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Sarkozy, conférencier pour Goldman Sachs

      Nicolas Sarkozy, conférencier pour Goldman Sachs

  Il fut un temps où Nicolas Sarkozy n’aimait pas le monde financier. « Une certaine idée de la mondialisation s’achève avec la fin d’un capitalisme financier qui avait imposé sa logique à toute l’économie et avait contribué à la pervertir. L’idée de la toute-puissance du marché qui ne devait être contrarié par aucune règle, par aucune intervention politique, était une idée folle », expliquait-il à Toulon le 25 septembre 2008.

  La crise n’est pas finie. Mais manifestement Nicolas Sarkozy a changé d’idée. Les banquiers lui semblent devenus très fréquentables. De plus en plus même. Et cette fréquentation assidue du monde bancaire, qui ne fait rien gratuitement, mérite que l'on y prête attention.

  Nicolas Sarkozy se propose ainsi de participer à une nouvelle conférence organisée par une banque, et pas n’importe laquelle : Goldman Sachs.


Invitation à la conférence de Nicolas Sarkozy pour Goldman Sachs (cliquez sur l'image pour l'agrandir)


  Invitation à la conférence de Nicolas Sarkozy pour Goldman Sachs (cliquez sur l'image pour l'agrandir)

  Le 3 juin prochain, Nicolas Sarkozy doit intervenir à l’hôtel Intercontinental de Londres devant un aréopage de financiers et de grandes fortunes pour disserter sur l’Europe et la politique européenne, à l’invitation de la plus célèbre banque de Wall Street, comme l’indique le site de la banque.

 Il est présenté comme président of the French Republic et non comme former (ancien), les dates entre parenthèses rappelant juste qu'il ne l'est plus. Il sera le seul homme politique à parler dans ce colloque aux côtés d’économistes.

  Goldman Sachs ne publie pas en ligne le tarif pour assister à cette réunion. Mais c’est le genre de colloque auquel on ne peut assister qu'en déboursant plusieurs milliers de livres. D’autant, comme le signale la banque, que la conférence est déjà pleine et qu’il faut s’inscrire sur la liste d’attente. En contrepartie, les intervenants de ces conférences sont royalement payés. Combien ? La banque n’a pas répondu à nos questions sur les motifs qui l’ont poussée à inviter Nicolas Sarkozy et sur le montant de sa rétribution. Selon différentes informations déjà parues dans la presse,

  Nicolas Sarkozy fait désormais partie du petit club des célébrités mondiales percevant plus de 100 000 dollars (76 400 euros) par intervention.

  Qu’attend Goldman Sachs d’une telle prestation ? S’étant installée au cœur du dispositif européen, avec de nombreux hommes de confiance dont le plus illustre est le président de la BCE, Mario Draghi (voir Europe : les hommes de Goldman Sachs), la banque américaine n’a guère besoin des lumières de Nicolas Sarkozy pour expliquer ce qui se passe à Bruxelles ou Francfort. S’agit-il alors de remerciements pour services rendus dans le passé, ou prennent-ils une option au cas où Nicolas Sarkozy redeviendrait président, comme lui-même et ses proches semblent en caresser l’idée, alimentant l’opinion par de nombreux sondages ?

  Goldman Sachs, en tout cas, a l’air de placer Nicolas Sarkozy sous sa haute protection. Dans le tour de table de son fonds d’investissement Columbia investment, révélé par Mediapart, on retrouvait parmi les personnes associées Simon Robertson, un banquier anglais ancien président de Goldman Sachs Europe.

  Better than Goldman

  Nicolas Sarkozy avait annoncé qu’après son départ de l’Élysée, il entamerait une nouvelle vie, loin de la France. Il n’a jamais caché vouloir faire de l’argent et marcher sur les traces de l’ancien ministre britannique

 Tony Blair, qui s’est constitué en quelques années une fortune estimée à plusieurs millions de livres. Même si elles se veulent discrètes, ses prestations sont extrêmement ciblées et rémunératrices.

  Début septembre, Nicolas Sarkozy avait démenti l’animation d’une réunion organisée par la banque Morgan Stanley pour 250 000 euros. Mais trois semaines plus tard, il figurait comme invité à une réunion privée donnée à New York le 11 octobre 2012. Cette dernière était organisée par la banque brésilienne BTG Pactual. Il était alors le seul participant qui n’était pas originaire d’Amérique du Sud.





© #brigitte dusseau

  Dix jours plus tard, le 22 octobre exactement, il se rendait au Brésil pour participer à un colloque organisé par la même banque BTG Pactual, appréciant décidément beaucoup Nicolas Sarkozy.

  Nommée par la presse le Goldman des Tropiques, cette banque et ses dirigeants méritent un moment d’attention. Son principal dirigeant, Andre Esteves, est à l’origine de la réussite de l’établissement. Simple analyste, il a fini par en prendre la tête en la rachetant à ses propriétaires. En 2006, il l’a vendue pour 3,1 milliards de dollars au suisse UBS, décidé à en faire le bras armé de son activité de gestion de fortune au Brésil, avant de créer un nouveau fonds BTG – pour Banking and trading group mais certains disent pour Better than Goldman (mieux que Goldman Sachs).  

  Deux ans plus tard, il a racheté à UBS la banque qu’il lui avait vendue pour seulement 2,5 milliards de dollars. Beaucoup se sont étonnés de cette transaction très en défavorable pour la banque suisse, ce qui n’est pas dans ses usages. Il est vrai qu’à l’époque, UBS avait quelque difficulté avec les autorités brésiliennes, qui accusaient la banque de fraude fiscale et de blanchiment, en organisant la fuite des grandes fortunes en dehors du pays. Un air de déjà-vu.

