LOCTOPUSVOITOU

Gouvernance de l’ombre...

 
 
 
 
 
 
 

Edward Bernays : la fabrique du
consentement ou comment passer du
citoyen au consommateur
 
Edward Bernays est né en 1891 à Vienne et il est mo
rt en 1995 à Boston. 103 années d’une
vie fructueuse.
 
Une vie consacrée à l’une des tâche
s majeures de notre siècle : celle qui
consista à pervertir les democraties pour faire pli
er les volontés des masses aux desseins des
élites, en toute non-violence.
 
Edward Bernays était
le neveu de sigmund Freud et il a su
exploiter les avancées apportées par son oncle, ain
si que le rayonnement scientifique de ce
dernier dans le domaine de la connaissance de l’irr
ationnalité, à des fins économiques
idéologiques et politiques.
Sa discrétion dans notre paysage culturel actuel es
t inversement proportionnelle à l’ampleur
de sa tâche. Même dans les agences de pub ou dans l
es services de relations publiques, son
nom est presque inconnu, tout du moins en France. I
l faut dire qu’il était un fervent partisan
d’une « gouvernance de l’ombre » et ses écrits ne t
arissent pas sur ce sujet. « créer du besoin,
du désir et créer du dégoût pour tout ce qui est vi
eux et démodé » fut un de ses leitmotiv.
 
