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Martinez mal aimé... mais opposant n°1 de Hollande

Martinez mal aimé... mais opposant n°1 de Hollande

Catherine Gasté |
ARCHIVES. Le secrétaire général de la CGT Philippe Martinez.

ARCHIVES. Le secrétaire général de la CGT Philippe Martinez.

(AFP/JOEL SAGET)

Il fait la une de tous les journaux, sa moustache est connue jusqu'aux Etats-Unis. Inconnu il y a encore trois mois, Philippe Martinez, le leadeur de la CGT, est aujourd'hui l'homme qui veut mettre la France à l'arrêt, celui qui ose défier Manuel Valls en réclamant officiellement son départ.

 

Sortie de l'ombre en montant en première ligne contre la loi Travail, la bête noire du gouvernement l'est aussi aux yeux d'une bonne partie des Français. S'ils rejettent massivement la réforme sans toutefois soutenir majoritairement le mouvement d'opposition et — tout comme la CGT — veulent son retrait, deux tiers d'entre eux ont une mauvaise image du secrétaire général de la CGT et de son syndicat, révèle notre sondage Odoxa pour « le Parisien » - « Aujourd'hui en France ».

 

Les Français rejettent la CGT comme la loi Travail. Et c'est bien là le paradoxe. Malgré ses faits d'armes -- ou à cause de sa « ligne dure » --, le premier syndicat (qui menace d'être dépassé par la CFDT, fidèle soutien du gouvernement, aux élections professionnelles) a du mal à engranger de la sympathie. « Un rejet qui n'est pas nouveau, et est même remarquablement constant », observe Gaël Sliman, le président d'Odoxa. Repoussoir à droite (15 %), y compris dans les rangs du FN (37 %), plus le curseur de la balance partisane penche bien évidemment du côté de la gauche, plus le leadeur cégétiste trouve grâce à leurs yeux. Dans le bloc des « sympathisants de gauche », Philippe Martinez trouve en effet des soutiens (53 %).

 

Et pourtant, c'est un véritable schisme coupant la majorité en deux qui ressort de ce sondage : avec peu d'affiliés PS (39 %) pour soutenir ouvertement la CGT et son leadeur, alors que les rangs de la gauche de la gauche — extrême gauche, Front de gauche, EELV — lui reconnaissent massivement la stature d'un commandeur pour mener le combat et défendre les salariés (69 %).

 

Contestataire, politisé, langue de bois. L'image d'un secrétaire général de la CGT se faisant prendre en photo en train de jeter un pneu dans un feu lors d'un blocage de dépôt pétrolier -- du jamais-vu dans l'histoire de la centrale -- ou encore son chantage à la parution des journaux moyennant parution d'un éditorial, ont visiblement fini de planter un Philippe Martinez radical, jouant à fond la carte de la contestation.

 

Selon le portrait que les Français en font dans leur ensemble, il est perçu unanimement comme un contestataire (84 %), politisé (75 %), éloigné des réalités des entreprises (54 %) et pas ouvert au dialogue (65 %). Et ils ne le ménagent guère : à leurs yeux, il n'est pas sympathique (65 %), langue de bois (50 %), incapable de proposer des solutions efficaces (65 %) et pas compétent (58 %).

 

Anti-Hollande, plus que Sarkozy ou même Mélenchon. Il n'empêche, malgré ou grâce à tous ses défauts, les Français lui accordent aujourd'hui de sacrées lettres de noblesse : Martinez est pour 62 % d'entre eux le principal opposant à François Hollande.

 

« Nicolas Sarkozy et Alain Juppé, les favoris de la primaire à droite, ou Marine Le Pen, ou Jean-Luc Mélenchon n'apprécieront sans doute pas », conclut Gaël Sliman.

 

VIDEO. Loi travail: le gouvernement « n'écoute pas », juge Martinez

 

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Le diffuseur de l'affiche polémique convoqué par la police

L'écusson des CRS, une matraque et une flaque de sang... L'affiche accompagnée d'un texte explicite — « Stop à la violence, la police doit protéger les citoyens et non les frapper ! » — publiée sur le site Internet d'un des syndicats de la CGT à la mi-avril, avait provoqué la colère du ministre de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve. Une campagne dénonçant les violences policières contre les jeunes dans les manifestations contre la loi Travail, jugée « choquante » aussi par deux syndicats de policiers (Unité SGP Police FO et le syndicat d'officiers Synergie). Et même par la fédération police de la CGT, appartenant pourtant à la même maison. Selon nos informations, demain après-midi le secrétaire général du syndicat Info'com -- sur le site duquel l'affiche a été publiée --, est convoqué à la brigade de répression de la délinquance contre la personne. D'après la convocation dont nous avons eu connaissance, il sera entendu « en qualité de mis en cause dans le cadre d'une procédure judiciaire ». Il est soupçonné « d'avoir commis l'infraction de diffamation publique envers une juridiction, une administration publique, un corps constitué ou l'armée ».
 
Le secrétaire général avait pris ses distances
 
La polémique avait éclaté en plein congrès de la CGT à Marseille. S'il n'avait pas condamné formellement l'initiative d'Info'com, le secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez, s'en était désolidarisé. Entre-temps, début mai, le syndicat Info'com de la CGT (salariés de l'information et de la communication) a publié une autre affiche « Loi Travail, stop à la répression ! » On y voit des policiers marcher sur un sol maculé de rouge faisant penser à du sang. Le deuxième syndicat des officiers de police, Synergie, avait alors dénoncé dans un communiqué une « campagne ignoble d'une violence inouïe » et demandé au ministère de l'Intérieur de « déposer plainte ».

 Catherine Gasté |



29/05/2016
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