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À Bure, les militants ré-occupent...

EXCLUSIF - À Bure, dans un arbre du bois Lejuc, que les militants ré-occupent

23 février 2018 / Lorène Lavocat (Reporterre)

Ce vendredi matin, une action de ré-occupation du bois Lejuc est lancée par plusieurs opposants au projet Cigéo. Une journaliste de Reporterre est sur place. Reportage en direct. Et récit de la journée d’hier, en partenariat avec Radio Parleur.

  • Bure (Meuse), reportage

16 h 20 - Avec Isabelle, nous sommes redescendus de l’arbre sans encombre, et sommes retournées à travers la forêt jusqu’à notre véhicule. Grande surprise : sur le chemin, nous n’avons croisé aucune âme qui vive, en tout cas aucun gendarme. Une fois revenues à la Maison de la résistance, à Bure, nous constatons que beaucoup de gens sont arrivés, ils sont plus nombreux qu’hier. Sans doute les appels à soutien ont-ils porté leurs fruits. Pendant ce temps, les deux "Hiboux" avec qui nous avons occupé la plate-forme y sont toujours : ils continuent à aménager une cabane à partir de bâches, de palettes et de couvertures. Le ravitaillement va bientôt leur parvenir. En ce qui nous concerne, retour sur Paris, et on vous donne demain matin, sur Reporterre, des compléments de récit sur cette journée.

 

 

14 h 00 - C’est toujours calme autour de notre cabane. Un petit groupe d’une personne du bois et de deux journalistes est passé nous voir. Ils nous ont dit qu’il y avait beaucoup de gendarmes dans le bois ainsi que des vigiles de l’Andra, et que c’est un cache-cache pour les éviter.D’autres cabanes sont occupées, mais il n’y a pas d’expulsion en cours. Peut-être parce que les gendarmes "grimpeurs" sont déjà repartis. En tout cas, tout va bien pour l’instant. Et on vient de savourer un petit déjeuner de dattes, de chocolat et de carottes.

 

 

12 h 30 - Pendant ce temps là, l’avocat des opposant Samuel Delalande fait le point avec Reporterre sur les personnes arrêtées hier : « Je suis en contact avec cinq personnes ayant été mises en garde à vue hier. Trois ont été libérées et sont convoquées au tribunal correctionnel de Bar-le-Duc le 12 juin prochain, les deux autres sont transférées devant un juge et passent en comparution immédiate aujourd’hui. Nous allons demander le report des jugements pour préparer notre défense. On reproche à ces personnes des faits d’outrage, de violence, mais ce n’est pas caractérisé. »

 

11 h 59 - On nous a rapporté des couvertures en plus. Un nouveau groupe est arrivé en bas de l’arbre, je pense qu’il s’agit de journalistes. Il y a une demi-heure, nous avons échangé des cris avec d’autres cabanes - ce qui indique que d’autres cabanes du bois sont occupées. Je dirais que nous avons entendu des cris provenant de trois directions différentes. Nous savons que des gendarmes sont présents dans le bois parce que nous avons vu des opposants passer en courant, qui nous l’ont appris. Mais nous n’avons pas vu les gendarmes passer après eux.

« N’en déplaise à la préfète de la Meuse et au secrétaire d’État Sébastien Lecornu qui se pavanaient hier dans le bois lejuc avec les caméras de BFM TV, disant que l’expulsion était terminée et que la forêt pouvait de nouveau accueillir les pires rebuts de la filière nucléaire, des hibous et chouettes de Bure ont profité de la nuit pour refaire leur nid dans la forêt en haut des arbres », ont écrit des opposants au projet Cigéo dans un communiqué intitulé « Nous sommes là, nous serons là ! », mis en ligne ce vendredi matin.

 

10 h 54 - On est toujours en haut de la plate-forme. On n’a pas vu de policiers, mais un hélicoptère tourne en permanence autour de nous. On a vu passer d’autres opposants, donc à priori, il y a du monde dans le bois, mais du haut de l’arbre, il n’est pas possible de savoir combien. D’autres arbres seraient occupés. Tous les accès connus des gens qui vivent dans le bois depuis un an ne sont pas connus des forces de l’ordre. On nous a même apporté des couvertures, de la nourriture, de l’eau.

 

08 h 00 - En ce vendredi matin, aux premières heures, une action de ré-occupation du bois Lejuc a commencé par plusieurs militants. Afin de témoigner, je suis dans un arbre, avec deux d’entre eux et une journaliste belge. Le message des activistes : « Nous ne lâchons rien et continuons à défendre la forêt. Hier, c’était une expulsion symbolique, une opération de communication du gouvernement. »

Un froid de canard et un thermos... d’eau chaude. Lorène Lavocat à droite.

