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Prévenue en 2005, Areva fait des tests en 2014...

 

Nucléaire : Areva et EDF informés des anomalies à

  Flamanville depuis 2005

 
 
                            

 

 

Flamanville (Manche), le 10 novembre 2011. Areva et EDF ont reçu des informations sur la qualité de pièces utilisées dans la construction de l'EPR de Flamanville dès 2005.

LP/Marc Menou
 

La fiabilité de pièces fabriquées au Creusot est mise en cause. 

 

Le scandale s'étale sur des années, et même des décennies.

 

Une enquête réalisée par Radio France, diffusée par France Inter et franceinfo, confirme de graves manquements à la sécurité dans la filière nucléaire française.

Ils concernent notamment l'EPR (Réacteur pressurisé européen, le réacteur nucléaire de troisième génération) de Flamanville (Manche), mais aussi l'ensemble de la filière nucléaire depuis 1965.

 

Areva, le géant français du nucléaire, a déjà reconnu il y a près d'un an une «anomalie» dans la fabrication de la cuve de l'EPR.

 

Un audit a notamment rapidement ciblé l'usine Creusot Forge, en Saône-et-Loire, avec des problèmes sur plusieurs centaines de dossiers, 400 environ, remontant jusqu'aux années 1960.

Dans la foulée d'un signalement de l'Autorité de sûreté nucléaire fin 2016, la justice a ouvert une enquête.

 

 

   Prévenue en 2005, Areva fait des tests en 2014

 

  Des documents auxquels les journalistes de Radio France ont eu accès en exclusivité confirment qu'Areva et EDF connaissent les soucis de fabrication à la forge du Creusot depuis 2005.

 

Les deux entreprises publiques n'ont pas pour autant mis un terme aux commandes passées auprès de cette entreprise reprise par Michel-Yves Bolloré, frère aîné de Vincent Bolloré.

 

Dès cette année-là, l'ASN a signalé à Areva et EDF les problèmes de qualité de Creusot Forge, soit un an avant la commande de la cuve de l'EPR de Flamanville.

L'Autorité insiste en mai 2006 et mentionne, entre autres, un «nombre de rebuts importants» : elle demande alors à Areva de changer de fournisseur.

 

Areva rachète Creusot Forge et lui confie la fabrication de la cuve pour l'EPR.

Des problèmes sont pourtant également identifiés par EDF.

Des changements qualitatifs ne sont intervenus que récemment.

 

Un technicien de maintenance expérimenté témoigne : «Je n'ai pas retrouvé la culture que j'avais connue dans les autres entités Areva.» Un délégué CGT accuse Areva de ne pas se poser la question «de savoir si on peut mettre en danger la qualité de nos pièces».

 

L'Autorié de sûreté du nucléaire s'est par ailleurs inquiétée dès 2006 de la solidité de la cuve de l'EPR.

 

Areva n'a procédé à des tests qu'en 2014.

 

Les résultats sont mauvais puisque l'acier contient 0,3% de carbone, conte une limite de 0,2%. Cette différence, en apparence infime, suffit à constituer un danger et à rendre l'acier plus cassant, selon un expert du secteur nucléaire.

Or, le scénario d'une rupture de la cuve d'une centrale n'existe pas dans les procédures de la filière nucléaire.

 

Areva, calculs refaits à l'appui, estime que la cuve peut néanmoins faire l'affaire. L'ASN devrait trancher à l'automne.

 

       A Fessenheim, un générateur de vapeur trop court

 

Un rapport de mai 2016 montre en tout cas que des pièces non conformes ont été livrées à toute la filière nucléaire à cause de l'usine du Creusot.

Un générateur de vapeur installé à Fessenheim (Haut-Rhin) en 2012 est ainsi trop court. Il n'était précisément pas assez long pour couper les impuretés aux deux bouts, ce qui est pourtant nécessaire. Il a quand même été installé.

 

Face à la multiplication des problèmes, Areva examine quatre millions de pages de documents sur des décennies.

 

Les manquements les plus récents, les plus graves, et donc les plus susceptibles de produire un accident, semblent se concentrer sur une période récente, depuis le rachat de Creusot Forge par Areva.