  Renommée BTG Pactual, la banque, détenue par une holding basée aux Bermudes, est devenue la première banque d’investissement au Brésil. Elle est très active à Londres. Elle y a embauché un banquier français, Charles Rosier, ancien de Goldman Sachs avant de devenir responsable pour UBS de la France, de la Belgique, de l’Espagne et du Portugal. 

  Lors de son voyage « privé » au Brésil, Nicolas Sarkozy a été reçu par la présidente brésilienne, Dilma Rousseff. Il y fut beaucoup question alors du contrat « historique » des Rafale à l’armée brésilienne, ardemment soutenu par Nicolas Sarkozy pendant sa présidence.

  La presse brésilienne a longuement évoqué aussi les ambitions de la BTG Pactual en Afrique – elle a créé un fonds d’investissement doté de 1 milliard de dollars – et de l’aide que pourrait lui apporter Nicolas Sarkozy, grâce à ses contacts sur le continent africain, notamment dans les mines.

  C’est à nouveau une banque qui a été à l’origine du troisième colloque de Nicolas Sarkozy. À l’invitation d’Alfa Bank, bras financier d’un énorme conglomérat russe, il s’est rendu à Moscou le 13 novembre. Il était l’invité de l’oligarque Mikhaïl Fridman, lancé du temps de Boris Eltsine, pour la remise de prix « sur les meilleurs investissements en Russie ».

  Là encore, le déplacement de l’ancien chef d’État n’a, semble-t-il, pas été gratuit. « C’est une pratique courante que d’anciens dirigeants se rendent à des événements pour de l’argent », rapportait un témoin cité par le quotidien Izvestia, qui dévoila l’information. Lors de ce déplacement à Moscou, Nicolas Sarkozy fut reçu en grande pompe par Vladimir Poutine.

    Que des amis

  Le dernier voyage de l’ancien chef de l’État a été, lui, des plus officiels.

  Le 11 décembre, Nicolas Sarkozy s’est rendu à Doha, sur l’invitation personnelle de l’émir du Qatar, pour donner sa première conférence publique dans le cadre du forum mondial du sport. Une manifestation montée par Richard Attias, le mari de Cécilia. Nicolas Sarkozy, grand ami du Qatar, s’est beaucoup démené pour introduire l’émirat auprès de la fédération internationale de football (Fifa), présidée par son autre ami, Michel Platini. Hasard ? Le Qatar a obtenu, à la surprise générale, la Coupe du monde de football de 2022.

  À la tribune, Nicolas Sarkozy a plaidé pour que le calendrier de cette manifestation soit changé, et que la manifestation puisse avoir lieu en hiver plutôt qu’en été, comme d’habitude. La chaleur étant insupportable en été au Qatar.

  Officiellement, bien évidemment, ce voyage était absolument à titre gracieux. Mais dans le même temps, Nicolas Sarkozy, sous ses habits d’avocat d’affaires, défendait la cause du Qatar auprès du roi du Maroc, « un ami ». Celui-ci, en effet, avait mis son veto au rachat de la participation détenue par Vivendi – autre ami de Nicolas Sarkozy –, dans l’opérateur téléphonique Maroc Telecom, par le Qatar. La confusion des genres est totale.

  En retour, le Qatar, comme l’a expliqué le Financial Times, était prêt à investir quelque 250 millions d’euros dans le fonds d’investissement de Nicolas Sarkozy. Là aussi, il semble que le Qatar voulait autant adresser des remerciements sur le passé que prendre une option sur l'avenir. Mais les révélations publiques sur ce fonds ont refroidi les ardeurs de l’ancien président. Officiellement, comme l’expliquent des proches, Nicolas Sarkozy préfère mettre en veilleuse ce projet, afin de ne pas obérer ses chances de revenir sur le devant de la scène politique. Mais en arrière de la main, comme le prouve sa nouvelle invitation par Goldman Sachs, il n’a pas renoncé «  à faire de l’argent ».

  Jusqu’à quand Nicolas Sarkozy pourra-t-il ainsi continuer à nager en plein conflit d’intérêts ?

  Il semble en effet difficile d’être à la fois membre du Conseil constitutionnel, tout en monnayant ses relations et ses contacts tantôt comme animateur de conférences, tantôt comme avocat d’affaires voire comme conseiller de fonds d’investissement, et en prétendant pouvoir rejouer un rôle politique à l’avenir. L’incompatibilité entre ces différentes fonctions est patente, et le silence du Conseil constitutionnel détonant.

  Parmi toutes ses fonctions et tous ses déplacements, Nicolas Sarkozy n’a pas mis sa renommée et sa disponibilité au service de causes humanitaires, comme la faim dans le monde, l’illettrisme, le paludisme, le sida ou la recherche médicale... Faute de temps, sans doute.

 

  J 'ai joint la personne responsable des conférences chez Goldman Sachs, à Londres, ce vendredi par téléphone. Plusieurs questions lui ont été posées : pourquoi choisir Nicolas Sarkozy comme conférencier ? À quelle date cette décision a-t-elle été arrêtée ? Quelle est sa rémunération pour son intervention ? Quel est le prix pour les participants ? Il m'a été indiqué que l'on me rappellerait « très rapidement » pour répondre à ces questions. J'attends encore. Mais ces réponses seront incluses dans l'article dès qu'elles me parviendront.

 


22/04/2013
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