« Fabriquer du consentement », « cristalliser les o
pinions publiques » furent les titres de 2 de
ses oeuvres écrites (une quinzaine en tout). « Domp
ter cette grande bête hagarde qui s’appelle
le peuple ; qui ne veut ni ne peut se mêler des aff
aires publiques et à laquelle il faut fournir
une illusion » en furent d’autres.
Ayant étudié la science de son tonton (la psychanal
yse), et ayant été
en contact régulier avec ce dernier, puis avec sa f
ille, Bernays va, par la mise en pratique de
tels enseignements, passer maître dans l’art de man
ipuler l’opinion dans un environnement
démocratique et « libre », que ce soit à des fins p
olitiques ou publicitaires. Bernays est
considéré à ce jour comme l’un des pères de l’indus
trie des relations publiques et comme le
père de ce que les Américains nomment le « spin »,
c’est-à-dire la manipulation - des
nouvelles, des médias, de l’opinion - ainsi que la
pratique systématique et à large échelle de
l’interprétation et de la présentation partisane de
s faits. Bernays va faire fumer les femmes
américaines, Bernays va démultiplier les ventes de
pianos ou de savons, Bernays va
contribuer à faire basculer l’opinion publique amér
icaine vers la guerre en 1917, et bien
d’autres choses encore que je vais vous conter dans
cet article.
Le titre de son livre le plus célèbre ? « Propagand
a, comment manipuler l’opinion en
démocratie ». Tout un programme. Toute une idéeolog
ie qui va d’abord être accueillie avec
scepticisme par les oligarques et les politiques, p
uis utilisée à tort et à travers, dès les premiers
succès, et ce jusqu’à notre époque contemporaine qu
i en fait l’apologie.
À l’heure ou les débats pro et anti « conspiration
» font rage sur les événements majeurs de
notre période contemporaine, une petite mise au poi
nt historique sur la naissance et
l’évolution de ce que nous appelons en France les «
relations publiques » ou encore la
« com » s’impose.
LA PUCE À L’OREILLE
Au début du siècle, étudiant en agriculture, fils d
’un marchand de grains très prospère,
Bernays s’ennuie et décide de se lancer dans le jou
rnalisme. Il rencontre à New York un ami
qui a hérité de 2 revues scientifiques et qui a des
difficultés dans ses prises de décisions quant
à l’orientation de ces revues.
Au même moment, en ville, une pièce de théâtre dont
le sujet est très tabou est en train de se
mettre sur pied. Cette pièce décrit l’histoire d’un
homme qui a la syphilis et qui le cache à sa
future femme. Ils ont un enfant qui naît malade. Br
ef, une sujet très délicat pour l’époque.
Bernays teste alors une méthode qui sera le fondeme
nt de sa méthodologie : il met sur pied un
comité pour la propagation d’idée en médecine, chap
eauté par l’une de ces revues. Ce comité,
à droits d’entrée payants, et dont les membres sont
d’éminents médecins et professeurs en
médecine, parraine la pièce de théâtre en question.
Et c’est le succès pour la pièce... tout en
donnant un coup de boost à l’une des revues de l’am
i de Bernays.
Edward a 21 ans... Il transforme un scandale potent
iel en succès et il vient de trouver sa voie :
une nouvelle manière de faire la promotion de produ
its ou d’idées.
Technique classique me direz-vous... oui, en effet,
c’est une technique classique aujourd’hui.
Mais à l’époque, c’est révolutionnaire.
Car, à l’époque ce genre de technique de communicat
ion qui procède de biais est totalement
inconnue.
En effet, au début du siècle, les messages publicit
aires sont simples : il s’agit de vanter un
produit en le décrivant, tout simplement, pour ce q
u’il est.
Bernays procède par biais, il utilise des figures d
’autorité et, via elles, rend le produit
intéressant voir incontournable.
LA PREMIERE EXPERIENCE D’ENVERGURE
: LA COMMISSION CREEL
Mais n’allons pas trop vite... nous sommes en 1917,
et Bernays fort de cette première
éxpérience est à mi-chemin entre le journalisme, l’
impresario, le conseiller en communication
(bien que cette dernière appellation n’existe pas e
ncore)...
tout va se précipiter avec la constitution de l’« U
.S. Committee on Public Information », plus
communément appellé la « commission Creel » à laque
lle notre ami Edward Bernays va
contribuer de manière très active. Qu’est-ce que ce
tte commission ? Une image suffit pour la
rappeler à votre mémoire : « I want you for us army
». Vous vous rappelez ? l’oncle Sam qui
pointe un doigt accusateur.
Car, en 1917, la population américaine est largemen
t pacifique et n’a aucunement l’intention
d’entrer en guerre, alors que le gouvernement est f
ermement décidé à s’engager dans le
conflit, pour des raisons industrielles. Pour la pr
emière fois dans l’histoire, une commission
va être créée par un gouvernement pour changer une
