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"Nationaliser les banques ? Bonne idée..."

  

       "Nationaliser les banques ? Bonne idée..."

   Frédéric Lordon et Nicolas Cori (Libé) sur le plateau

   Les pays de la zone euro ont-ils enfin trouvé la parade contre les attaques spéculatives dirigées contre certains ? C'est ce qu'on comprenait en écoutant les Journaux télévisés du lundi 10 mai. Pour y arriver, la France a dû tordre le bras de l'Allemagne réticente, et en contrepartie du plan, les efforts budgétaires seront sévères dans la plupart des pays concernés. Mais attention ! Pas question de parler de rigueur…

   Dans cette histoire qui nous est racontée, quelle est la part de réalité, et celle de la propagande? Pour essayer de le déterminer, nous recevons cette semaine Frédéric Lordon, économiste "hétérodoxe" qui tient notamment un blog sur le site du Monde Diplomatique, et Nicolas Cori, journaliste à Libération, en charge jusqu'à récemment des questions financières, et qui suit désormais l'Elysée. Ils sont accompagnés de notre journaliste Dan Israel.

L'émission est animée par Daniel Schneidermann, déco-réalisée par François Rose, et préparée par Dan Israel.

NOUVEAU : à titre expérimental, vous pouvez télécharger l'émission en cliquant ici (vous allez être redirigé sur une page externe. Cliquez ensuite sur "Télécharger ce fichier" - merci de vos retours dans le forum créé pour l'occasion)

 

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La vidéo dure 1 heure et 31 minutes...... c'est là : http://www.arretsurimages.net/contenu.php?id=3005

   En début de semaine, tout les médias semblaient d'accord : le plan de sauvetage européen, en "rassurant les marchés", avait "sauvé l'euro". Episode historique, avançaient même certains, qui n'en revenaient pas de voir les Bourses européennes rebondir si haut. Depuis, l'euphorie est retombée, l'euro continue sa chute face au dollar, et les actions des banques ont fortement baissé. Quel regard portent nos invités sur ce décalage ? "Par nature, assure Cori, je me méfie des mouvements brutaux des marchés, j'aurais donc sans doute été prudent." Lordon, lui, souligne le "court-termisme" des journalistes, qui ont déjà joué l'air de "la crise est finie" à deux reprises depuis 2007, en se félicitant à chaque fois de la reprise des marchés (acte 1).

   L'économiste ne croit pas à l'efficacité du plan européen. D'ailleurs, il le souligne dans ce (très long) billet de blog qu'il lui a consacré, il estime que le plan n'est pas destiné à sauver un pays, mais à sauver les banques qui détiennent une grande partie de la dette des Etats européens. Si un pays cesse de payer, les banques vont en souffrir grandement. Cori trouve son analyse assez juste. Mais pourquoi ne pas l'écrire en Une des journaux, s'interroge Daniel ? "Il y a des gens qui disent depuis des années que les déséquilibres du monde financier sont tels qu'il va s'effondrer. Ils ont raison, mais sur le long terme", réplique Cori. Si le système a des chances de s'effondrer, difficile de savoir s'il le fera aujourd'hui ou dans des dizaines d'années. Et dans l'intervalle, un journal n'aura que faire d'avoir "eu raison dix ans avant tout le monde" (acte 2).

   Depuis l'annonce du plan, certains journalistes bien informés témoignent d'une nouvelle discrétion de Nicolas Sarkozy (comme l'a remarqué le matinaute Daniel Schneidermann). Changement de communication ? Assurément, répond Cori... qui reste muet, malgré les efforts répétés de Daniel, sur la façon dont les proches du président approchent les journalistes pour vanter cette retenue toute neuve. Lordon en profite pour développer une séduisante analyse des salles de marchés, qui trouverait sa place dans Mythologies, le fameux livre du sémiologue Roland Barthes. Ce lieu, explique l'économiste, est "un univers dont toute la sémiotique est orientée pour donner l'impression que nous sommes dans un monde de parfaite rationalité", alors qu'y règnent des forces primitives : "l'opinion et la croyance". Et selon lui, ces forces sont les mêmes que celles qui gouvernent le monde médiatique. Au passage, il s'ébahit de la réactivité de notre équipé technique, capable de fournir à la demande une image d'Emile Durckheim, père de la sociologie française (acte 3) !

    Quelle place pour les visions non-orthodoxes de l'économie dans les médias ? Daniel lance la question en relevant qu'un des seuls francophones à avoir prévu la crise des subprimes est Paul Jorion (que nous avons reçu il y a peu), qui n'est pas économiste, mais anthropologue. Cori réplique qu'une fois la crise déclarée, les médias lui ont fait une large place, dont un portrait signé par lui-même pour Libération. Cette exposition lui a d'ailleurs permis de vivre de son blog. Et on sent Lordon réticent face au "business model" mis en place par Jorion. Lui-même répugne à jouer le rôle du "vulgarisateur de sa propre pensée", le "doxosophe" comme il l'appelle, et refuse régulièrement des sollicitations médiatiques, au grand dam du journaliste de Libé, qui aurait bien aimé lui ménager une plus grande place dans son journal. Lordon s'en était expliqué cet été sur notre plateau, mais rejoue aujourd'hui avec Cori le débat qu'ils avaient tenu sur notre site, puisque Cori avait réagi à cette émission, et Lordon lui avait encore répliqué (acte 4)

   Place maintenant à un petit précis de communication gouvernementale… ratée. Depuis dix jours, sous l'impulsion de François Fillon, on entend les membres du gouvernement annoncer des mesures d'austérité, mais qui ne seraient en rien un plan de rigueur ! Le problème, résume Cori, c'est que les gouvernants tiennent en même temps un discours à deux publics : "Il faut dire aux marchés qu'on fait de la rigueur, et il faut dire aux Français que non, on n'en fait pas", le mot rigueur étant très connoté depuis "le tournant de la rigueur" de 1983, où le premier ministre Pierre Mauroy mettait fin à l'application du programme commun socialistes-communistes, qui avait pourtant porté François Mitterrand au pouvoir. Pour Lordon, l'exercice de produire "deux croyances antagonistes" en même temps est "passablement difficile et peut-être même impossible" (acte 5).

   Pour finir, entrons dans "l'inconnu"… et dans un saisissant exposé d'économie politique radicale. Daniel interroge Lordon sur la dernière partie de son billet de blog, où il réclame la renationalisation des banques, puisqu'elles disposent du pouvoir d'accorder des crédits, sur lequel repose toute l'économie. Il est exact, reconnaît-il, qu'il faut à tout prix sauver les banques, sous peine de voir des pays entier s'effondrer en quelques jours. Mais c'est pour cette raison qu'il refuse de le laisser aux mains d'intérêt privés. Comment faire cela ? Quelles conséquences ? C'est l'inconnu, reconnaît Lordon, qui brosse un tableau apocalyptique de crise généralisée, qui pourrait justement permettre la "déprivatisation" qu'il préconise. Et que Cori approuve lui aussi ! Avec les réserves d'usage, néanmoins (acte 6)


Vous pouvez aussi utiliser le découpage en actes. Si la lecture des vidéos est saccadée, reportez-vous à nos conseils dans la rubrique d'aide.

@rrêt sur images, émission le 14/05/2010 par la rédaction

 







30/09/2010
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