Nous sommes arrivés au milieu de la nuit, et avons assisté au lever du soleil. Le ciel s’est levé sous la canopée. On entend des oiseaux, et dans le lointain, des bulldozers.

 

Toutes les cabanes n’ont pas été détruites, telle la Communale. Nous sommes dans une autre cabane intacte, que nous avons retrouvée avec les cordes d’accès. Il fait très froid. Nous sommes avec deux habitants du bois, et la journaliste indépendante Isabelle Masson-Loodts


  • Jeudi 22 février -

 

 

Le village de Bure se détache dans le ciel limpide de la Meuse. En ce début d’après-midi, jeudi 22 février, les rues baignées d’une bise glaciale semblent vides, tout paraît calme. Aux abords de la mairie, un cordon de gendarmes forme une barrière compacte, infranchissable pour la petite foule d’une trentaine de personnes massée devant. Derrière, une grande bâtisse est entourée de camions bleus. La Maison de la résistance, surnommée BZL pour « Bure zone libre », accueille depuis 2004 les opposants au projet d’enfouissement de déchets radioactifs Cigéo. Propriété des associations antinucléaires, elle est devenue un lieu de rencontre et de refuge.

 

Ce jeudi 22 février, une trentaine de militants s’y sont réunis après l’expulsion du bois Lejuc le matin. Cette forêt, à quelques kilomètres du village, est habitée depuis juin 2016 par les opposants, qui veulent ainsi retarder les travaux de défrichement nécessaires au projet d’enfouissement. Ils y ont construit des cabanes confortables, dans les arbres et au sol. Mais ce matin à l’aurore, une dizaine d’habitants ont été expulsés par près de 500 gendarmes mobilisés pour l’opération, dont certains spécialisés.

 

Apprenant l’événement, nombre de militants — vieux, jeunes, nouveaux venus ou habitants historiques — vivant dans les villages alentours ont accouru à BZL. Pensant être en lieu sûr pour discuter de la suite. Sauf que les gendarmes étaient présents en masse autour de la vieille demeure, et que le ton est monté. En milieu de matinée, les militaires sont entrés dans la maison en forçant les portes, d’après eux « pour retrouver les auteurs de destructions ». Des fenêtres de la mairie ont en effet été cassées.

 

À l’intérieur, les militants regroupés à l’étage se sont assis et accrochés les uns aux autres. Pendant plus de trois heures, les gendarmes les ont évacués un par un, non sans violence. Certains ont été emmenés vers un commissariat du département — pour vérification d’identité principalement, et certains pour outrage —, d’autres ont été relâchés. Ceux-ci rejoignent, émus et choqués, le petit attroupement formé près de la mairie, qui les accueille à grand renfort de café chaud. Ceux qui sont embarqués passent près de leurs camarades de lutte, qui leur lancent des hurlements de loup et des cris de soutien. D’après nos observations, celles et ceux qui sont embarqués sont « inconnus » des services de police. « Ils gardent ceux qu’ils ne connaissent pas, pour les ficher », dit un opposant.

 

 

 

« J’ai accouru dès que j’ai pu en apprenant la nouvelle à la radio, témoigne Dominique [*], tout juste sorti de la maison. Quand les flics sont entrés, nous sommes restés ensemble, nous nous sommes accrochés bras dessus, bras dessous, et nous avons tenté de parler avec les gendarmes. On a même glissé quelques blagues. Eux nous ont tous filmés attentivement, ils comparaient avec des photos qu’ils avaient, et désignaient ainsi ceux qu’il fallait emmener. » Éprouvé, il sirote son café sans quitter des yeux les mouvements des gendarmes.

 

Dix minutes plus tard, un autre opposant sort de la maison, solidement escorté par deux gendarmes. « Vous créez les conditions d’amplification de la lutte, leur lance-t-il. Ce n’est que le début de la bataille ! » Des appels à mobilisation ont été relayés partout en France. « C’est l’État et l’Andra qui sont responsable du pourrissement de la situation, ajoute-t-il, indigné, une fois libéré. Que valent quelques jets de pierre face à la violence de la répression policière et le harcèlement judiciaire dont nous faisons l’objet ? »

 

  • Écoutez le témoignage de Sylvain au moment de sa sortie :
 
  •  
    Sylvain.