opinion publique. Et c’est précisément
au sein de cette commission que Bernays va gagner s
es premiers galons aux yeux des grands
décideurs. La commission Creel va mobiliser un gran
d nombre d’intellectuels, de journalistes,
de penseurs qui vont tenter un coup d’éclat. Ils vo
nt mettre en place tout un ensemble d’outils
et de méthodes destinés à gérer les foules et final
ement à faire basculer rapidement l’opinion.
Et ils vont réussir avec panache. Les bases de la p
ropagande moderne vont être jetées.
De nombreux concepts aujourd’hui connus et banalisé
s seront testés : distribution massive de
communiqués, appel à l’émotion dans des campagnes c
iblées de publicité, recours au cinéma,
recrutement ciblé de leaders d’opinion locaux, mise
sur pied de groupes bidon (par exemple
des groupes de citoyens) et ainsi de suite.
Walter Lippmann, un de ses membres influents, souve
nt donné comme le journaliste
américain le plus écouté au monde après 1930, a déc
rit le travail de cette Commission comme
étant « une révolution dans la pratique de la démoc
ratie », où une « minorité intelligente »,
chargée du domaine politique, est responsable de «
fabriquer le consentement » du peuple,
lorsque la minorité des « hommes responsables » ne
l’avaient pas d’office.
Cette « formation d’une opinion publique saine » se
rvirait à se protéger « du piétinement et
des hurlements du troupeau dérouté » (autrement dit
: le peuple), cet « intrus ignorant qui se
mêle de tout », dont le rôle est d’être un « specta
teur » et non un « participant ». Car, en effet,
l’idée qui a présidé à la naissance de l’industrie
des relations publiques était explicite :
l’opinion publique devait être « scientifiquement »
fabriquée et contrôlée à partir d’en haut, de
manière à assurer le contrôle de la dangereuse popu
lace.
Petite appartée : le trollage payé et certaines for
mes de marketing viral sur internet ne sont
que l’application moderne du « standing man » techn
ique qui consistait à utiliser une
personne reconnue dans une communauté pour se lever
soudainement lors d’un événement
local et scander une opinion afin de détourner un d
ébat calme et rationnel et de transformer
une ambiance de dialogue serein en discussion émoti
onnelle. Car l’émotion est le premier pas
vers l’irrationnel, qui est la porte entrouverte ve
rs l’inconscient, ce domaine que nos
publicitaires exploitent au maximum.
Bref, lors de la commission Creel, Bernays a brillé
dans ces milieux qui ébauchaient les
techniques de propagande moderne en imposant les tr
avaux de son oncle, et de personnes
comme Gustav Lebon notamment en expliquant que la p
sychologie de foule est différente de
la psychologie individuelle.
La masse des gens ne peut penser rationnellement, e
t c’est donc à la minorité intelligente de
façonner le destin de cette masse... Ce constat mis
noir sur blanc de façon scientifique par
Freud, et qui est en adéquation parfaite avec les c
ourants de pensée qui sévissent dans les éltes
de l’époque, va permettre à Bernays, en tirant les
leçons de la commission Creel, d’inventer
littéralement le « public relation ».
L’ŒUVRE DE BERNAYS
: L’INSTITUTIONNALISATION DES RELATIONS
PUBLIQUES
Pourquoi les relations publiques ?
Après la Première Guerre mondiale, la machine indus
trielle dont les capacités ont été
démultipliées doit trouver des marchés afin de cont
inuer à fonctionner (ce sera le même
problème après la Seconde Guerre mondiale). Il faut
donc créer des besoins car à l’époque le
citoyen occidental de base consomme en fonction de
besoins vitaux, et n’accorde que des
exceptions à la frivolité. Il faut donc exacerber l
e désir de consommer et rendre les frivolité
obligatoires, incontournables et intimement liées a
ux gains de liberté apportés par les progrès
sociaux...
Par ailleurs,les entreprises au début du XXe siecle
aux États-Unis font face à une situation
difficilement gérable (grèves, conflit sociaux...)
elles oscillent entre répressions dures et
punitions par tribunaux interposés, elles font appe
l à des juristes, à des journalistes sans grand
succès, et la fuidité de son fonctionnement est for
tement compromise. Grace au succès de la
commission Creel, quand Bernays monte son bureau et
propose ses services, il est pris au
sérieux par les entreprises privées et surtout les
trusts.
Dans une époque ou les lois antitrust sont contourn
ées et ou ce que les citoyens américains
appellent alors les « barons voleurs » accumulent d
es fortunes colossales, la démocratie qui
porte en blason la liberté individuelle et la liber
té d’expression se doit d’apparaître en façade
car elle est l’un des fondements de la motivation d
u travailleur, en Occident.