 

Une équipe d'experts internationaux a, en outre, déploré récemment les pratiques d'Areva en matière de vérification.

 

Elle a demandé à EDF de trouver d'autres fournisseurs que Creusot Forge pour la construction de deux EPR en Angleterre, à Hinkley Point.

 

L'ASN déplore, elle, que Creusot Forge déploie plus d'efforts pour dissimuler ses manquements que pour en permettre la traçabilité.

 

L'ONG environnementale Greenpeace juge que, si Creusot Forge a pu continuer de bénéficier de contrats malgré ces manquements identifiés, c'est pour une raison : ne pas remettre en cause l'utilité de l'EPR.

Une vision appuyée par EDF, qui a expliqué à Radio France que «le gouvernement français et EDF partageaient en 2006 l’intérêt de garder la filière française opérationnelle en France».

  leparisien.fr  - Ch.G.|31 mars 2017,
 
 
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Flamanville : des pièces non conformes dont EDF et Areva avaient connaissance

 

 

                          Flamanville : des pièces non conformes dont EDF et Areva avaient connaissance
L'EPR de Flamanville en novembre 2016. (CHARLY TRIBALLEAU / AFP)

L’usine Creusot Forge, chargée de fabriquer la cuve de l’EPR de Flamanville, aurait fabriqué des pièces non conformes à la réglementation pour plusieurs centrales

 

  •  

    L’usine Creusot Forge, en Bourgogne, où a été fabriquée la cuve de l’EPR de Flamanville (Manche), connaissait d’importants problèmes de qualité.

     

    Selon une enquête de France Info et France Inter dévoilée vendredi 31 mars, EDF et Areva ont été alertés de ces dysfonctionnements par l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), en 2005.

     

    Des avertissements qu’ils ont préféré ignorer en installant tout de même la cuve dans le bâtiment réacteur en 2014.

    La fabrication du couvercle et de la cuve du réacteur de l’EPR de Flamanville a été réalisée par cette forge entre septembre 2006 et décembre 2007. L’ASN s’inquiète dès 2006 de l’homogénéité de l’acier des deux pièces.

     

    Des échanges de courriers entre Areva et l’ASN se succéderont pendant sept ans, mais aucune analyse n’a été réalisée.

    Neuf mois après l'installation de la cuve dans le bâtiment réacteur, des tests sont enfin pratiqués par Areva et le résultat est sans appel : les deux pièces présentent des anomalies.

    La teneur en carbone de la cuve est trop forte ce qui peut la fragiliser. A noter qu’aucun plan B n’existe en cas de rupture d'une cuve dans le nucléaire.

     

    Une cuve installée sans certitude sur sa conformité 

     L’installation de l’élément central de l’EPR a donc été décidée par Areva et EDF sans avoir de certitude sur sa conformité. Le président de l’Association nationale des comités et commissions locales d’information des centrales nucléaires (ANCCLI) fait part de son incompréhension à France Info :

    "Comment est-il possible qu'une cuve ait été fabriquée et qu'on ne l'ait pas vérifiée avant de la mettre en place ? C'est le b.a.-ba !
    On n'imaginait vraiment pas que cela puisse arriver dans une filière nucléaire française pour laquelle on nous martèle depuis 50 ans que c'est la meilleure au monde.
    Ils nous ont bourré le mou !"

    Depuis sa reprise par Michel-Yves Bolloré en 2003, de nombreux cadres ont quitté la forge et de nouveaux sous-traitants, ne connaissant pas toujours bien le métier, ont débarqué.

     

    Les bâtiments sont mal entretenus, le suivi qualité défaillant, les pièces rebutées, révélait "l’Obs" en novembre 2016.

    16 constats d'écarts et un directeur de l'ASN "effondré"

    Pourtant, Areva et EDF étaient au courant de cette situation depuis 2005.

    Un courrier de l’ASN, que s’est procuré France Info, mettait en garde sur la fiabilité de l’usine. Dans cette lettre, l’ASN explique avoir constaté "de nombreux écarts concernant le forgeron Creusot Forge. Ces éléments mettent en cause la qualité des travaux et de la surveillance de ses sous-traitants effectués par le forgeron creusotin."