À ses côtés, la députée France insoumise Caroline Fiat, approuve : « Le droit de s’opposer et le droit de manifester sont des libertés fondamentales ». Élue de Meurthe-et-Moselle, elle a aussi sauté dans sa voiture aux premières heures, sans bonnet mais avec son écharpe tricolore, « afin de constater et dénoncer les violences policières qui pourraient être commises ». « J’ai vu des gens menottés, mais quel mal ont-ils fait ce matin ? S’opposer à un projet d’État n’est pas un délit ! » La députée s’est vue refuser l’accès à la maison par le commandant de gendarmerie.

  • Écoutez Caroline Fiat :
 
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    Caroline Fiat à Bure.

Nous nous rendons ensuite au nord du bois Lejuc, dont l’accès est interdit par deux fourgons de gendarmerie. « C’est une journée sensible, nous ne pouvons rien vous dire », nous expliquera-t-on. Quant à l’accès au bois, on nous conseille de tenter notre chance du côté de Mandres-en-Barrois, plus au sud. En chemin, nous croisons un jeune agriculteur en train de préparer les aliments pour ses vaches. « Je suis bien déçu qu’il n’y ait plus personne au bois. Pendant l’occupation, on pouvait y aller se promener. Et puis, le projet n’avançait pas. Maintenant, qui sait ce qui va arriver. Je commence à regretter d’avoir repris la ferme familiale, car l’avenir n’est pas rose ici : être agriculteur dans un lieu plein de déchets nucléaires, ça ne fait pas rêver. »

 

En passant près de Mandres, où le secrétaire d’État Sébastien Lecornu devait peut-être passer, nous rencontrons Juliette Geoffroy, pore-parole du Cedra (collectif contre l’enfouissement des déchets radioactifs) : « On nous appelle hier pour nous dire que le ministre veut nous rencontrer vendredi matin, qu’il faut ouvrir le dialogue et la concertation. Comment peut-on parler de concertation après ce qui vient de se passer ? On veut nous diviser, nous séparer entre bons et mauvais opposants, entre ceux qui sont illégaux et ceux qui restent dans la légalité. Mais la question n’est plus là : nous sommes tous ensemble, un mouvement d’opposition riche et hétérogène, qui utilisons tous les moyens légitimes en notre possession pour faire entendre notre voix ! » Il n’y aura donc pas d’entrevue vendredi avec M. Lecornu, mais un rassemblement de toutes les associations d’opposants devant la préfecture de Bar-le-Duc.

 

Grâce aux indications d’un habitant du bois, nous parvenons à rejoindre le bois Lejuc à la tombée du jour. Là, au pied du Grand Chêne, un arbre centenaire qui accueillait quelques heures auparavant une maisonnette sur ses plus hautes branches, un amas de branches, de planches, de matelas et d’ustensiles de cuisine. « Ici, c’était ma maison pendant un an et demi ; que de beaux moments nous y avons vécu », sourit Sylvère* (prénom changé).

Près du chêne, les bulldozers sont passés sur le chemin, mettant à bas les chicanes construites ça et là. Mais sur la route fraîchement dégagée, à part quelques chevreuils profitant du crépuscule, il n’y a pas âme qui vive. Les gendarmes semblent concentrés aux orées du bois.

 

Quant aux opposants, ils se sont retrouvés à BZL, « libérée » de la présence policière depuis 16 h. Histoire de préparer la réponse. Dans l’immédiat, il s’agit de soutenir les camarades toujours au commissariat. De recueillir les témoignages de cette journée. De relayer des appels à mobilisation et de préparer l’accueil des comités de soutien qui pourraient arriver dans les jours à venir.

 

Et de réfléchir à la suite. Pour toutes les personnes rencontrées ce jeudi, outre l’émotion et la colère, c’est la détermination qui domine : « On ne lâche rien, le bois sera réoccupé, rien n’est fini, tout ne fait que commencer. »

 

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    Reportage radio 22 février à Bure.



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[*Son prénom a été changé


Lire aussi : Le gouvernement a évacué les antinucléaires de Bure. Témoignages et réactions

Source : Lorène Lavocat pour Reporterre

Et Martin Bodrero, de Radio Parleur, pour le reportage audio.

En partenariat avec Radio Parleur



Documents disponibles

  Caroline Fiat à Bure.   Sylvain.   Sans titre   Reportage radio 22 février à Bure.

 

              ***********************************

 

        Cigéo à BURE, est-ce Dangereux ?

C’est à Bure, que l’état (par le biais de l’ ANDRA) envisage d’enfouir les déchets nucléaires de moyenne et haute activité à vie très longue produits par les 58 réacteurs français.