Bernays crée donc son bureau des relations publique
s et invente le métier de conseiller en
relations publiques
l’un de ses premiers clients fut l’« american tobac
co corporation ».
Entre les guerres Berneys va littéralement inventer
des concepts
- le petit déjeuner américain « eggs and bacon » en
mettant sur pied un comité de médecins
qui vont prôner les valeurs d’un fort apport calori
que au lever. Car il faut le savoir, au début
du siècle, les Américains sont plutôt adeptes d’un
petit déjeuner frugal, ce qui ne colle pas
avec l’industrie du porc qui croît plus vite que la
demande... Or, le comité de médecin ne va
pas seulement prôner un apport calorique important.
.. il va bien spécifier « bacon ».
- Il va persuader les Américains d’acheter des pian
os. Encore une fois, il biaise en infiltrant
les milieux d’architectes qui vont influencer leurs
clients dans l’adjonction d’une salle de
musique dans les maison.
Et que faire quand il y a une pièce dédiée à la mus
ique dans une maison ? La remplir. Et quel
est l’objet qui va le mieux la remplir tout en donn
ant du cachet ? Un piano. Encore un succès.
- Il fera de même pour les maisons d’éditions en «
forçant » l’insertion des bibliothèques
incrustées aux murs des maisons.
- Le petit déjeuner du président des États-Unis ave
c des vedettes du show-biz afin de
transformer l’image austère et distante de ce derni
er, et ça existe encore aujourd’hui.
Il va par la suite affiner ses méthodes et commence
r à se lancer dans des opérations de très
grande envergure.
Voici 4 missions « Bernaysiennes » qui, j’en suis s
ûr, vont vous laisser pantois.
LE FÉMINISME UTILISÉ À DES FINS MARKETING
Dans les années 20, Bernays est employé à l’année p
ar l’American
tobacco en échange de ne pas travailler pour la con
currence, suite à une première expérience
couronnée de succès.
Il faut dire qu’à cette époque le marché de la ciga
rette stagne, suite à une progression
fulgurante durant la Première guerre mondiale et da
ns les premières années d’après-guerre. En
vendant des milliards de cigarettes à l’armée améri
caine qui les intégrait au paquetage du
soldat, les compagnies de tabac avait franchi une é
tape décisive, en transformant l’image de la
cigarette qui avant la guerre était dénigrée au pro
fit du cigare ou de la chique jugés plus
« virils ». Au début des année 20, donc, la cigaret
te est passée de « tabac pour mauviettes » à
« symbole de l’Amérique fraternelle et virile ».
Maintenant les cigaretiers veulent que les femmes f
ument. Ils confient donc la mission à
Bernays.
Ce dernier analyse la situation, soumet ses observa
tions à un psychiatre de New York qui
confirme ses soupçons : la cigarette constitue pour
les femmes un symbole phallique qui
représente le pouvoir de l’homme. Pour faire fumer
les femmes il faut d’abord leur faire
conquérir de manière symbolique des positions occup
ées par la gent masculine. Bernays vient
de trouver ses leaders d’opinion et il orchestre un
des grands coups de marketing de l’histoire
en détournant une marche catholique (la procession
de Pâques) pour en faire un événement
politique au profit des suffragettes. Une dizaine d
e jeunes premières, invitées par lui et
soigneusement instruites du plan de bataille, se pr
ésentent au-devant de la procession,
exhibent leurs cigarettes, et s’allument devant les
photographes des journaux. Bernays lance
le slogan aux journalistes présents : « elles allum
ent des flambeaux pour la liberté ».
Du véritable petit lait, et d’ailleurs je ne résist
e pas à un petit copier-coller d’un commentaire
sur cet événement que j’ai lu sur un blog : « ça co
ule de source. Les journaux accordent la
première page à la nouvelle. Les conservateurs vend
ent de la copie grâce à l’aspect
scandaleux. Les progressistes sont charmés. Les fém
inistes exultent, jubilent de l’ampleur du
phénomène médiatique. Toute la société états-unienn
e est flattée sur la muqueuse par
l’imparable évocation de la sacro-sainte liberté. L
a femme éprise d’émancipation devra
simplement fumer. Fumer c’est voter ! Tout le monde
profite des photos sexy de ces jolies
jeunes femmes. Tous y gagnent ! C’est fantastique.
Bernays avait compris que la femme de
l’après-guerre avait bossé dans les usines pendant
que les hommes étaient au front et il lui
offrait un symbole phallique digne de l’ampleur de
ses revendications, la clope. » Tout est dit.
Et Bernays d’enchaîner dans les années qui suivent
en recrutant et créant des associations et
autres collectifs médicaux et en faisant dire aux e
xperts que la santé de la femme, c’est la
minceur... et que le meilleur moyen d’y parvenir, c
’est la clope.
Des publicités dans les journaux et les magazines,
