtout, le progrès social est d'être en harmonie avec la société de plus en plus discontinue dans laquelle nous vivons, en comprenant son goût de l'exceptionnel et de l'arythmie – et de poser les cadres de la protection des salariés de ce monde-là et non de celui d'hier, ce qui, sinon, se paie cash en chômage de masse.


Jean Viard
(Sociologue)
LE MONDE | 21.07.2014 à 20h45 • Mis à jour le 22.07.2014 à 11h18 | Par Jean Viard (Sociologue)


27/07/2014
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