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Programme économique attrape-tout d’E Macron

    Le programme économique attrape-tout d’Emmanuel Macron

 

Le projet d'Emmanuel Macron tient la balance presque exacte entre ceux des candidats de droite et de gauche.

Sans vision d’ensemble, il s’avère grotesque dans le souci de ne perdre aucun électeur en route. Le point de vue d'un économiste.

 

Par François Gardes.

L’homme qui disait il y a peu vouloir être élu, non sur un programme forcément mensonger, mais sur sa personnalité (évidemment sans rien

nous dévoiler de ses vies privée et publique ni de ses financements), se trouve bien obligé de faire semblant de bâtir, en quelques jours, un

programme économique que Le Monde (du 25 Février), jamais en peine de travestissement idéologique de la réalité, dit satisfaire « les

économistes qui soulignent l’équilibre du projet » (les économistes cités dans cet article sont, Dieu merci, bien en deçà de ce constat).

 

Ce projet tient la balance presque exacte entre les candidats de droite et de gauche. Sans vision d’ensemble, il s’avère grotesque dans le souci de

ne perdre aucun électeur en route, annonçant par exemple une hausse conséquente de l’investissement public en même temps qu’une réduction

des dépenses de l’État, sans même prendre la peine d’expliquer que la seconde devra précéder la première.

 

 

Bête application du multiplicateur keynésien

 

Ce programme est typique de l’application bête des principes keynésiens du multiplicateur et de la demande effective, dont chacun voit bien

qu’ils ne s’appliquent que dans des conditions très particulières, comme l’ont montré récemment les échecs des relances massives d’Obama et

d’Abe au Japon, tout comme l’incapacité des vieux modèles macroéconomiques de mesurer les pertes de production consécutives aux austérités

successives appliquées à la Grèce – le chief-economist du FMI s’était rendu célèbre en admettant que le multiplicateur effectif dans ces

occasions différait de plusieurs centaines de % des valeurs calibrées dans le modèle.

Ce programme ne présente aucune vision qui permette de

comprendre la direction que le président Macron imprimerait à sa politique d’ensemble.

L’artisan des politiques désastreuses de Hollande,

fondées également sur l’inculture économique de nos administrateurs, va pianoter les quelques arpèges court-termistes habituels, sans

oublier les relances désordonnées d’avant élections.

 

 

Il est significatif à cet égard que l’accent soit mis dans ce programme sur la capacité de l’État à orienter habilement ses investissements

productifs. Pratiquement tous les programmes étatiques massifs, depuis le plan Calcul gaulliste, se sont révélés catastrophiques : cela

n’empêche pas notre petit énarque d’annoncer la « modernisation de l’action publique » (on croit rêver) et l’investissement dans la « transition

énergétique », supposée, selon tous nos ministres ignares, créer des emplois (mais à des coûts prohibitifs pour une économie surendettée,

incapable dans un proche avenir de payer même l’intérêt de sa dette : ce sont en fait des emplois fictifs, puisqu’ils en détruisent plus qu’il

n’en est créé).

 

 

L’État, seul acteur économique

 

Notons d’ailleurs que Macron, pénétré de la capacité bien démontrée de l’État français à trouver des solutions aux problèmes de notre

économie, prévoit de confier la gestion des prestations chômage au seul État, les partenaires sociaux ayant démontré leur incapacité (comme si

l’État n’en était pas l’origine, tout comme les États, et non le capitalisme, sont à l’origine de la crise actuelle).

Cette confiance de

l’administrateur en l’État se conjugue avec une incapacité à penser les incitations qui mettent en marche les acteurs microéconomiques –

ménages, entrepreneurs : on prévoit par exemple de contrôler les demandeurs d’emplois, les obligeant à accepter l’emploi qui leur est proposé

(ce qui est d’ailleurs déjà prévu dans le système actuel), et de « conditionner strictement les prestations aux efforts de recherche du chômeur,

avec un contrôle drastique », sans rien expliquer des modalités nouvelles de ce contrôle (qui serait fait par les mêmes fonctionnaires

qu’aujourd’hui ?). Rien d’autre n’est pensé pour inciter les récalcitrants à entrer sur le marché du travail.

 

Ne parlons même pas de l’absence totale de réflexion sur les choix que font les ménages entre travail marchand et activités domestiques, choix

qui furent fortement impactés par la crise récente. Aucune réforme du marché du travail ne pourra en France négliger cet aspect des choses,

mais considérer que l’agent économique est un acteur, certes imprévisible mais qu’on peut inciter aux bons choix, est évidemment moins simple

que de manier les calculettes des dégrèvements, impôts et subventions d’État – dont les effets ne peuvent généralement être connus

précisément, au niveau microéconomique, ce qui biaise complètement la prévision de l’effet global.

 

 

On ne touche pas aux retraites

 

Similairement, on ne touchera pas aux retraites, uniquement parce que c’est un sujet explosif qui n’apporte pas d’électeur des deux côtés de

l’échiquier.

Tout et son contraire est dit sur les dotations aux collectivités territoriales, sur l’assurance maladie… Pour cette dernière par

exemple, des augmentations de dépenses sont prévues et conjuguées à des économies massives (de quinze milliards) auxquelles personne ne

peut sérieusement croire. L’essentiel, qui serait un choc massif de baisse des coûts de production, lié à une vraie politique de l’offre, est absent

du programme.

 

 

Pratiquement tout le programme macroniste est en fait construit, visiblement à la va-vite, sur l’addition d’un quart des montants de

chaque réforme filloniste auxquelles est adjoint une proportion égale des programmes socialiste et communiste : réduction minime des dépenses

publiques, de prélèvements fiscaux, du nombre de fonctionnaires, mais taxation du capital, de l’immobilier, relance des investissements publics

(Giscard avait annoncé il y a quarante ans, lors du sommet de la Jamaïque que jamais les régimes démocratiques ne voudront se passer de

l’inflation et du déficit public, trop pratiques à court terme) – tout cela n’amenant aucun risque d’un cercle vicieux de l’endettement, selon le

staff de cet inénarrable candidat !

Vieilles recettes, dont on s’étonne qu’elles ne provoquent pas un éclat de rire de la classe politique et

des experts.




Le rêve macroniste !

 

Ce programme grotesque n’est en fait que l’écriture économique du rêve macroniste : ajouter aux bobos de gauche quelques gogos de

droite, en égal nombre apparemment jusqu’à présent selon les enquêtes.

Si la balance des électeurs penche un peu d’un des deux côtés

d’ici l’élection, gageons que le staff macroniste corrigera à la marge le programme dans le même sens.



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02/03/2017
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