présentées par des regroupements de
docteurs, de médecins de famille, de dentistes et d
’instituts plus ou moins bidons (tous fondés
par Bernays avec des fonds de American Tobacco) pro
posent ensuite carrément à la femme de
tendre la main vers une cigarette plutôt que vers u
n bonbon, ce qui est tellement meilleur pour
la santé. La campagne connaît un tel succès que les
grands confiseurs et les producteurs de
sucre attaquent American Tobacco en justice et récl
ament des dommages et intérêts. C’est un
triomphe, la femme est maigre, elle est libre, elle
respire la santé !
L’EXPLOSION DE L’AUTOMOBILE
Bernays va jouer un rôle lors de l’exposition mondi
ale
de New York de 1939, dominée par General Motors qui
comptait parmi ses clients de
l’époque. General Motors y présente sa vision de l’
Amérique du futur, avec son pavillon très
couru, le Futurama, dans lequel on peut voir les de
ssins et maquettes de ce qui deviendra
l’Étendue, la Suburbia, un monde futuriste guidé pa
r la puissance de la corporation.
Il faut dire que les cartels banquiers, qui avaient
fait main basse via des procédures
d’expropriation sur d’immenses terres du Midle West
durant la récession qui suivit le krach
de 1929, devaient bien décider de ce qu’elles allai
ent en faire.
Le plan pour le développement de ces étendues arriv
ait à maturité, et les maquettes criantes de
réalité présentant le monde des années 60, restent
à ce jour un incroyable témoignage des
capacités de projections des décideurs de l’époque.
Certaines personnes croient que ce modèle
de civilisation est le fruit du hasard, ou encore u
n avènement naturel inhérent à l’expansion
économique. Pourtant force est de constater qu’au c
ontraire ce modèle est le fruit d’une
planification dont la rapidité d’exécution a été pl
anifiée, ce qui est tout de meme curieux
quand on sait que seule la machine industrielle boo
stée par le conflit mondial a pu mettre en
œuvre cet agenda et que cette exposition a eu lieu
de 1929 à 1941.
Mais pour en revenir à notre homme, en 1949 il trav
aille toujours pour General Motors, dont
on sait bien qu’elle est le fruit du démantellement
sur le papier de la tentaculaire standart oil,
et un nouveau client vient garnir son carnet : il s
’agit de la compagnie Mack trucks. Leur
problème : ils ne peuvent pas vendre plus de camion
s. Ils ont saturé le marché. Bernays
réalise que la concurrence ne vient pas des autres
fabricants, mais bien du chemin de fer. Il
parvient à imposer à son client une idée totalement
folle, s’attaquer aux trains en faisant une
promotion rageuse de l’autoroute. Une fortune colos
sale dont les contributeurs seront
multiples sera engloutie dans le projet, car désorm
ais, notre ami Edward a un carnet
d’adresses bien rempli, et il a la confiance de plu
sieurs partenaires d’envergure. On forme des
comités de citoyens bidons, de faux experts écriven
t de vrais articles qui paraissent un peu
partout, la pression populaire pèse sur des autorit
és déjà corrompues par des contributions non
négligeables, c’est un véritable raz-de-marée qui p
rend d’assaut la campagne américaine !
Vous aurez compris que je n’ai pas cité par hasard
la standart oil... euh pardon, je veux dire sa
version démantelée par les lois anti-trust, à savoi
r entre autres BP, Exxon Mobil, Chevron et
une trentaine d’autres entités.
De même, le fameux futurama de l’expo de New York d
’« avant guerre » comme vous
pourrez le constater sur ces vidéos se faisait l’ap
ôtre d’une agriculture fortement industrialisée
avec gros apport d’engrais (industrie chimique). De
ce côté, on peut dire que la boucle a été
bouclée et que les affaires ont prospéré.
RÉPUBLIQUE BANANIERES
La fameuse « république bananière »... expression q
ue nous utilisons tous, revenue très à la
mode vu l’air du temps... Mais au fait d’où vient c
ette expression ?
Edwaaard ? c’est encore toi ? non ? Si. Et c’est le
Guatemala au début des années 50 qui va
faire les frais de la méthode Bernays,et qui va imp
rimer dans nos consciences, l’expression
« république bananière ».
Cette fois le client de notre brave homme est la un
ited fruit une multinationale qui, comme
sont nom l’indique, fait dans les fruits et ses dér
ivés. Une multinationale bien connue en
Amériqe centrale et en Amérique du Sud. Multination
ale qui porte parmi ses principaux
actionnaires les frères Dulles (je laisse ici un vi
de que les lecteurs d’agoravox sauront remplir
concernant les frères Dulles qui mériteraient un ar
ticle à eux tout seuls). Ces frères Dulles que
Bernays a rencontrés durant la Seconde Guerre mondi
ale, période durant laquelle il travaillait
pour le gouvernement américain, période opaque de s
a carrière.