     

    Après cette alerte, une inspection a eu lieu en avril 2006 dressant une liste de 16 constats d’écarts et irrégularités.

    Un autre courrier, en mai 2016, faisait à nouveau état d'"incidents : nombre de rebuts importants, écarts constatés au cours des inspections [...]".

    L’ancien directeur de l’ASN a même confié être revenu "effondré" de sa visite en 2006 à la forge qui n’était pas au niveau des standards attendus dans le nucléaire.

    Il avait lui aussi prévenu Areva, qui décida alors de racheter l’entreprise. Mais la situation ne s’améliore pas, selon France Inter, la "vraie réforme de qualité sur le site n’intervient qu’en 2012".

    Areva n’a pas souhaité commenter les révélations de la radio, tandis qu’EDF a reconnu des problèmes dans cette usine et assure qu’elle a, à ce moment-là, "renforcé sa surveillance en augmentant ses actions de contrôle".

      Des falsifications de dossier de fabrication

     Un audit complet de l’usine a ainsi été demandé par l’Autorité de sûreté nucléaire dès lors qu'elle a eu connaissance des défauts sur la cuve.

    Un proche du dossier explique qu’un rapport "totalement creux" a alors été délivré par Areva.

    L’ASN demande donc une revue complète de l’entreprise.

     

    En mai 2016, Areva dévoile alors que des pièces non conformes ont été livrées à l’industrie nucléaire et que dans certains cas, les dossiers de fabrication ont été falsifiés afin de le dissimuler au client.

    Cela a notamment été le cas pour un générateur de vapeur installé sur le réacteur 2 de la centrale de Fessenheim en 2012.

     

    La pièce étant sortie trop courte, il était impossible de couper les extrémités pour éliminer les impuretés s’accumulant au bout.

    Elle a pourtant été livrée à EDF, sans prévenir de ce "défaut".

    Après une enquête préliminaire, plusieurs associations ont porté plainte contre EDF et Areva pour usage de faux et mise en danger délibérée de la vie d’autrui.

    Areva se défend en déclarant être victime de "traditions locales" de l’entreprise, antérieures au rachat du site.

    Pour René Dumon, ancien directeur de la forge, ces déclarations sont un moyen de "camoufler [leurs] propres manquements".

        Une décision en septembre

    L’ASN doit se prononcer au mois de septembre sur la cuve de Flamanville pour décider si, malgré ses défauts, la pièce peut être mise en service.

    Mais, des pressions seraient effectuées sur l’Autorité selon les propos de Cyrille Gornier de Greenpeace, à France Info :

    "Aujourd'hui, on dit à l'ASN : à vous de valider ou non l'utilisation de la cuve de l'EPR.
    Mais on lui dit : attention, si vous ne validez pas la cuve, c'est le chantier de l'EPR de Flamanville qui prend des années de retard et donc des milliards d'euros supplémentaires. C'est sans doute la construction d'un nouvel EPR à Hinkley Point en Angleterre qui tombe.
    Et c'est le chantier de Taishan en Chine qui s'arrête."

    Il poursuit : "C’est le sauvetage d’Areva par l’Etat qui est menacé. C’est tout le projet d'une industrie nucléaire française, le renouveau du nucléaire, qui tombe à l'eau.

    Evidemment on sait ce qui va se passer : personne ne peut résister à une telle pression."

     

    Areva déclare tout de même ne pas être inquiet concernant la cuve de Flamanville. Quelle que soit la décision de l’ASN, certains acteurs de la filière ne lui font désormais plus confiance, l’Autorité de sûreté britannique (ONR) envisage même de faire appel à un autre fournisseur pour le projet de construction de deux EPR à Hinkley Point.

    Avant l’été, l’ASN devrait dévoiler des propositions pour détecter plus tôt ce genre de dysfonctionnements.

     

    M. T.  Voir son profil

    http://tempsreel.nouvelobs.com/planete/20170331.OBS7366/flamanville-des-pieces-non-conformes-dont-edf-et-areva-avaient-connaissance.html

     



    31/03/2017
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