 

Pour l’état, l’objectif est de mettre sous le tapis les pires déchets que l’humanité ait produits, pour faire croire aux citoyens que le problème est réglé.

 

 

L’enfouissement des déchets radioactifs (Cigéo) est la pire des solutions : risques majeurs d’explosion, ventilation permanente pendant au moins 125 ans (2 millions de m3/h), présence d’autres produits inflammables (hydrogène, bitume, … )

A 500 mètres sous terre, ces risques deviennent ingérables !!! Une fois enfouis, les déchets seront irrécupérables. Alors, ce serait une catastrophe gravissime sans espoir de retour.

Le STOCKAGE SOUTERRAIN,

        partout où ça existe déjà, c’est catastrophique.

 

3 exemples édifiants qui laissent augurer ce que deviendrait BURE

 

1-- En Allemagne un « enfouissement expérimental de déchets faiblement radioactifs » a débuté en1967. L’expérimentation a duré 11 ans, avec pas moins de 125 000 fûts de faible activité et 1 300 de moyenne activité. L’argument principal était que la roche (ici du sel) ne bougerait pas et serait hermétique pour des centaines d’années car elle n’avait pas bougé depuis 150 millions d’années.

Résultat : moins de 10 ans plus tard, en 1985, une solution saline venue de l’extérieur se répand dans la mine au rythme de 12 m3 jour et détruit irrémédiablement la mine de sel, corrodant et baignant les fûts au passage. Il est certain que la mine va s’effondrer rapidement. Aujourd’hui, l’incertitude règne et la plus grande crainte est la contamination de la nappe phréatique.

L’Andra critique ouvertement la gestion de ce site, pourtant elle est partie prenante depuis 1988 à ce projet.

2-- En Alsace, dans une mine de sel, ont été stockés de 1999 à 2002, plus de 44 000 tonnes de déchets chimiques hautement toxiques, à 550 m de profondeur. Arsenic, mercure, cyanure, amiante, etc . L’entreprise STOCAMINE, gestionnaire du site, jurait qu’il s’agissait d’un véritable coffre-fort géologique.

Résultat : un incendie en profondeur déclaré en 2002, trois ans après la mise en service, qui n’a pu être maîtrisé qu’au bout de deux mois. L’installation, en partie effondrée, a été fermée en 2004.

Plus moyen de retirer les déchets ! Aujourd’hui en 2015, sous la pression des habitants, les « experts » cherchent des solutions financièrement acceptables à ce problème car l’intégrité de la nappe phréatique d’Alsace est en jeu avec ce que cela peut comporter de craintes sur l’approvisionnement en eau potable de ces régions. Rappelons que cette nappe s’étend sous la France, l’Allemagne et la Suisse.





3--> aux USA, le WIPP: centre de stockage de déchets nucléaires prévu pour 100 ans en 1999. Il a été arrêté par un accident le 5 février 2014, seulement après15 années. Les exploitants du site n’ont pas pu maîtriser les événements.

Un incendie avec problèmes de ventilation a entraîné l’intoxication de plusieurs travailleurs, et une fuite radioactive d’origine inconnue a été émise à la surface par un puits. 21 personnes du centre ont été contaminées.

De la radioactivité a été détectée en dehors de l’enceinte du WIPP. Il a fallu deux mois et demi pour atteindre la zone des déchets concernés, déchets beaucoup moins dangereux que ceux prévus à Bure. Aujourd’hui, on ne connaît toujours pas l’origine exacte de cette éjection de radioactivité.

Le site américain est fermé pour quelques 3 ans. A BURE on y retrouve la même méthode que le WIPP : même méthode de remplissage pendant la construction, même type d’alvéoles... et surtout la grande profondeur, dénominateur commun de tous ces sites.

La profondeur est un facteur particulièrement aggravant : difficultés accrues d’intervention, coût prohibitif, aération, etc.

Lors de la conception du centre de stockage, les ingénieurs avaient estimé qu’un tel accident ne pourrait se produire qu’une fois tous les 200.000 ans.

 

En 1999, le WIPP américain était prévu pour 1 milliard de dollars. En 2014 il avait déjà coûté 18 milliards.

 

En 2016, 2 à 3 milliards étaient prévu pour les réparations. Maintenant ????

 

Le projet de Bure est déjà prévu par l’état pour 35 milliards d’euros minimum. Dans 10 ans ? 20 ans ? 100 ans ?……..

 

                             L’accident, c’est bien connu, n’arrive qu’aux autres !

 

 

 

Le STOCKAGE SOUTERRAIN,

        partout où ça existe déjà, c’est catastrophique …



23/02/2018
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