En 1951 donc, au Guatemala après une élection libre
, Jacobo Arbenz Guzmán est élu et il
entame un processus de saisi de terres que la Unite
d Fruits n’utilisait pas (en fait
apparemment il ne les saisit pas vraiment : il obli
ge la United Fruits de vendre les terres non
utilisées). Bref, coup dur pour cette noble entrepr
ise américaine habituée à faire ce qu’elle
veut en Amérique du Sud, et qui prévoyait un vaste
plan de monoculture de bananes dans
cette région.
Bernays est alors engagé pour mener une campagne de
relations publiques destinée à
discréditer le pouvoir nouvellement et démocratique
ment mis en place.
En quelques semaines, ce gouvernement socialiste qu
i n’a même pas de contact avec Moscou
va être dépeint comme un dangereux groupuscule de c
ommunistes à la solde du bloc russe,
destiné à mettre en place un poste avancé proche de
s frontières américaines. Cette campagne
sera longue et active.
Ce détournement d’informations va permettre de just
ifier une opération de la CIA sous la
forme, entre autres d’un bombardement de la capital
e. Une junte militaire (Castillo Armas),
aussitôt reconnue par les États-Unis, prendra le po
uvoir, entraînant la naissance de
mouvements de guérilla. Le poète Pablo Neruda dénon
cera les « republicas bananas »,
républiques d’Amérique centrale soumises aux compag
nies américaines, et créera ainsi une
expression toujours et plus que jamais d’actualité.
Et on dit merci qui ces messieurs de la united frui
ts ? Merci Edwaaaaaard..
LE FLUOR... c’est bon pour les dents.... mmmmmouais
.
Le mythe des bienfaits du fluorure pour la dentitio
n est né aux États-Unis en 1939. Pourquoi ?
La Compagnie d’aluminium ALCOA, qui faisait l’objet
de poursuites pour déversement
toxique de... fluorure, commanda, sur les conseils
de qui vous savez, à des scientifiques
dépéchés par qui vous savez, une étude faisant l’él
oge de ce déchet industriel dérivé de la
production de l’aluminium, des fabriques de munitio
ns (et plus tard des centrales nucléaires).
L’étude allait jusqu’à proposer qu’on ajoute la sub
stance à l’eau des villes. En 1947, ALCOA,
réussit à placer un de ses propres avocats à la têt
e de l’Agence fédérale de sécurité, ce qui lui
donnait ainsi le contrôle des Services de santé pub
lique. Sous la gouverne de celui-ci, 87
villes américaines établirent un programme de fluor
idation de l’eau, c’est-à-dire que les fonds
publics servaient (et servent encore) à ACHETER un
déchet toxique dont l’élimination était
très coûteuse et à l’inclure dans l’eau potable con
sommée par la population.
Combien de municipalité encore aujourd’hui pratique
nt encore cette méthode de fluoration de
l’eau, y compris en France ? Je n’ose faire des rec
herches tellement je crains les résultats.
Une fois encore merci qui ?
LA DOCTRINE, sa justification, et ses contradiction
s majeures
:
Bernays, tout au long de sa vie, va user d’une doct
rine froide et assez cynique doublée d’une
justification idéologique basée sur le long terme,
afin de justifier ses agissements.
Il considère sa tâche comme un effort à long terme
destiné à l’avènement doucement forcé
(mais à peine, hein ?) d’une démocratie basée sur l
’économie et le commerce dirigé par une
élite.
Il pose assez honnêtement et naïvement d’ailleurs,
comme postulat, le fait que la masse est
incapable de parvenir à un état de paix collective
et de bonheur par elle-même, et que donc
cette masse a besoin d’une élite qui la contrôle et
qui la dirige à son insu en ce qui concerne
les décisions importantes.
Pour lui le bon sens commun n’existe pas, et s’il e
xiste, il ne peut porter l’appellation « bon
sens » car il induit un mode de consommation trop l
ent pour les capacités industrielles et leur
besoin de croissance... Il doit donc être refondu p
ar des élites.
Pour lui, la foule n’a pas besoin d’esprit car elle
est avant tout gouvernée par sa moelle
épinière irrationnelle, et il ne sert à rien d’élev
er les foules, puisqu’elles sont plus facilement
contrôlables en jouant sur cette irrationnalité.
Pourtant, fait curieux, Bernays se réclamait d’une
certaine éthique. Il faut savoir que cet
homme a aussi joué un rôle fondamental dans le cong
rès pour l’intégration des hommes de
couleurs... un événement (tout de meme assez isolé
au milieu des autres cyniques campagnes
dont il a été le chef d’orchestre) dont il se servi
ra pour justifier sa position de mercenaire au
services de nombreuses causes qui, mises ensemble,
constituent notre monde moderne
« libre » à l’occidental.
Car Bernays s’efforce dans ses mémoires de justifie
r son œuvre. Il n’a jamais été membre de
l’« association des relations publiques américaines
» car il jugeait ses membres sans éthique et
il s’offusqua à la nouvelle que Goebbels possédait
toutes ses œuvres et se serait largement
inspiré de son travail pour ériger la propagande qu
i mena les nazis au pouvoir dans
l’Allemagne des années 30.
En effet, Bernays voulait que ses méthodes soient p
résentées en toute « honnêteté » afin
d’ouvrir une route à 2 voies à la communication pub
lique : une voie de contrôle et une voix de
réaction du peuple à ce contrôle. C’est tout du moi
ns ce qu’il essaie de faire passer lors
d’interviews ou dans ces écrits, dans de rares mome
nts. Hélas ces quelques moments
d’ouverture sont assez rapidement recouverts par le
volume d’écrits et d’actes professionnels
qui vont à l’encontre de ce pseudo-principe d’inter
activité.
Bernays fut un véritable champion en matière de dou
ble language et il eut enormément de mal
à se confronter à ses contradictions, totalement om
nubilé par la vision malsaine de la
condition humaine induite par son oncle.
On est a mille lieux de ce que Kant par exemple réc
lamait en disait qu’il faut un espace public
de libre discussion où les gens puissent débattre e
t échanger des idées, se placer du point de
vue de la raison et de l’universel, justifier devan
t les autres les conclusions et affirmations
auxquelles ils parviennent et rendre disponible les
faits qui nourrissent une conclusion.
Pourquoi ? parce qu’on est dans l’idée d’une minori
té intelligente au service de ceux qui ont
les moyens de s’adresser à elle pour obtenir de la
foule un consentement à des conclusions
determinées à l’avance. Tous les comités, agences d
e relations publiques et campagnes
instiguées par Bernays offriront une illusion de dé
bat, où tous les outils nécessaires à la
perversion de ce débat sont prêts à intervenir à to
ut moment.
Le coup fomenté au Guatemala et justifié par la cam
pagne médiatique qu’il avait orchestré
aurait dû lui faire ouvrir les yeux...
Pourtant, avec le recul, il faut constater qu’il ne
le fit pas et que ces justifications teintées de
naïveté ne tiennent pas une analyse approfondie, su
rtout vu le caractère opaque de ses
missions durant la Seconde Guerre mondiale, et ses
liens avec des sbires tels que les frères
Dulles.
La « machine » Bernays s’est emballée dès ses début
s et ne cessera jamais ses méfaits au
profit de la croissance économique non pas au servi
ce de peuples, mais bien dans son
asservissement à la consommation.
La deuxième voie proposée par Bernays, celle de l’i
nter-réaction des hommes fut étouffée par
le volume des campagnes de spins.
Bernays va tellement piocher dans les théories de s
on oncle qu’il va finalement croire lui-
même que l’homme n’est dirigé que par des forces ir
rationnelles.
Il va mettre en pratique des méthodes qui vont à l’
encontre même de ce que le siècle des
Lumières avait exigé pour sublimer le bon sens huma
in.
L’humanité moderne va tellement être martelée par c
e cynisme qu’elle va en devenir cynique
elle-même et épouser l’idée selon laquelle l’homme
est un être tiraillé par sa bassesse et piloté
par ses instincts les plus enfouis.
Dès le début du siècle, il est évident que la syner
gie entre les médias de masse et les progrès
de la psychologie scientifique vont assurer un pouv
oir irrésistible aux minorités « éclairées ».
Bernays fut l’un des architectes majeurs de cette s
ynergie qui sévira dans les démocraties
comme dans les systèmes totalitaires et qui, n’ayon
s pas peur des mots, sévit encore plus que
jamais, n’en déplaise à ceux qui ironisent sur les
"théoristes de la conspiration" alors même
qu’en France nous évoluons dans une inculture total
e en ce qui concerne les relations
publiques, les spins doctors et les think tanks, co
ntrairement aux pays anglo-saxons.
Sur ce, je vous laisse avec une citation de notre h
omme, à titre de fin d’article et d’ouverture
de débat.
"Notre démocratie ayant pour vocation de tracer la
voie, elle doit être pilotée par la minorité
intelligente qui sait enrégimenter les masses pour
mieux les guider."
Sources
:
Livre : Stuart Ewen : a social history of spin.
Livre : Edward Bernays : propaganda édité en 1928 (
téléchargeable gratuitement sur le net).
Radio : émission "là-bas si j’y suis" France Inter
diffusion 26 novembre 2007
Net :
http://en.wikipedia.org/wiki/Fluoride
Net :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Edward...
Je vous invite également à visiter le site internet
pr watch qui est un observatoire international
des relations publiques destiné à détecter les abus
en ce domaine :
http://www.prwatch.org/
 
 
 
http://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/arti
cle/edward-bernays-la-fabrique-du-33487
 

 
 
 
 
 
 
 


19/10/2018
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